L’abeille en robe de ville

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Qui ne rentre de vacances sans quelques pots de miel achetés sur un marché de campagne. Mais les apiculteurs se désolent, leurs rangs s’amenuisent, leur production s’effondre, conséquence principalement de la chimie des cultures. Alors, on porte de plus en plus d’attention à l’abeille des villes.

5 % de pertes dans les années 90, 35 % aujourd’hui, souligne-t-on à l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf).

En d’autres termes, les apiculteurs ne peuvent assurer que la moitié des 40 000 tonnes de notre consommation nationale. Il est loin le temps en effet où la France était pratiquement autonome. D’où importation massive.

France championne

Ne cherchez pas loin le pire ennemi des abeilles, ni le réchauffement climatique ni l’invasion des ravageurs, essentiellement l’utilisation massive et systématique des pesticides néonicotinoïdes.

Agissant sur le système nerveux central des insectes, employés avant même que la plante pousse, ces intrants devaient être déjà interdits mais la politique et les sphères d’influence ont repoussé l’échéance à septembre 2018, encore que partiellement.

On sait que l’hexagone, champion européen par la surface agricole, l’est aussi par le recours aux phytosanitaires.

Moindre mortalité

Face à cette désolation, on tourne volontiers les regards vers l’abeille des villes, dont on se plairait presque à envier le sort. « Leur mortalité est moindre, leur productivité meilleure », dit-on à l’Unaf.

Effet de mode, la belle des villes ne sauvera pas la sauvage des champs.

« Que représentent 10 ruches sur le toit d’un bâtiment public face aux 300 d’un apiculteur professionnel dans les exploitations les plus importantes, affirme ce chercheur du Cnrs.

1 % du cheptel

… L’essor spectaculaire de l’apiculture urbaine ne saurait résoudre l’effondrement de l’écosystème, auquel on assiste actuellement. »

Quelques 40 % des pollinisateurs seraient menacés de disparition. Une catastrophe…

Même si elle ne compte que pour 1 % du cheptel existant, l’abeille des villes ne joue pas cependant sa partition en solo. Son rôle pour sensibiliser le public est essentiel.

Lille en pointe

La ville de Lille montre l’exemple, première à adhérer dès 2007 au programme national « Abeille, sentinelle de l’environnement », première à créer, un an plus tard, un poste de conseiller délégué à l’apiculture urbaine.

Tout en bannissant dans le même temps – cela allait de soi, l’usage des phytosanitaires dans ses jardins, parcs et rues.

Présence obligatoire

Mais c’est avec son rucher municipal bientôt déplacé au Jardin des plantes (12ha), qu’elle s’illustre dans ce combat. On s’y presse.

Les enfants des écoles d’abord, invités en binôme à gérer une ruche pendant toute la saison, de mars à juillet, avec présence obligatoire une fois par semaine, en dehors des cours.

L’accueil de groupes de 40 adultes ensuite, avec deux années de liste d’attente, un engouement certain. Enfin la formation plus poussée et spécifique pour certains dans l’élevage des reines, afin d’améliorer l’espèce.

Une forte attirance

« Si les abeilles font peur parfois, aujourd’hui elles attirent beaucoup. L’installation de 3 ruches sur les toits de l’Opéra (comme à Paris), site emblématique, a fait le déclic », témoigne Jérôme Rohart, apiculteur municipal.

Lillois d’origine, serrurier de formation, après une formation à l’École agricole d’Arras, il se découvre une passion pour le monde mellifère, part s’installer en Franche-Comté, rachète une exploitation.

Richesse végétale

Avec 6 tonnes de production, il se croit en bonne voie de réussir sa reconversion. Mais en 2003, il perd 70 % de son cheptel. S’il n’en a pas la preuve, il incrimine, lui aussi, les épandages sur les grandes plaines céréalières de la Haute-Saône.

Mobiles dans un rayon de 3 km maximum, ses « protégées » trouvent en ville une grande richesse végétale, d’ailleurs favorisée par la mairie avec plantation de fleurs et arbres propres à les séduire, tilleuls, châtaigniers, acacias entre autres. Autant dire inégalée dans les campagnes culturales.

Beaucoup de va et vient

Mais assez stressées par le va et vient des groupes, elles produisent peu. « Nous vendons sur place le miel produit, organisons par ailleurs des ateliers de pains d’épices ».

Et dans son prochain plan, la mairie proposera des sessions pour aider à la formation d’agents territoriaux d’autres municipalités, annonce Lise Darleux, déléguée à l’écologie et à la nature.

Régénérer l’espèce

L’abeille a donc pris possession de la cité, bâtiments publics, parcs, jardins municipaux, entreprises, enclos de particuliers.

«  Un essor qui la rend plus proche du public. L’abeille de ville, crée du lien social, elle la rend plus proche du public, mais aussi, peut-on espérer, lui donner une nouvelle vigueur », déclare encore M. Rohart au Crapaud.

Merci le Naled

Des apiculteurs de Caroline du sud sont loin de ce souci. 4 personnes ayant été infectées par le virus Zika, le Comté de Dorchester décide un poudrage aérien massif du pesticide Naled, susceptible d’éliminer les moustiques porteurs.

Les éleveurs ne décolèrent pas, depuis qu’à la suite de ce traitement, ils ont découvert au pied de leurs ruches des centaines de milliers d’abeilles mortes.

L’Union européenne, et la France, en ont heureusement interdit l’utilisation.

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