Longchamp, le jardin humaniste

«  Il faut être un peu excentrique et croire à des idées folles pour changer la planète ». Quel propos du réalisateur (et photographe) Yann Arthus-Bertrand pourrait mieux s’appliquer à son propre parcours ?

Après les succès de la « Terre vue du ciel », des films « Home » et « Human », diffusés gratuitement dans le monde entier, voici qu’il offre à tous les amoureux de la nature un jardin merveilleux, le Domaine de Longchamp de la Fondation GoodPlanet.

Dans une sorte de triangle entre les rives de la Seine, le champ de courses de Longchamp et les Jardins de Bagatelle, le Domaine et son château sont comme nichés, discrets, dans un grand îlot de verdure.

Le Baron Hausmann s’y était réfugié, à l’époque où il prenait la fuite sans doute loin du bruit et de la poussière des faramineux chantiers qu’il avait initiés dans le centre de Paris.

Un lieu de bienveillance

Et puis, dans les dernières années, château et parc de 3 hectares et demi tombent dans une sorte de laisser-aller. Jusqu’à ce que Arthus-Bertrand lui assigne, avec la force de caractère, de conviction et d’appuis qu’on lui connaît, une nouvelle vie, un lieu entièrement dédié à l’écologie et à l’humanisme.

«  En 40 ans, j’ai vu le visage de la Terre considérablement changer et, de mes voyages et rencontres a découlé pour moi la nécessité d’un lieu de bienveillance, d’amour et du vivre ensemble », souligne –t-il.

Le miel en fête

Le sentier forestier, qui s’amorce dès l’entrée, fait la plus grande place à l’une des intentions fortes du parc, partage et pédagogie.

La biodiversité y est partout célébrée, une façon de découvrir les richesses du monde végétal et animal, qui entourent le visiteur curieux.

Ainsi avec la fête du miel, cet été, un apiculteur se chargeant d’expliquer tous les secrets du rucher, une initiation suivie de projections de documentaires sur l’univers des méllifères et d’une dégustation de miel à l’aveugle, pour apprendre à différencier les productions de bonne qualité des autres. 300 000 abeilles virevoltent sur le site.

Permaculture, c’est quoi ?

Ou de la fête autour du jardin, des plantes aromatiques et des tisanes, surtout du potager, marquée par une initiation à la permaculture, souvent mal connue du public, cette disposition en « lasagnes », nouvelle façon d’enrichir le sol des cultures.

Songer aussi à ces enfants et familles qui ne partent pas en vacances, afin de leur proposer une journée très ludique sur l’alimentation durable, avec une chasse au trésor géante pour reconstituer un repas “écoresponsable”.

Graines de jadis et cité des insectes

Au fil de sa promenade, on s’amuse à localiser les nombreux abris et nichoirs à oiseaux et la cité des insectes, savoir qu’ils peuvent être utiles au jardinier comme aux arbres. Dans la cabane à graines s’exposent les semences paysannes de jadis.

Aussi ces 2 journées intenses consacrées aux réfugiés, dont de nombreux Syriens, une douzaine de leurs associations intervenant pour faire connaitre leurs activités, autour de nombreux ateliers manuels de poterie et de cuisine locale notamment.

Émouvantes histoires de vie

« Pas d’écologie sans humanisme », dit le réalisateur, c’est aussi l’une de nos antiennes au Crapaud. Remarquablement restauré, le château consacre deux étages aux 2 020 témoignages recueillis pour le film Human et 7 milliards d’autres.

8 heures de séquences, visages en gros plan racontant dans un périple planétaire leurs conditions d’existence et de lutte dans l’espoir d’une vie meilleure. Les salles sont spacieuses et les conditions de projection exceptionnelles, engendrant émotions, sourires et joies mêlées.

Le parc plutôt que le château

Répétitif, dira-t-on ? « Certains s’y risquent et s’en vont, d’autres reviennent jusqu’à voir la totalité des enregistrements », nous répond Eric Boisteaux, directeur du Domaine.

