Un village en Arctique

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Récemment en visite en Alaska, le Président Obama y a porté la bonne parole de la cause climatique. Son périple n’a pas convaincu, notamment les Inupiat, un peuple premier de cette ultime frontière américaine, qui voient les eaux monter aux portes de leurs maisons.

C’est un confetti de village, Kivalina, sur une langue de terre, s’étirant à plus d’une centaine de kilomètres du Cercle arctique. Ses 400 habitants y vivent de façon spartiate, ni eau courante dans les maisons ni cabinets de toilette.

L’étroite piste d’atterissage prend son envol au-dessus du cimetière, les rues de terre et de gravier sont traversées de profondes ornières et l’école surpeuplée. Mais on y vit malgré tout et on s’inquiète.

Sauve-qui-peut

Déjà en 2011, une tempête de forte ampleur provoque le sauve-qui-peut. Plusieurs familles sont évacuées d’urgence sur le continent à l’aide de rares avions, les autres rassemblées dans les classes et le gymnase de l’établissement scolaire, point le plus haut du pays.

«  On avait tué un caribou un jour plus tôt, cela nous a tous nourris », raconte une institutrice, dans un remarquable reportage du Los Angeles Times.

Conséquence funeste

Plus proche de la Russie que d’Anchorage, Kivalina s’est habitué à ces excès du ciel, l’érosion ne cesse de gagner les contours de son territoire, mais se voit confronté maintenant à l’une des conséquences directes les plus funestes du réchauffement, pour lui, la fonte des glaces.

La glace, c’est ce qui ne la protège plus. Normalement, la banquise en se formant gagne les approches de l’île en octobre, y demeure jusqu’en juin et atténue les agressions de l’océan.

Coups de butoir

Mais aujourd’hui, elle se forme plus tard et fond plus tôt. En conséquence, l’île subit plus violemment les tempêtes et les coups de butoir de la mer et se transforme radicalement.

Avec l’élévation des températures, les crues s’aggravent, les plages disparaissent et la mer encercle lentement mais sûrement les habitations.

Plus de caribous

L’existence même de cette famille des Aléoutes est menacée. Déjà, elle compromet leur mode de subsistance. Habituellement, les Inupiat installaient des tentes sur les premiers contreforts de la banquise pour chasser la baleine.

La glace y est trop fragile aujourd’hui. Quant à la chasse aux caribous, régulière en juin, «  Nous n’avons pas vu un animal depuis des lustres », observe le président tribal.

Dix années

La viande est mangée crue, baignée d’huile de phoque, mais les phoques aussi ne sont plus aussi nombreux.

Le village disparaitra dans la prochaine décennie, selon le corps des ingénieurs de l’Armée américaine. Alors, beaucoup avancent qu’il faudrait le déplacer, mais où, quand et qui paiera ?

Danse tribale

Face à cet avenir des plus incertains, les habitants espérent la visite de Barack Obama, prévue dans le programme de sa tournée alaskanne.

Mais il décide de  s’arrêter dans un autre village Inupiat plus accessible, Kotzebue, où il offre aux télé US, ravies, la séquence de quelques pas d’une danse tribale esquissés avec un groupe local.

Ouvert et honnête

Puis se rendant à Sewell, sur l’Exit Glacier, qui porte trop bien son nom, il lance un signal d’alarme dans un État, marqué par un réchauffement qui va deux fois plus vite que dans le reste du monde.

«  Je veux vous parler de façon ouverte et honnête sur ce qu’entraine le changement climatique, notamment ces glaciers en Alaska victimes de fontes précoces. L’Amérique entend jouer un rôle central face à la menace avant qu’il soit trop tard».

Forage et colère

La date du voyage tombe mal, alors qu’il vient d’autoriser la major Shell à forer dans la mer des Tchouktches, au nord de l’Alaska, déclenchant la colère des associations environnementales.

Le Gouverneur de l’État n’entend pas le même discours. « L’Alaska a probablement la plus petite empreinte écologique des Etats-Unis, per capita, voire du monde », affirme-t-il.

Parc national

Ce qui, à ses yeux, devrait permettre à l’État, dont 90% des revenus proviennent du pétrole et du gaz assurant un tiers des emplois, de continuer à exploiter les formidables ressources de son sous-sol, entre autres dans le Parc national arctique (Arctic National Wildlife Refuge) et développer son oléoduc.

Ces grands choix énergétiques laissent les Inupiat de Kivalina indifférents, installés dans leur précarité.

Lave-linge

Ils s‘entassent parfois à 17 dans la même maison (deux d’entre elles menacent de s’écrouler dans la mer), comme les réservoirs de fuel, qui assurent la production d’électricité, déménagés en un lieu plus sûr.

154 enfants sont scolarisés, de la maternelle au secondaire, dans un bâtiment frustre, où livres et fournitures encombrent jusqu’aux escaliers, mais avec un lave-linge dans un couloir.

Prix astronomiques

Et fierté de tous, le seul commerce, la plus récente des constructions (l’ancien a brûlé en décembre), qui affiche des prix astronomiques, tous les produits étant approvisionnés par avion.

Émigrer ? « Nous sommes un peuple façonné par la terre et l’eau, déclare le responsable tribal à la journaliste du Los Angeles Times. Aller ailleurs, ne serait-ce que chez nos voisins de Kotzebue, feraient de nous de simples visiteurs ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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