Quand la rue gronde

Le terme était encore peu usité, il ya quelque temps. Mais voici que la « société civile » entre de plus en plus dans l’actualité politique autant que sociale ou économique. Et met à mal régimes, institutions et omnipuissance industrielle.

Hong Kong

On imagine volontiers l’irritation du président à vie Xi Jinping, à voir cette nouvelle manifestation monstre, ce dimanche, à Hong Kong, 430 000 personnes en marche vers l’immeuble du bureau de liaison chinois, représentant le gouvernement de Pékin.

Portant masque, ils ont érigé des barricades, jeté des œufs et lancé des slogans qui en disent long : «  Il n’y a pas de protestataires violents ici ni d’émeutiers, il n’y a que la tyrannie ».

Ce septième week-end d’occupation d’affilée du chaud pavé de l’ex-colonnie britannique  en rappelle un autre  en juin, où l’énorme masse de 2 millions de manifestants, bloquant une autoroute, réussit à faire suspendre le décret controversé sur l’extradition (mais pas son retrait).

Dans la foulée, Larrie Cam, la cheffe de l’exécutif élue, adoubée par Pékin,  s’incline et leur présente ses excuses.

Éducation patrotique

En fait, le feu couve depuis 2014, avec la « révolte des parapluies » ( 90 jours de campement dans la rue) qui a fait capoter avec succès un projet d’ « Éducation patriotique » pro-Pékin dans les écoles. Y compris une révision du système électoral.

Les adultes sont venus grossir entre temps cette lame de fond, d’abord emmenée par une génération de lycéens et d’étudiants, inquiets de la mainmise croissante chinoise et notamment de ce projet de loi qui aurait permis de juger  des « criminels extradés » dans les juridictions de la Chine continentale.

Protection judiciaire

Vient s’ajouter à cela la disparition de libraires dissidents, réapparus en détention en Chine continentale, la disqualification d’opposants et l’incarcération de leaders « prodémocratie ».

« La population ne peut accepter un amendement qui annihile sa protection judiciaire, grave entorse au principe ( d’abord admis par Pékin) de « un pays, deux systèmes », dit un responsable. Et qui met à mal l’un des grands atouts de l’importante plaque tournante financière.

Silence de façade

Pour calmer le jeu, les autorités décident alors de libérer  un des leaders charismatiques, Joshua Wong (22 ans, 17 à sa première arrestation). Mais les protestataires continuent à exiger la démission de la cheffe de l’exécutif local Carrie Lam, à nouveau le retrait pur et simple du texte extraditions. Et appellent à nouveau aux élections au suffrage universel.

À Pékin, un silence qui ne surprend pas. Aucun organe officiel n’a fait écho de ces événements (mais cela s’active sur les réseaux sociaux), sachant, selon les observateurs, que la situation risque d’ »empirer » dans les semaines à venir, du fait que se mobilise un regroupement non négligeable de Hong Kongais désirant soutenir la police et le l’autorité pro- Pékin.

Du reste, ce même dimanche soir, des nervis soupçonnés d’appartenir aux « triades » (cercles mafieux chinois), armés de bâtons, tringles métalliques et battes, ont sauvagement agressé des manifestants anti-gouvernementaux, rentrant chez eux. On comptait 45 blessés dont un dans un état critique et 5 dans un état grave.

Réfugié en Lettonie

À Moscou, le Kremlin n’a pas du voir non plus d’un bon oeil qu’on tienne tête à des arrestations expéditives et pour conséquence aux institutions. Des centaines de personnes, dont un grand nombre de reporters, patientant devant le tribunal moscovite de Nikoulinski, ont joyeusement accueilli la sortie d’Ivan Golounov.

Journaliste d’investigation pour le média indépendant Meduza – par souci d’indépendance « réfugié » à Riga en Lettonie, Golounov était connu pour ses enquêtes sur le partage mafieux du business des cimetières de la capitale russe.

Fausse perquisition

Ce qui lui a valu probablement une, semble-t-il, grossière assignation pour trafic de drogue, cocaïne et méphédrone de synthèse suite à une fausse perquisition dans son appartement. Arrêté le 8 juin, ayant subi en détention coups de poing et piétinements sur la poitrine selon une représentant des droits de l’homme, il est apparu le visage très marqué.

Assigné à résidence jusqu’à son procès en août, il a probablement souri en voyant ses collègues tous porter une pancarte, sur laquelle était écrit «  Je suis le journaliste Ivan Golounov. Arrêtez-moi aussi ».  « Je suis Charly » se décline aujourd’hui dans de nombreuses formes de révolte ou de compassion.

Aix la Chapelle

« Ende Gelände », soit traduit « Pas plus loin ». C’est sous ce slogan que la contestation anti-charbon se redonne des forces en Allemagne. Venus de 16 pays différents, entre 20 et 40 000 collégiens, lycéens, étudiants essentiellement ont  défilé à Aix la Chapelle. « Nous voulons donner un signal fort, avant qu’il soit trop tard ».

À 30 km de là, des militants plus aguerris, installés dans un « camp climatique » près de la mine à ciel ouvert de Garzweiler, ont bloqué un train approvisionnant  en lignite la centrale fumante de Neurath. Le genre d’opération coup de poing qui se répète depuis 2015.

Tout le monde avait à l’esprit les événements de l’an dernier pour défendre la forêt primaire de Hambach et ses militants écolos réfugiés dabns les arbres .

RIP

En France, après les Gilets jaunes, la société civile joue un autre vatout. La réussite du premier référendum d’initiative partagée (RIP) à la privatisation d’Aéroports de Paris. Passera (ou non) sachant la nécessité de réunir 4 717 396 soutiens, soit 10 % du corps électoral.

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