En fait, depuis l’ouverture en mai, l’intérêt des visiteurs se porte, constate-t-il, beaucoup plus sur le parc et tout ce qu’il offre en activités dédiées, explications guidées, conférences en plein air, rencontres avec des producteurs dans des enceintes sécurisées pour les enfants, le temps de prendre une boisson fraîche.

Et tout cela, comme le souligne l‘un d’entre eux dans le Livre d’or, gratuitement et à 20’ de Paris.

150 bénévoles pour faire tourner

On vient à vélo, en bus ou en voiture des communes voisines, Boulogne, Levallois, Neuilly, également du camping de Paris, tout proche. Puis le bouche à oreille se fait crescendo. Le succès du Domaine se répand dans l’Île de France, à raison aujourd’hui de 1 500 à 2 000 visiteurs en fin de semaine.

Jeunes gens, familles avec enfants, seniors, handicapés, personnes de toutes situations sociales et, dès ce mois de septembre, les groupes scolaires, encadrés par 150 bénévoles, qu’il n’est pas nécessaire de recruter. Ils viennent se proposer d’eux-mêmes.

Grands et petits donateurs

« Sans eux, nous ne pourrions pas assurer un programme qui ne cesse de s’enrichir, nous sommes très redevables de leur aide, disponibilité  et serviabilité», ajoute le directeur.

Disposant d’une concession de 30 ans donnée par la Mairie de Paris, (le coût de rénovation du château ayant été pris en charge par des mécènes et partenaires privés), le Domaine se base sur un budget de fonctionnement de 600 à 800 000 € par an, et compte bien sur le soutien de grands et petits donateurs et d’importants partenariats, dont la MAIF.

«  La solution est dans l’assiette »

Car les extensions à venir sont déjà le viseur. La formidable collection de 3 000 instruments de musique traditionnelle du compositeur Armand Amar est en place depuis l’ouverture.

Viendra l’an prochain un pavillon consacré à l’alimentation durable, « la solution est dans l’assiette », parrainé entre autres par le grand chef Alain Ducasse.

Le Bing Bang du futur

Au château, dans le hall d’accueil, on est immédiatement subjugué par la gigantesque boule, suspendue dans le vide, le « Bing Bang » de l’artiste suisse Etienne Krähenbühl.

Sorte de carillon multiple qui résonne, dès qu’on la met en mouvement, grâce à l’entrechoc de 615 pièces de bois, portant chacune le nom de 615 femmes et hommes qui oeuvrent pour mettre le monde dans le sens intelligent et seul possible de l’histoire.

615 parmi des millions d’autres.


L’oeil du crapaud se porte sur un remarquable ouvrage, le Guide illustré de l’écologie de Dupuis-Tate et Fischesser,  un énorme travail de pédagogie pour comprendre l’interaction de millions d’espèces avec leur environnement. Les nombreux dessins et planches en couleurs sont une découverte et une compréhension en soi. Reparution aux Éditions Delachaux et Niestlé

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Comments

Compliments d’avoir fait en sorte que le but de cette initiative soit intéréssante au point de provoquer l’adhésion spontanée de 120 bénévoles.

Il n’est pas interdit de penser que la diminution des “emplois aidés” favorise et encourage le bénévolat.

cordialement.

carl Edouin

posted by edouin / 09.24.17 - 6:53

J’ai vu Karl lors d’une fête en Normandie, et nous avons – évidemment – évoqué le Crapaud, et son remarquable auteur. Grâce à toi, ce lien – que j’aurais dû nouer plus tôt – renforcera notre amitié.
Tu as, mon cher Robert, un lecteur de plus. Avec mon admiration. Jean-Paul Gamelin

posted by Gamelin / 09.26.17 - 9:50

Bonsoir Jean-Paul, je lis ton commentaire tardivement, je t’en remercie et heureux de te compter dorénavant dans nos rangs.
Je ne sais comment tu connais Karl, c’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’amitié. J’ai vu Gilles de Prévaux récemment, à l’occasion d’un dîner d'”anciens” organisé par M.Ganz. Cela faisait plaisir de revoir tant de visages depuis tant d’années. Bien à toi, robert

posted by robert / 10.17.17 - 8:56

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