Climat : il manque la feuille de route

Alors que des dizaines de milliers de jeunes décident de s’impliquer dans la lutte pour le climat, que 4 Ong dans « L’affaire du siècle », soutenues par 2 millions de personnes, engagent une action en justice contre l’état français pour non respect de ses engagements climatiques, sollicité par « lecrapaud », Brice Lalonde, ancien ministre de l’environnement mais aussi militant écolo de la toute première heure, juge d’un œil critique les actions gouvernementales.

lecrapaud : Les manifestations de jeunes de samedi vous ont impressionné, je suppose ?

BL : On est enthousiasmé de voir les jeunes enfin massivement se mobiliser pour la défense du climat et de leur avenir en quelque sorte, mais on s’étonne, comme eux d’ailleurs, que les générations précédentes, que les politiques, les responsables, M Trump, continuent à faire comme si de rien n’était.

Modèle dominant

Q : Nous sommes de plus en plus nombreux à avoir conscience, que la question du climat est cruciale, nous y contribuons personnellement, déjà commencer  par trier les déchets, modérer les déplacements, choisir son alimentation, etc. Comme un mouvement de fond.

BL : Oui, mais les gaz  effet de serre ne cessent de croitre. Beaucoup de nos concitoyens mangent moins de viande, parce qu’ils connaissent son empreinte carbone, en même temps, il y a cette difficulté considérable à l‘échelle mondiale, qui s’appelle le développement, la lutte contre la pauvreté et où le modèle dominant de la consommation reste pour l’instant l’Amérique du nord.

Q : En fait, il manque la feuille de route ?

BL : Même en France, on a des objectifs contradictoires, portés par des groupes de pression ou des idéologies non partagées, prenez celui de sortir des combustibles fossiles, comment fait-on ? Développer les renouvelables, c’est très bien, mais on voit en Allemagne, depuis à peu près 20 ans, le pays n’a jamais réussi à réduire ses émissions de gaz à effets de serre, il mise toujours sur le charbon pour faire fonctionner l’industrie notamment,  le jour où il n’y pas de soleil et pas de vent. Rappelons aussi que les combustibles fossiles, c’est encore en France l’énergie la plus utilisée.

Q : La transition énergétique en tâtonnant ?

BL : Ce qui me frappe, tout le monde en parle, mais personne ne décrit le monde tel qu’il le voit dans 20 ans, là où elle devrait nous mener. C’est là qu’apparaissent des divisions contraires ou contradictoires du futur, on n’est pas encore au clair sur ce que nous voulons.

Bas carbone

Q : Où en sommes-nous alors?

BL : On peut donc se demander pourquoi, il y a eu un dérapage de 11 %  d’augmentation de CO2 dans le bâtiment (consommation d’énergie, chauffage, pertes…) par rapport à la stratégie décidée il ya quelques années. Vraiment on a envie qu’il y ait une direction politique bien claire au service de ce qui est le bas carbone.

Q : Cela se voit notamment avec la question de la voiture électrique ?

BL : S’est-on demandé combien de gammes de modèles électriques, où peut-on recharger sa voiture, est-ce que les syndics vont mettre des prises dans les copropriétés, un effort très important à donner, qu’on ne voit pas s’amorcer.

Q : Un autre exemple, celui du diesel ?

BL : Regardez, Peugeot plutôt que Renault, avait largement bâti son « business  plan »  sur le véhicule diesel et, d’un coup le diesel c’est devenu l’ennemi, cette espèce de brutalité dans la décision  me paraît un peu irréfléchie, Il est important pour les entreprises de savoir sur quelle bonne trajectoire se diriger.

Impérialisme chinois

Q : Confiance amorcée mais rompue avec la démission de Nicolas Hulot ?

BL : Tout d’un coup, cet excellent communicant s’est trouvé à la tête d’une machine avec ses limitations, son personnel, les péripéties quotidiennes… C’était une erreur pour lui sans doute d’accepter le poste, d’autant plus ministre d’État. Le boulot de ministre, c’est celui d’un soutier, en étymologie, c’est le « minus », rapport au « magis », magistrat qui est le grand, le « minus », faut qu’il ait dans sa feuille de route 2 priorités, 3 au maximum.

Q : Au chapitre de la mondialisation, à propos de la récente visite du Président chinois en France avec cette impérialisme économique chinois qui se dessine de multiples façons.

BL : La Chine profite quand même un peu du vide laissé par l’isolationnisme de Trump et sa négation du multilatéralisme. Elle est en train de reprendre progressivement sa place  de 1ère économie mondiale avec, comme pour tout impérialisme, des volontés de domination, bien sûr.

Q : Par le truchement des routes de la soie notamment ?

BL : Une manière de vouloir tenir sous contrôle les routes du commerce international, dont elle dépend beaucoup. Pourquoi ne pas travailler avec les Chinois ? Les Ethiopiens sont contents d’avoir le nouveau chemin de fer chinois qui remplace le français, de Djibouti à Addis-Abeba. Il faut discuter, la vie est un combat, tout a un prix.

Le pétrole encore et toujours

Q : Vous qui êtes partiellement d’origine américaine, ce qui se passe aux États Unis, avec l’élection de Donald Trump a du vous surprendre ?

BL : Mais on voit les limites du pouvoir d’un président américain, il est même poursuivi en justice pour certaines décisions qu’il veut prendre quand il s’agit de relâcher la législation environnementale. Trump, une espèce de caricature du capitalisme d’entreprise et de ses relations avec le monde du pétrole et du charbon. BP, Total, les sociétés européennes investissent dans toutes les sources d’énergie renouvelables, Total est bien le second fabricant de cellules photovoltaïque mondial; Exxon , Chevron, les Américaines restent dans le pétrole. …

Q : Ces recours en justice, comme « L’affaire du siècle », cela peut apporter quelque chose ?

BL : Il y a une chose que j’espère un jour, c’est que la justice de saisisse de l’hypocrisie de cette  parole politique très largement discréditée par les engagements pris, jamais suivis de réalisation et ça, ça devient insupportable

Q : Vous avez un rêve, revenir en politique ? 

Moi ce qui m’intéresse c’est la cause, mais par moments  je me dis, merde, c’est quand même dommage d’avoir arrêté … Je me souviens d’un livre de Charles Mann le face à face entre un prophète et un génie. L’un évoque tous les problèmes à affronter les lundi, mardi, mercredi, « on n’y arrivera pas ! », l’autre toutes les réalisations en cours, les jeudi, vendredi, samedi, « Si ! on va s’en sortir ». Et puis dimanche, on ne sait plus, eh bien moi je suis dimanche

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