La bouse ou la vie

Le crapaud - robert fiess - nicolas jacquette - coprophage coprophile - lepen - balkany

On parle beaucoup de la récupération des déchets, produits par notre société de consommation. Nulle part cependant la nature est-elle aussi bien organisée que dans le « traitement » des déjections animales, notamment celles des bovins.

Les vaches sont-elles responsables d’une partie importante de l’effet de serre  ? On aurait tort de les stigmatiser ainsi. Sans leurs bouses, et les excréments laissés généralement par la faune, le monde n’existerait pas.

 

Jean-Henri Fabre, grand entomologiste, avait une telle passion pour les crottes, qu’il élevait des bousiers et les nourrissait en ramassant des excréments sur les chemins.

Manie qui, semble-t-il, le rendait assez suspect aux yeux des villageois.

Glissants

Marc Giraud est allé sur ses traces. Enfant, naturaliste en herbe, il observe la vie sauvage dans les pâturages jonchés de bouses, regarde y voler les mouches.

Aujourd’hui chroniqueur spécialisé en zoologie, il ne craint toujours pas les terrains plutôt… glissants. Et signe de concert avec son illustrateur, Roland Garrigue, un très joli petit bouquin plein d’anecdotes, de sagesse et d’humour, « Safari dans la bouse », dont voici quelques extraits.

12/jour

Quelque 2 000 espèces d’individus coprophages dégradent tous les excréments existant sur terre. Un beau crottin d’éléphant attire 4 000 bousiers en quelques minutes. Avec le sien, un cheval héberge jusqu’à 8000 asticots de mouches domestiques, les fèces du porc jusqu’à 15 000.

Une vache, pour en revenir à elle, lâche en moyenne une douzaine de bouses par jour, soit 4 kg en poids sec. Suffisamment de substances nutritives pour nourrir autant d’insectes que le quart de son propre poids.

« Abousir »

À peine claquée à terre, dans ce bruit familier aux oreilles de tous ceux qui ont vécu un tant soit peu à la campagne, la course au butin s’affole. Il faut 3,6 secondes en moyenne pour que les premiers insectes débarquent, selon des études avérées.

Grâce à leur rapidité en vol, les mouches, premières à « abousir », passent le but avant les autres. Puis coursent derrière les coléoptères et les plus gros calibres.

Festin

Mouches de toutes les couleurs, bousiers étincelants, fourmis volantes, entre autres prennent possession de cette manne providentielle, encore chaude ? À la fois repas de gala, forteresse protectrice, nursery de luxe, voire pour certains lieu de rendez-vous amoureux.

En effet, l’aventure sexuelle peut être au coin de la bouse. Les mouches dites à merde, bien connues, jaunes et velues, en sont les championnes.

Les mâles s’installent dans la matière chaude une heure avant l’arrivée des femelles et les harcèlent jusqu’à trouver l’âme consentante.

Compétition

C’est en observant longtemps ces « scatophages stercoraria », qu’un scientifique britannique a mis à jour leur « compétition spermatique ». En raison du côté volage des femelles , les mâles se font la guerre des spermatozoïdes. Sans être assurés de gagner.

Car Madame la Mouche dispose d’un système pour décider, si elle dirige la semence procréatrice vers ses ovules ou l’expulse sans autre forme de procès.

Protection

Mais personne n’a l’esprit tranquille dans le banquet. Car les coprophages qui mangent les bousent ne tardent pas à succomber à leur tour aux coprophiles. Corbeaux, taupes, hérissons, blaireaux, sangliers, pour ne citer qu’eux, vont également y chercher pitance.

Alors on se protège. Les bousiers creusent des galeries dans la galette, qu’ils poursuivent jusque dans le sol; au fur et à mesure qu’elle dessèche, différents coléoptères, à leur poursuite, vont se gaver de larves d’asticot.

Farandole

La concurrence est rude, le ver, qui , entre en jeu, finit le travail par en dessous. Bientôt dégradée, la bouse disparaît dans la terre.

Ainsi nait une merveilleuses farandole de métamorphoses chimiques, qui aboutit à un bon engrais. Sans ce travail de grand recyclage, pas de terre, pas de plante, pas de vie.

Réchauffement

Mais il y a aussi la bouse honteuse. «  Non , les pets de vache, affirment les auteurs, ne menacent pas la planète, ce sont leurs rots qui lâchent le plus de méthane dans l’atmosphère…

… Le vrai problème est à chercher dans les élevages industriels avec du soja venu d’Amérique du sud, trop fortement traité, trop ancrés aussi dans l’abus médicamenteux », poursuivent-ils.

Broutant de la bonne herbe dans un pré, les bovins peuvent avoir la conscience tranquille. Les végétaux compensent leurs émissions de méthane.

« Safari dans la bouse, et autres découvertes bucoliques », paru aux éditions Delachaux et Niestlé

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loeilducrapaud

Leader français des produits frais laitiers pour les marques distributrices, la société Senoble (http://www.reporterre.net/spip.php?article6308 – senoble menacé ) a décidé de ne pas donner suite à l’approvisionnement, par le truchement de la société associée Senegral, du lait issu de la ferme des 1000 vaches en Picardie.

La décision fait suite à une pétition qui a recueilli en peu de temps 29 000 signatures d’internautes. Déjà les magasins Biocoop avaient décidé de déréférencer ses produits.

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