Sales tiques

Se promener dans les bois, cultiver son jardin, sont des plaisirs partagés. L’on se ressource au contact de la nature. Mais celle-là cache quelques mauvaises manières. Les piqûres de tiques deviennent un problème de santé publique et vétérinaire en France comme en Europe.

Si l’on vous demandait de citer le premier porteur de maladies animales et le deuxième pour les infections humaines dans le monde (à l’exception du moustique), vous auriez quelque peine à citer la tique et pourtant c’est à cet acarien que revient une si triste distinction.

Près de 900 espèces prolifèrent à ce jour, la plus invasive et problématique d’entre elles, sous nos latitudes, est bien l ‘ »Ixodes ricinus », vecteur de la maladie de Lyme.

Des préférences

Elle a ses préférences territoriales, forêts, prairies, pâtures, jardins; saisonnières, le printemps et l’automne et son terrain, humide s’il vous plait.

Sa morsure est indolore, dans un premier temps, car elle a la ruse d’injecter des substances anesthésiantes dans la peau. Elle n’y va d’ailleurs pas par 4 chemins, car elle dispose d’un rostre redoutable pénétrant la peau comme un harpon.

Bien calé

Pour comble de vice, elle secrète une sorte de colle, qui lui permet de bien caler le dard dans le derme.

La tique connaît 4 stades, oeuf, larve, nymphe, adulte mâle et femelle. Ses agressions sont d’abord marquées par un acte sacrificiel. Après s’être accouplée, la femelle tombe par terre, fait sa ponte, meurt, entrainant avec elle le malheureux mâle reproducteur.

Le cycle du sang

Entre en scène la larve, enfouie dans le sol, laquelle grimpe sur un brin d’herbe, à l’affût d’une victime, homme ou animal, qu’elle repère grâce à un organe sensoriel unique aux arthropodes. Et déguste ainsi son premier repas sanguin.

Repue, elle retombe dans le sol, se transforme en nymphe qui, à son tour, après son « repas de sang », se retrouve à terre et devient un individu adulte. Les femelles sont voraces. Privées de repas complets, elles ne sont pas en état de pondre.

Elle rampe

Pour leur menu sanguinaire, elles privilégient, en dehors des rongeurs et oiseaux, très souvent les cervidés, chevreuils notamment, qui peuvent héberger jusqu’à plusieurs centaines de tiques.

Ne croyez que la tique va vous plonger dessus en vol piqué ciblé. Chez l’homme, elle rampe subrepticement et cherche l’espace de peau, chaud, découvert par une chaussette, une manche de chemise, un short léger.

Lyme et diagnostic

Ses mœurs vicieuses font qu’une morsure ne se remarque que lorsqu’il y a infection. Une rougeur apparaît autour de la plaie, qui progresse vers un érythème migrant (mais pas toujours), indiquant une atteinte par la bactérie de la borréliose de Lyme.

Entrainant des réactions cutanées, musculaires, neurologiques, articulaires, parfois très invalidantes. L’affaire se complique par le fait que le diagnostic est difficile à établir.

Plus d’un microbe

La vingtaine de tests par sérologie commercialisés en France pèchent par leur manque fiabilité et font l’objet de nombreuses controverses. D’autant que l’on a retrouvé 5 pathogènes différents dans la même bestiole.

La tique et son microbe de la borréliose ne se sont invités dans le débat public en France que récemment. Alors qu’il occupe et préoccupe scientifiques, chercheurs et corps médical depuis des années déjà, en Norvège, Pays Bas, Belgique, Allemagne.

Vigilance accrue

Outre-Rhin, les promeneurs ont l’habitude de voir à l’entrée des allées forestières des panneaux appelant à la vigilance. Cliniques et pharmacies se proposent d’aider les personnes piquées, de venir se faire enlever, professionnellement en quelque sorte, le rostre englué.

On sait les précautions à prendre. Détecter, dès le retour d’une promenade et sans tarder les morsures possibles, notamment chez les enfants, retirer la tique au moyen du tire tique, observer l’évolution de la piqûre pour envisager un suivi médical et éventuellement un traitement antibiotique, en général efficace.

Dégâts certains

Directeur de recherche à L’Inra, Jean-François Cosson en fait l’aveu au Crapaud.fr. « Nous avons pris du retard ». Car les dégâts commencent à se mesurer en chiffres.

Chaque année, 85 000 nouveaux cas de borréliose sont déclarés en Europe, 27 000 en France Quand au coût des maladies transmises aux bêtes d’élevage, on l’évalue à 35 millions d‘€.

Les bonnes données

Y a-t-il recrudescence chez nous ? Des arguments généraux plaident pour, le réchauffement climatique, le radoucissement des températures, l’augmentation des massifs forestiers, conséquemment de la faune sauvage, le retour d’information du public.

« Oui, répond J-F Cosson, on peut le penser, mais nous manquons de données scientifiques valides ».

Un vaccin ?

C’est bien pourquoi l’Inra s’est lancée dans un programme participatif de recherches de données à travers un site web et une application Smartphone, appelée Vigi-Tiques ».

Il invite chacun d’entre nous à signaler la présence de tiques, éventuellement la ou les piqûres subies (heure, lieu, saison), afin de dresser le maillage de leur implantation et activité.

Des chercheurs travaillent par ailleurs à une meilleure identification, des agents pathogènes (y compris ceux peu connus), dans le but sans doute de proposer au plus vite un vaccin au public

Note de l’auteur :

Nombre de personnes ont trainé des années durant une infection par la borréliose en l’ignorant. Confrontés à des diagnostics complexes, les médecins préconisaient de multiples analyses et examens, d’un coût exorbitant pour la SS, sans songer à simplement prescrire une sérologie de Lyme. Ces personnes souffrent encore aujourd’hui des conséquences d’un diagnostic trop tardif. Du fait de leur indifférence, voire d’un souci d’omerta, les autorités sanitaires françaises sont et restent largement responsables de cette situation.

 


 

 

lecrapaud.fr remercie J-F Crosson pour sa disponibilité et ses précieuses informations

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