Miami, la tête sous l’eau

Le Crapaud par Robert Fiess - dessin de Théo Mechref - Miami

La Floride se trouve probablement au tournant de son histoire. Quel avenir pour cet État, surtout pour sa métropole, Miami, si le réchauffement ne pouvait être contenu à 2o, objectif de la prochaine conférence de Paris ?

Déjà, dans la capitale des millionnaires, l’eau menace, déborde et s’infiltre, en présence de résidents décontenancés.

NB : Cette semaine nous offrons la tribune à un jeune dessinateur, Théo MECHREF, qui donne le ton à cet article avec ses premiers dessins de presse, dans la ligne de nos crapauds ! Merci à lui pour sa participation.

 

Sur Crespi Boulevard, à Miami Beach, ce pêcheur professionnel vit une forme de cauchemar à chaque marée haute. L’eau du canal proche envahit la terrasse de sa maison.

Et des bouches à égout émergent des cohortes de gros cafards. À marée descendante, tout rentre dans l’ordre pour 12 heures.

Entre temps, il a mis ses meubles en plastique à sécher dehors, faits pour résister à la permanence de l’inondation, et prie pour que la situation n’empire pas.

Fantôme

Les 6 millions d’habitants n‘ont pas tous conscience que leur cité, pour son front de mer en tout cas, pourrait connaître un jour sinon le destin de l’Atlantide, celui d’une ville fantôme.

La montée du niveau des océans est une évidence. Seuls le calendrier et son ampleur exacts restent inconnus. De 26 cm à 1 mètre, dans 20, 50 ou 100 ans ?

Voisinage

Baptisée Porte des Amériques, Miami n’a que 119 ans d’existence. Tirant profit de son climat et de son voisinage immédiat avec la mer, elle attire plus que jamais des primo-arrivants, retraités des grandes villes industrielles américaines du nord, mais aussi de celles d’Amérique latine.

L’immobilier profite d’un formidable boom immobilier. 150 tours (hôtels-bureaux-appartements) sortent de terre. Le port est élargi, partout fleurissent de nouvelles enseignes de banques et sociétés commerciales.

Liquide

Les chantiers ne connaissent pas de pause, 7 jours sur 7, par roulement. Et dans les agences immobilières, les acquisitions sont réglées en liquide, le problème de la menace venant de la mer rarement évoqué dans les transactions.

Le débat est biaisé. Si le maire de Miami Beach, la plus exposée, n’élude pas la question, mais se fait rassurant, persuadé qu’on sauvera la ville, le gouverneur de Floride, Républicain, tient le réchauffement pour de la « propagande » de gauche. Éviter d’inquiéter.

Spirale

Car, apparaît vite la spirale infernale du business immobilier. Plus il sera nécessaire d’élever les hypothèques et les primes des contrats d’assurance contre d’éventuels dégâts, voire destructions par le front océanique, plus les acheteurs se détourneront.

Dans les zones vulnérables, ces primes pour les maisons individuelles sont déjà supérieures aux remboursements des emprunts.

Surélever

Moteur économique, les milieux d’affaires ont un intérêt vital à soutenir la croissance du bâtiment aussi longtemps que possible. D’autant que l’agglomération mise sur un accroissement de la population de 3 millions de personnes d’ici à 2060.

«  Nous ferons ce que nous avons toujours fait, répond un avocat au magazine National Geographic, nous draguerons et nous surélèverons ».

« Il ne sert à rien de s’arracher les cheveux pour quelque chose qui ne se produira que dans des dizaines d’années, ajoute de son côté une élue d’un comté proche.

 

Pharaonique

À terme le chantier est pharaonique. . Stations de dessalement, rehaussement des terres, routes, autoroutes ( dont la fameuse US1 qui permet de gagner les Keys), création de canaux. Avec un point crucial. Celui d’éloigner la centrale nucléaire de Turkey Point, adossée au littoral.

Pas à financer si l’attrait immobilier, et la masse d’impôts qu’il génère, ne devait pas perdurer.  Mais comment restructurer à long terme, là où prévaut le seul profit à court terme ?

Calcaire

Déjà, dans l’immédiat, on renforce les digues, on installe de nouvelles pompes. Dix ans de gagné ? La situation géologique de Miami ( nom indien pour « eau douce »), contraint à trouver d’autres solutions.

Le sud de la Floride est assis sur de la roche calcaire. Certes elle fournit en abondance du remblai pour les travaux de terrassement mais, éponge poreuse, nulle digue, même d’envergure, ne pourra empêcher l’eau de s’infiltrer par en dessous.

Expertise

Pas étonnant donc que les Néerlandais s’intéressent de près au cas Miami. On aperçoit leurs spécialistes de plus en plus fréquemment en ville. Aux Pays Bas, 2 habitants sur 3 résident au niveau de la mer, voire plus bas encore.

Et 450 entreprises ont acquis une forte expertise dans le secteur du combat contre la montée des eaux.02_Le_Crapaud_Fiess_Mechref_Irma_Malheur_04web

Malheur

La mer a fait le bonheur ( et la fortune) de Miami, elle sera son plus grand malheur, prédisent les scientifiques. Mais architectes et promoteurs ne connaissent ni doute ni répit.

Pour un coût de 560 millions de $, la récente Porsche Design Tower se dresse fièrement face à l’océan (57 étages, livrée 2016). Pas de souci.

On pourra monter sa voiture personnelle dans des ascenseurs jusqu’à son appartement, quel que soit l’étage. À l’abri, pour un temps.

 

Merci au magazine Stern et à National Geographic (numéro de mars dernier) pour leurs précieuses informations

 

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