Requins : Grandeurs et misères

Le Crapaud - Robert Fiess et Jérôme Liniger _ le massacre des requins

Qui est le prédateur ? Le requin de l’homme ou l’homme du requin ? Si vos pérégrinations d’été vous mènent du côté de la Principauté de Monaco, prenez le temps d’une visite de l’exposition « Requins-sensation », au célèbre Musée océanographique.

En sous-titre,« Au-delà du malentendu ». Car les malentendus foisonnent concernant cette espèce. Ainsi : Une dizaine de victimes humaines par an, c’est le nombre des décès, qui peut leur être imputable. Mais, plus de 100 millions de requins disparaissent des océans, chaque année.

Par comparaison, 50 morts peuvent être attribuées aux méduses, 400 aux abeilles et frelons, 2000 aux crocodiles,  100 000 aux serpents.

Un danger rare

On compte plus de 465 espèces de requins regroupés en 35 familles (beaucoup d’entre elles ne sont connues que par leurs fossiles). Dans ce panorama, 5 espèces présentent un réel danger pour l’homme : le grand requin blanc ( celui du film d’épouvante de Spielberg), le requin tigre, le requin-bouledogue, le requin mako ou longimane.

17 cm pour le plus petit

Certes le requin-baleine peut atteindre 20 mètres de long, mais la majorité des squales, telle la fameuse roussette, font moins d’un mètre de taille. Et l’un d’eux 17 cm seulement.

Issus du dévonien, il y a 400 millions d’années, les squales ont résisté à toutes les grandes crises d’extinction, y compris celle marquant la fin des dinosaures.

La baie des anges

Mais 80 à 99 % ont disparu depuis le début de la pêche industrielle, certaines au bord de l’extinction définitive, notamment pour les ensembles endémiques de Méditerranée.

Ainsi, les « anges de mer » ont disparu depuis le 18ème siècle. Ils ont donné leur nom, on l’ignore souvent, à la Baie des Anges.

Planctonophages aussi

Selon la tradition, ce sont des pêcheurs, qui ont appelé ainsi ce cap qui s’étend de Nice à Cap d’Antibes, à mesure qu’ils ramenaient dans leur filets une sorte de requin inoffensif, vivant sur le fond. Le nom est resté, l’espèce n’est plus qu’un souvenir.

Les requins sont carnivores, mais 3 espèces ont un régime alimentaire surprenant, car planctonophages, à l’image des baleines.

Vénéré comme un Dieu

De nombreuses sociétés insulaires lui vouent une vénération égale à celle d’un Dieu. Car il est essentiel notamment à l’équilibre global de l’écosystème.

Ces dernières décennies, les progrès de la recherche marine ont relevé son rôle du haut de la pyramide alimentaire pour contrôler les populations qui constituent leurs proies.

La fin des Saint-Jacques

Qu’ils viennent à disparaître, les conséquences en sont dramatiques. Ainsi sur la côte est des Etats Unis, ils ont laissé par force leur territoire aux raies, lesquelles font des coquilles Saint –Jacques leur garde-manger.

Mettant fin à la cueillette de ce fruit de mer très apprécié, autrefois industrie locale prospère.

Albert 1er, le pionnier

Ainsi vont les malentendus, que soulève avec un art consommé de la muséographie, le Musée de Monaco. A flanc d’un  rocher mythique, à 2 pas du Palais, sa haute et imposante stature, à 85 m au-dessus de l’eau, semble comme une tour de veille sur les océans.

Il rappelle le souvenir d’Albert 1e, érudit et explorateur qui dédia sa vie à l’instigation scientifique et principalement à l’océanographie. S’engageant dans de nombreuses campagnes scientifiques.

Invités-vedette

Du reste, dès l’entrée dans ce bâtiment massif, s’offre au visiteur, du sol au plafond, un remarquable cabinet des curiosités, regroupant la masse des objets, nécessaire à ces campagnes du début du 20 ème siècle.

100 ans plus tard, le voyage proposé à la découverte du « seigneur des mers » par l’aquarium-lagon, façade de verre derrière laquelle croisent les invités vedettes, pacifiques, de l’exposition, un requin-nourrice de 3 mètres et 2 requins de récifs d’1m 50.

Une fresque exceptionnelle

Une trentaine de squales vivants permettent de détailler 7 espèces différentes. Plus loin, une fresque interactive fait défiler sur l’écran les requins dans leur taille réelle, ainsi que leur vitesse de nage.

D’une pression sur un repère, leurs contours d’abord dessinés d’un trait de crayon  se colorent et révèlent caractéristiques biologiques et comportementales.

La peau d’un requin-pyjama

Vient le plateau, sur lequel s’ouvrent béantes leurs mâchoires tant redoutées. Et la structure tout à fait particulière des dentitions selon leurs habitudes alimentaires.

Enfin, dans le bassin des Caresses, l’on peut effleurer d’une main glissée dans l’eau,  la peau d’un requin-pyjama, hérissée de milliers de denticules. Menuisiers, ébénistes, cuisiniers l’utilisaient comme un abrasif puissant dès le 16 ème siècle.

Poignées pour sabres

Les Samouraï en gainaient les poignées de leurs sabres. Baptisée « chagrin », elle ornait également les boîtes à bijoux. Et le galuchat, prisé à la cour de Louis XV, revient en force dans la période Art déco.

Si le Musée veut initier une démarche ludique et sensorielle et dépasser les malentendus bien ancrés, il entend aussi répondre à une situation d’urgence.

Rejetés vivants

On sait les dégâts causés par le « finning », cette pratique, mise en lumière sur un écran de 3 sur 4 m, consistant à découper les ailerons et à les acheminer en Asie pour plaire au palais des amateurs d’exotisme culinaire ! Les corps sont rejetés vivants à la mer.

Responsable, estime-t-on , de 26 à 73 millions de requins mutilés par an, ce produit de la pêche, l’un des plus rémunérateurs, apparaît comme  la principale cause du déclin mondial.

Des millions de $

Ce commerce pesant son poids de millions de $ entretient corruption, braconnage et crime organisé.

Dès 2003, l’Union européenne interdit le shark finning. Mais, sous l’effet des lobbies, l’Union avance et recule à son habitude. La dérogation accordée aux pêcheurs espagnols a fait d’eux parmi les plus importants fournisseurs au monde.

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