L’Iran d’un autre âge

LeCrapaud_Liniger - Georg-Gerster et Robert Fiess

En 1976, le photographe suisse Georg Gerster grimpe sur le siège arrière d’un bi-moteur Islander pour être le premier à prendre des vues aériennes du territoire iranien.

L’Iran du Shah est cadenassé, c’est son épouse, l’impératrice Farah Pahlavi, qui lui facilite une autorisation tout à fait exceptionnelle, à laquelle la Révolution mettra un terme 3 ans plus tard.

L’ancienne Perse

Des milliers d’images vont naître de cette longue équipée, déjà exposées dans différents musées, actuellement pour quelques-unes en grand format à la galerie Cosmos, à Paris.

Voici qu’apparait dans leur envoûtante beauté la formidable richesse et variété géographique, culturelle, archéologique de l’ancienne Perse : montagnes et déserts, jardins et lacs, mers et marais salants, villes et hameaux.

Au pays de Zarathoustra

Son intrication profonde aussi avec l’histoire ancienne, tel le site de Sistan, où serait né Rostam, héros légendaire du Livre des Rois, celui de Takht-e Sulaiman, trône de Salomon, lieu de pèlerinage des nouveaux rois.

Ou ce pays de Zarathoustra, au train d’une caravane de chameaux sur l’une des fameuses routes de la soie, qui vit également passer Marco Polo.

Nadar, l’ancètre

La photo aérienne est née en 1858, comme l’on sait, avec l’aérostier Félix Nadar, depuis un ballon captif, au-dessus de Petit-Clamart (auparavant Petit-Bicètre). Elle revêt d’abord un caractère d’exploit et de découverte documentaire.

Le renseignement militaire lui donne, lors de la 1ère guerre mondiale, son essor. Par la suite, elle va faciliter le travail cartographique (avant qu’apparaissent les images satellitaires)  et l’observation archéologique (déjà en Syrie en 1925).

L’approche environnementale

Mais c’est avec « La terre vue du ciel », de Yann Arthus-Bertrand (plus de 3 millions d’exemplaires vendus dans le monde), que l’on découvrira à quel point la prise de vue aérienne peut sensibiliser le public sur les beautés du monde et sur ce qui les menace.

Une sorte de synthèse pour comprendre d’un coup et assimiler les notions d’environnement et de développement durable.

Précurseur

Si le travail de Georg Gerster n’est pas aussi connu du grand public, son ampleur et une vision plus esthétique encore valent bien celui de son plus jeune collègue. Précurseur, il l’a été incontestablement.

« La Terre est mon sujet, dit-il, et rien d’autre. J’ai survolé et photographié plus de 100 pays, la vision aérienne s’affirme comme un instrument à la fois de méditation et de philosophie. Un outil de réflexion, car on voit ce qui est et ce qui pourrait être, un inventaire de nos chances et de nos risques ».

Archives uniques

Les Iraniens d’aujourd’hui reconnaitraient-ils leur pays dans ces « tableaux » de l’Iran d’un autre âge, ce « Paradis perdu », monde intemporel, où l’on voit se façonner la relation permanente des hommes avec la terre qui les porte et la nature qui les domine ?

Sans doute difficilement. Tant d’événements dramatiques ont marqué la région depuis. La révolution islamique, la funeste guerre avec l’Irak,  le fait aussi que sa population est passée de 35 à près de 80 millions d’habitants, ce qui a profondément modifié structures urbaines et espaces naturels.

Elles constituent en tout cas des archives uniques, qui relèveraient à notre sens d’entrer dans le patrimoine de l’humanité.

Robert Fiess

« Paradise Lost » de Georg Gerster, à CosmosGalerie, 56 bd Latour-Maubourg,

Paris 7ème, jusqu’au 15 février

Gerster-Bushehr_Le-Crapaud-03

Champs, Province de Bushehr /Courtesy CosmosGalerie
Agriculture adaptée aux terrains arides près de Bushehr, sur le Golfe Persique. Un fermier brave le climat peu clément fait de maigres précipitations et d’étés torrides. Photographie prise le 13 janvier 1977. Tirage numéroté signé, 150×100 cm.

 

Résumé biographique

Né en 1928 à Winterthur, Suisse. Il vit près de Zürich. Docteur en littérature allemande et philologie, Université de Zürich. 1950-1956 : rédacteur à Weltwoche. Depuis 1956, photographe et écrivain freelance, spécialisé dans les sciences et la photographie aérienne. En 1976, il est récompensé par le Prix Nadar. Contributeur régulier pour le Neue Zürcher Zeitung. Fréquentes contributions, photos et textes, pour le National Geographic Magazine et la National Geographic Society, pour GEO et Bild der Wissenschaft, en Allemagne. Les principaux essais et portfolios ont été publiés chez Time-Life Books, par le Sunday Times Magazine, Paris Match, Zoom, Epoca, Airone, Omni.

 

Gerster-Persepolis_Le-Crapaud-02

Persépolis, Province de Fars /Courtesy CosmosGalerie
Terrasse des palais et sanctuaires. Fondée par Darius le Grand (522-486), Persépolis est l’un des sites archéologiques le mieux conservé au monde. Photographie prise le 21 octobre 1976. Tirage numéroté signé, 150×100 cm.

 

 

 

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