Le bus retrouve une nouvelle jeunesse

Le crapaud - Nicolas Jacquette - Allemagne, Le bus retrouve une nouvelle jeunesse

Il revenait d’un semestre d’études en Espagne, avait découvert le pays aux heures perdues en voyageant par le bus et, rentré en Allemagne, eut l’illumination qui, dans certaines situations, bousculent les montagnes. Se rendre d’une ville à l’autre n’est possible, outre-Rhin, que par l’avion, le train ou la voiture – sauf bien sûr à prendre son vélo ou de bonnes chaussures de marche et suffisamment de congés. Aussi, ayant alerté deux amis, cet étudiant en gestion économique décide de créer en 2009 une première modeste ligne de bus, de Francfort à Cologne (187 km).

Mal lui en prend ? Deutsche Bahn (les chemins de fer allemands) lui tombe sur le poil sans tarder. Excipe aussitôt d’un règlement datant de 1934 la préservant de toute concurrence – un règlement décidé à l’époque pour lui permettre de dégager des bénéfices suite aux réparations de guerre auxquelles l’a contrainte la défaite de 14/18. Mais le trio trouve la faille. Les lignes ne seront pas régulières, s’organiseront à la demande , par Internet, sous forme de « bus-partage, à condition de réunir au minimum 10 voyageurs.

Et lancent leur compagnie start-up « DeinBus » (TonBus), rapidement avalisée par les autorités locales. D’ailleurs comment condamner de jeunes entrepreneurs, malins et décidés, de plus bataillant contre l’ogre de la grosse entreprise publique, alors que propagande officielle s’efforce d’encourager l’initiative privée ?

La ligne se développe, une dizaine de bus se déploie chaque semaine de Francfort à Cologne ou Stuttgart. Deutsche Bahn (30 milliards de CA- 240 000 salariés) se fâche. C’en est trop, dépose plainte pour concurrence illégale, demande l’arrêt de l’activité, faute de quoi la prison pour les initiateurs. Tout petit David contre tout grand Goliath ? Mais l’équipe reçoit bientôt le renfort du politique. Le parti gouvernemental (Cdu) paraissant décider à libéraliser dès janvier prochain les transports réguliers par bus – autorisés un temps vers Berlin à l’époque de la partition. Dans ce cas, apprécie l’association Deutsche Touring, on peut s’attendre à un boum de l’activité à l’égal de ce qu’on a vécu avec l’aérien low cost.

Car les calculettes affichent des indications optimistes. Le transport par bus couterait bien moins cher qu’un trajet par le train rapide (ICE) – pour un Francfort-Cologne, 12.50 € avec « DeinBus » contre 64 € avec le train. Au plan CO2, même avantage à l’autocar avec 31 gr par kilomètre/voyageur par rapport au 46 gr du ferroviaire – à condition que le bus soit plein, rétorquent les cheminots, un peu à court d’argument. Côté sécurité enfin, les statistiques confirment que le bus est l’un des transports les plus sûrs.

Deutsche Bahn argumente que cette libéralisation risque de provoquer encore plus d’embouteillages sur des autoroutes allemandes déjà sur-sollicitées. Et quitte à libéraliser, que les bus couvrent également la totalité du pays, comme c’est le cas pour le chemin de fer, et ne se réservent pas uniquement les destinations rentables. S’inquiète aussi d’une enquête selon laquelle 60 % des sondés abandonneraient le train, 20 % la voiture, au profit de l’autocar en ligne régulière.

Entre temps les chemins de fer ont été déboutés par un tribunal de grande instance. « DeinBus » attend la réplique sous l’oeil ravi de l’opinion publique. Deutsche Bahn peut continuer le combat sur le plan juridique et faire appel, elle peut aussi, selon Stern, avec les moyens qui seront les siens, lancer la concurrence de la concurrence, sa propre compagnie de bus inter-villes.

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