Verdun : la forêt qui transcende le passé

Le Crapaud - Robert Fiess - Nicolas Jacquette - La forêt de Verdun donne des idées à François Hollande pour la loi El Khomri

La bataille de Verdun, en 1916, s’inscrit dans la mémoire collective comme le « creuset de l’enfer », avec ses 300 jours de combats acharnés entre troupes françaises et allemandes.

De multiples manifestations en commémorent le Centenaire, cette année. Notamment une invitation à découvrir la Forêt domaniale, qui couvre l’ancien champ de bataille, baptisée Forêt d’Exception.

Si les terres de combat de 14/18 sont parsemées de cimetières militaires, où les croix portent les noms individuels de centaines de milliers de tués, l’œuvre de mémoire ne peut oublier ce qui est encore enfoui sous terre.

La forêt de Verdun garde en son sol, à elle seule, les ossements de 80 à 100 000 hommes. Sans parler des vestiges qui témoignent de leur sacrifice, armes, obus, tranchées, fortifications…

La guerre finie, que faire de cet immense linceul ?

Rôle silencieux

Dès 1919, après des débat passionnés entre la société civile et les combattants, décision est prise, sur proposition des forestiers, de reboiser le site et de confier délibérément à la future forêt un rôle silencieux, peu connu mais décisif.

En préservant les sols des risques d’érosion, l’emprise des arbres de ce massif de 10 000 ha permettra de protéger, sous un écrin boisé, tout ce qu’elle abrite encore, par respect, témoignage et pour transmission auprès de toutes les générations.

Alors qu’ailleurs, en Picardie, les terres de la “zone rouge”seront rendues à leur ancienne activité, rurale et agricole, après vente aux enchères, les exploitants procédant eux-mêmes aux nécessités de leur remise en état, notamment au nivellement des terrains bouleversés par les combats .

Dettes de guerre

C’est ainsi qu’en 1923, 36 millions d’essences seront plantées en l’espace de 8 années. 40 % de feuillus et 60 % de résineux, entre autres des pins noirs d’Autriche, plus résistants, les Allemands vaincus ayant fourni les semences en guise de dette de guerre.

Néanmoins l’on gardera intactes, au fil des années, quelques hauts lieux dédiés au souvenir, entre autres, l’ossuaire de Douaumont, la nécropole, les ruines de l’église d’Ornes ou la tranchée des baïonnettes…

Après Fontainebleau

Ce long cheminement pour aboutir en 2014, veille du Centenaire, à cette distinction de « Forêt d’exception, la deuxième en France après celle de Fontainebleau.

Ce label distingue l’excellence de la gestion d’un couvert reconnu pour son patrimoine historique, environnemental ou économique. Y compris celle de relations constructives entre les différents acteurs, qui en assurent la pérennité.

Jeune forêt

Or, ce qui étonne le plus dans cette très jeune forêt, à la vérité seulement 100 ans d’existence, c’est l’exubérance de la faune et de la flore sur un sol ravagé par des millions d’obus, comme s’il avait subi 10 000 ans d’érosion naturelle.

En fait, deux dynamiques végétales vont produire leur effet, l’une, contrôlée, la décision du reboisement, l’autre spontanée, l’œuvre de la nature, note Jean-Paul Amat, professeur de géographie à Paris 4, qui a collaboré avec l’ONF pour l’obtention du label.

Sous les sabots

Et cette œuvre est miraculeuse, comme souvent. Voici que fleurissent sur certains talus, dans la terre sèche, des plants de thym, comme en Méditerranée. Ou, près du fort de Douaumont, des myosotis, arrivés sous les sabots des chevaux engagés dans les combats.

La gentiane y prospère à son tour. Apportant tout avec eux, les Prussiens se servaient de la plante pour concocter leur eau de vie.

Quant aux poiriers – les Poilus s’en nourrissaient abondamment, ils refont surface naturellement.

De beaux crapauds

Des batraciens de différentes espèces, dont le sonneur à ventre jaune, s’égayent dans les mares, nées des trous d’obus. Chauve-souris et hirondelles rustiques s’abritent dans les forts, profitant des niches qu’offrent les aérations.

Une formidable biodiversité, qui implique de protéger les espèces autant que leur habitat.

Déprédations et pilleurs

Ce n’est pas pour rien que promeneurs et touristes, au nombre de 250 000 visiteurs bon an mal an, 500 000 probablement cette année du Centenaire, aiment à s’engager dans les sentiers balisés de la forêt.

Plus que jamais un atout économique pour le département de la Meuse. Même si l’excès de visiteurs pose les éventuels problèmes de déprédations.

Mais il est un autre péril, plus difficile à circonscrire. Une technologie au laser, Lidar, a permis de prospecter le sol (et ce qu’il renferme encore) dans ses moindres détails, qui fait de ce territoire un patrimoine archéologique unique en Europe.

Os de militaire

« Quand on parlait des richesses minières au 19 ème siècle, l’on songeait aussitôt aux chercheurs d’or. Ici, c’est plutôt de l’os qu’on déterre, de l’os de militaire, constate encore crûment pour le Crapaud, Jean-Paul Amat.”

Des dizaines de petits groupes de pilleurs, très équipés, sont à l’œuvre et fossoyent sans relâche la terre à la recherche de ces vestiges militaires. Récemment, près de Douaumont, les gardes de l’Office national des forêts ont découvert les ossements de 8 soldats, mis à jour.

Probablement que les malandrins ont saisi à l’endroit de l’exhumation sauvage des plaques militaires trouvées (ou autre chose) revendues sur Ebay pour de coquettes sommes d’argent.

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« lecrapaud » remercie le Professeur émérite de géographie, Jean-Paul Amat, enseignant à Paris 4, pour ses informations. Auteur de l’ouvrage, « les forêts de la Grande Guerre » paru en 2015 (éditions PUPS). 

 Par ailleurs, la Fondation de France lance une souscription pour la valorisation de ce pan de l’histoire nationale

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