Le camouflet californien

Dans le tumulte créé par les décisions de Donald Trump notamment sur le climat, les médias américains se sont régalés avec la visite en Chine du gouverneur de Californie, Jerry Brown. Reçu par XI Jinping soi-même, pour établir un partenariat entre les deux pays sur la lutte contre le réchauffement climatique. Un vrai camouflet à la face du président des États-Unis, administré par le plus riche et progressiste des États américains.

 

C’est un gros coup diplomatique, qui voit le Président Xi Jinping décerner à la Californie une sorte de statut d’état-nation. Les 2 hommes se sont entretenus une heure durant, de façon très officielle, plaçant au rencart en quelque sorte le slogan nationaliste de Donald Trump, « America’s first », recentrage de l’Amérique sur elle-même.

Ils se connaissent bien. Brown, qui en est à son 4 ème mandat, a rencontré Xi en 2012, 2013 et encore en 2015. Chose à noter, jeune gouverneur, il avait déjà accueilli, il y a 40 ans, le père de Xi Jinping, Xi Zhongxun, ancien vice-président de l’Assemblée populaire, écarté par Mao en 1962 et réhabilité par Deng Xiaoping. Cela crée des liens.

Grande signification

«  Pour un Président chinois, rencontrer à Pékin un gouverneur américain, de façon aussi formelle, est d’une grande signification», souligne le New York Times.

L’accord porte sur une extension de la coopération dans les énergies renouvelables, la gestion énergétique (des véhicules), les méthodes de stockage, la modernisation des réseaux électriques et le développement urbain. Particulièrement confronté dans les grandes villes chinoises et de façon catastrophique à la pollution atmosphérique.

88 milliards

De plus, les efforts de la Chine , bien que premier pollueur du monde, encouragent la collaboration. Ne serait-ce, entre autres, que par les 88 milliards de $ investis par les autorités dans le développement des énergies éoliennes et solaires l’an dernier.

La visite de Brown signale aussi à quel point le pouvoir échappe à Washington comme épicentre d’un leadership mondial. Mais, signale un professeur de Stanford, « nous sommes en train de nous hisser dans une forme risquée de politique étrangère. Cela se passait bien sous l’ère Obama, si l’administration Trump devait en prendre ombrage, cela pourrait devenir difficile ».

Industriels au pas

Vieux routier du climat, à 79 ans, Jerry Brown ne ménage toujours pas sa peine. Il y a une décennie déjà, la Californie avait marqué les esprits, en se donnant un seuil pour les émissions de gaz à effet de serre, exigeant des industriels des permis à polluer, s’ils l’outrepassaient. D’autres États, du Maine au Maryland, s’étaient coulés dans cette ambition.

En septembre dernier, avant l’élection de Trump, Brown remettait le couvert, avec sa loi, SB 32, engageant la 7ème puissance économique de la planète à réduire les émissions de 40 % jusqu’à 2030 ( à l’image des 28 membres de l’UE).

Tout en souhaitant accroitre son PNB de moitié et accueillir 5 millions de nouveaux habitants (+13%), venant s’ajouter aux 40 millions déjà présents.

Sorte de défi atteignable, selon l’économiste Jeff Greenblatt, si l’on veut bien se passer de la construction de bâtiments à énergie passive, construire des trains à grande vitesse, interdire la production des centrales à charbon, renforcer les normes de consommation des voitures, en interdisant l’usage des hydrofluorocarbures..

“Here comes the sun”

L’État peut déjà se féliciter de sa remarquable progression, ces dernières années, dans l’énergie solaire, soit 27 % de la production locale contre 44 % pour le gaz naturel et 9 % pour l’énergie nucléaire

Après le forfait de Donald Trump, Brown n’a pas tardé non plus à annoncer la création d’une alliance sur le climat avec les États de New York et de Washington. D’autres vont suivre. « Les États et les villes américaines prendront toujours leurs propres décisions sur toute une série des sujets, y compris le climat. La Californie est sur le terrain, prête au combat », souligne-t-il.

L’après-Trump

Mais le pays ne pourra se passer, dans l’après-Trump, des incitations ( et des aides financières diverses) de Washington, donc de l’administration centrale. Notamment pour pousser les États « dans le rouge », ceux qui trainent dans la transition énergétique, à réduire leurs standards. Et leur faire constater qu’abandonner les ressources fossiles peut être fait à un coût raisonnable.

Statistique des plus édifiantes : l’économie du charbon, tant défendue par Trump, emploie 50 000 personnes, celle des énergies renouvelables 500 000.

Le 3 en 1

Bénie par le soleil, la Californie voit déjà plus loin. Le Sud-africain, Elon Musk, qui s’est fait connaître par sa société Tesla et ses puissantes berlines électriques, veut réunir dans une sorte de 3 en 1, les toitures solaires photovoltaïques intégrées pour les habitations individuelles, un stockage pour l’usage domestique grâce au « mur électrique » (ou powerball) de batteries lithium, lequel fournirait l’énergie nécessaire pour les voitures, en attente au garage, bien sûr tout électriques.

Une quasi autonomie énergétique et, de ce fait, de gros gains sur la facture d’électricité habituelle et celle de l’essence. De plus, votre voiture se conduira toute seule. Ce n’est pas 2050 qui s’annonce, c’est déjà demain.

 

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