Allemagne : Haro sur le charbon

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Pour ses besoins énergétiques, l’Allemagne se repose encore largement sur ses centrales à charbon (40 % de la production nationale). Mais la révolte gronde, notamment autour d’une mine d’extraction de lignite, entre Aix la Chapelle et Cologne.

 

 

À chaque rotation, le train transporte 1 400 tonnes de charbon de la mine de Hambach vers l’une des trois centrales thermiques du réseau local.

Mais son conducteur ne sait jamais les tracas qu’il va rencontrer en route. Et regarde avec inquiétude les ponts qui surplombent la voie. L’autre jour, un objet métallique balancé sur la loc a fait exploser la vitre frontale, un de ses collègues a eu très peur.

Une forme de guerilla

Car un groupe de manifestants a déclaré une forme de guérilla contre l’exploitation de la mine et les dégâts environnementaux qui en découlent, décidés à gêner coûte que coûte leur exploitant, le conglomérat , RWE, un des 4 grands producteurs d’électricité allemands.

D’ailleurs, on se croirait à Notre Dame des Landes, près de Nantes, dans les problèmes que rencontre le projet du nouvel aéroport. Un même type d’action et de résistance sans faiblesse, mais outre-Rhin (comme en d’autres lieux).

20 % au mieux

La forêt, Hambacher Forst, que la mine à ciel ouvert grignote de ses gigantesques foreuses lentement mais sûrement, couvrait 5 000 hectares. C’était avant. Il n’en reste que 20 % aujourd’hui et encore.

Une vraie forêt à l’ancienne, faite de charmes et de chênes pédonculés, , avec des arbres vieux de 200 ans, qui abrite du reste des espèces de chauve-souris protégées.

Riche biodiversité

Peu avant le début de l’extraction, en 1978, le site avait failli être déclaré « zone naturelle protégée », tant le bois recelait une biodiversité animale et florale, mais sans suite.

Même si des guides continuent à y emmener des groupes de touristes, du moins dans ce qu’il en reste.

Dans les arbres

Ils ne sont pas plus d’une cinquantaine de permanents, ceux qui s’y sont installés à demeure pour la défendre. Et comme dans toute bonne forêt, même rabougrie, elle leur offre un refuge approprié.

Une demi-douzaine d’entre eux ont cherché l’abri dans les arbres à 20 mètres de hauteur y installant des cabanes, faites de vieilles planches, mais avec fenêtres et fours à bois.

L’absence d’eau courante ne les soucie pas. Certains y vivent déjà depuis 2 ans.

Conseiller fiscal

D’autres ont trouvé un terrain dégagé, pour bricoler des cabanons, aux amusantes couleurs bariolées, faites de bric et de broc, restes de matériaux glanés ici et là, cependant entourés de jardinets.

Ils y vivent, sinon survivent, avec leurs compagnes, leurs enfants qui courent pieds nus et de gros chiens. Curieusement la propriété est privée, elle appartient à un conseiller fiscal, qui ne trouve rien à y dire.

Un gros, gros gisement

Aux alentours, le voisinage affirme plutôt sa sympathie avec cette « commune d’écolos ». On lui apporte nourriture, vêtements, quelqu’un dépose à leur intention lettres et colis.

Mais en-dessous du bois centenaire, il y a un autre trésor, du charbon, de la lignite, un des plus gros gisement d’Europe, entre 250 et 400 mètres de profondeur et sur 85 km2 à terme, dont on espère tirer 2,5 milliards de tonnes.

Court-circuits et incendies

Le conglomérat RWE (Rheinisch-Westfälische Elektrizitätswerk) accuse les écologistes d’être noyautés par des radicaux violents, des no-borders comme on les nomme aujourd’hui, venus des Pays Bas proches, d’Angleterre, voire d’Espagne. Et n’est pas décidée à se laisser faire.

Les opposants non plus. Sur la ligne, les incidents ne cessent de se multiplier. On s’en prend aux caténaires, dont les court-circuits entravent la bonne marche des convois. On met le feu aux postes électriques près des rails.

800 interpellations

On a même vu des opposants se suspendre aux parapets d’un pont et se laisser flotter à quelques mètres au-dessus des voies, à l’approche des trains. Mais, on s’attache aussi à prévenir les conducteurs des agressions techniques qu’ils risquent de connaître en chemin.

En août dernier, dans un autre site minier proche, un millier de manifestants envahissent les installations et interrompent l’activité.

Les affrontements avec la police sont brutaux, on compte plusieurs dizaines de blessés et quelques 800 interpellations.

Un site pour lutter

Pas du tout disposés à déguerpir, les opposants (comme à Notre Dame des Landes probablement) ont créé un site et un blog« Lutter pour chaque mètre ». Qui notamment informe en temps réel sur les manœuvres d’approche de la police.

Et développent un slogan « J’ai besoin de la forêt, la forêt a besoin de moi »…

Centrales en question

Les Allemands du reste n’en ont pas fini avec le méchant charbon. Ils viennent d’apprendre que leurs centrales (au nombre de 57) rejettent bon an mal an 7 tonnes de mercure, selon l’expertise d’un institut de Hambourg, lequel a déjà attiré l’attention sur ce type de pollution l’an dernier.

En plus d’alourdir conséquemment le bilan CO2 du pays.

Ces émissions peuvent provoquer des dégâts sur la formation du cerveau des fœtus comme des enfants en bas âge. Aussi sur le système nerveux des adultes.

On bouge pas

L’installation de filtres pourrait remédier aux émissions, sans un coût énorme, comme cela a été le cas avec succès aux Etats-Unis, du fait d’une réglementation très sévère.

Mais les compagnies productrices de cette énergie carbonée (charbon) déclarent ne pas voir la nécessité d’équiper leurs centrales en conséquence. Elles pourraient légèrement corriger le tir, pas avant 2019.

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Informations extraites de Stern (oct 2015) et du spiegel on line (janvier 2016)

 

 

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