Le bus retrouve une nouvelle jeunesse / 2

« Nombre de tristes sires comme moi, de classe moyenne, n’ont hélas pas vu leurs revenus croître proportionnellement à la cupidité de la SNCF… faisons la grève du train », lisait-on récemment sur le site Rue 89. Les tarifs du train en effet augmentent sans cesse, avec nécessité de réservation (Tgv), prise de billet le plus tôt possible et une confusion tarifaire qui s’aggrave.

Cet internaute se réjouira donc de l’ouverture en France de lignes interrégionales par bus. On pense à ces trois étudiants allemands obligés de ferrailler, avec succès, contre la Deutsche Bahn (DB) pour lancer les premières lignes de bus interallemandes. En fait, l’Union européenne avait ouvert la brèche par une directive autorisant le « cabotage », prolongée par décret en France en 2009. Au cabinet du Ministre des Transports, les demandes ont immédiatement afflué. Seul Eurolines a réussi à obtenir l’agrément pour le moment. Ce qui ne surprend pas, le groupe réunissant 32 entreprises indépendantes européennes sous la bannière de Veolia, exploitées par franchise, transporte 1 million de voyageurs par an, beaucoup au départ de Paris pour des destinations courues comme Londres, Bruxelles, Amsterdam, Barcelone. Et si la gare de Paris-Gallieni n’a pas le charme exotique des gares routières, promesse de grands espaces, du Greyhound américain, on y est surpris par l’intensité du trafic. Deux conditions cependant : que l’ouverture d’une liaison ne dégrade pas un service de transport déjà exigeant, question soumise aux conseils généraux et régionaux concernés. Aussi, que les usagers interrégionaux n’occupent pas plus de la moitié des sièges d’un car. Eurolines compte mettre en place plus d’une centaine de connexions, mais déjà on peut embarquer, par exemple, pour un Bordeaux-Tours à 19€ et 4h30 de trajet (contre le choix en train de 26 à 75,90 € pour 1h17 de trajet). Un Paris-Rouen à 8 € et 1h45. Un Paris-Valenciennes à 15€ et 2h15 de durée, à peine un quart d’heure de plus que le train. Certes on y passe plus de temps, les horaires sont limités avec une seule desserte par jour. Un marché de niche donc, propice à attirer les jeunes ou les personnes à revenu modéré. Mais l’on sait aussi que le bus est un moyen de transport sûr, économique et « propre » – l’ajout de voyageurs interrégionaux n’ajoutera d’ailleurs pas d’empreinte écologique. Ceux qui voyagent volontiers en Europe ont pu constater que nos voisins, Italie, Portugal, Grande Bretagne et surtout Espagne ont développé d’importants réseaux de desserte par bus. Selon un spécialiste, il faut « qu’en France l’Etat croie en ce mode de transport alternatif ». Et s’il n’y croit, le nombre exponentiel des usagers l’y contraindra. A l’inverse de l’attitude des chemins de fer allemands, hostiles à ce développement, la Sncf ne semble pas craindre cette concurrence. De loin.


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