La nation indienne se retrouve au Dakota

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Partout dans le monde, les populations indigènes se voient confrontées à l’emprise de projets de développement industriels, les frustrant de droits sur leurs propres terres. Dans le Dakota du nord (Usa), des Indiens Sioux mènent un combat, non violent, contre un projet d’oléoduc. On pense aussitôt à Notre Dame des Landes.

On est en plein été, lorsque des centaines de ces “Native Americans” commencent à converger au confluent des rivières Missouri et Cannonball, s’alarmant de la construction (en cours) du pipeline Dakota Access Pipe line.

Pour eux, la cause est entendue. Son tracé va couper le nord de la réserve, empiéter sur des sites sacrés et menacer, éventuellement, l’approvisionnement en eau.

Jusqu’à l’hiver

La tribu a déjà déposé plainte contre le corps des ingénieurs, qui a approuvé le projet, sans qu’elle soit consultée, comme l’exige une loi fédérale.

Et fait savoir qu’en signe de protestation, des manifestants resteront sur place jusqu’à l’arrêt du projet, s’il le faut jusqu’à l’hiver (sachant que la température locale, dans ces Grandes Plaines battues par le vent, peut descendre jusqu’à des -20°/-30°).

Chiens d’assaut

Les choses en sont là, quand le gouverneur de l’État a la mauvaise idée de déclarer une situation d’urgence, prévenant le constructeur ( Energy Transfer Partners) que, dans ces conditions, il n’est plus en état de faire assurer la protection adéquate des ouvriers sur le chantier.

Insultes et provocations se multiplient avec l’arrivée des bulldozers, encadrés par des vigiles privés et leurs chiens d’assaut. Ils finissent par repartir mais, enclenché par les médias, le combat autour du pipeline rameute dans toute l’Amérique.

Au temps des pow-wow

À la mi-août, installé au long de la rivière Cannonball, un campement, Standing Rock, ne cesse de grossir de nouvelles tentes, tipis, cabanes, camping cars «  On se croirait revenu au temps des pow wows », déclare un Indien au journaliste du New York Times.

On accourt de partout. Danseurs aztec de Minneapolis, délégations frères de Californie, Jemez Pueblo du Nouveau Mexique, Blackfeet du Montana, qui entrent au camp salués par les bannières de centaines d’autres tribus, signifiant leur soutien.

Ennemis, amis ?

Le flot est ininterrompu. Comme si de vieux ennemis retrouvaient de vieux amis. Ainsi , des membres de la tribu Crow – celle qui a aidé la cavalerie américaine à vaincre les Sioux au 19 ème siècle, se présentent offrant couvertures, provisions de viande et un chariot chargé de bois de corde (bois buches).

En tenue traditionnelle pour certains, des chefs s’adressent aux assemblées, où se retrouveraient les membres d’une même famille. « C’est la première fois de ma vie que je vois ça », s’émeut une femme de la tribu Standing Rock.

Chants et danses

Souvent, les protestataires se rapprochent du lieu de construction en multipliant chants, danses, voire cérémonies de prières. Bien qu’au-dessus d’eux siffle le ballet angoissant des hélicoptères des forces de l’ordre.

Un des Indiens plaisante. « Ils surveillent si nous avons bien pris nos 3 repas par jour ». 6 véhicules blindés de la police ne sont pas loin, non plus.

Hollywood frémit

Venue rejoindre les manifestants, l’actrice américaine Shailene Woordley, à l’affiche du dernier film d’Oliver Stone « Snowden », est arrêtée pour violation de propriété privée, comme 26 autres personnes.

La candidate écologiste à la présidentielle US, Jill Stein, elle aussi inculpée de 2 infractions mineures pour avoir tagué un bulldozer de l’entreprise.

Susan Sarandon et Leonardo di Caprio se disent « inspirés » par cette confrontation, une pétition à la Maison blanche recueille plus 170 000 signatures.

Des archéologues valident

Dans cet État, riche en gisements bitumineux, l’oléoduc de 1800 km doit traverser 4 états jusqu’à la frontière canadienne. Un transport plus efficace que ceux par train ou camion, susceptible de concurrencer le pétrole canadien moins cher.

« C’est une infrastructure de pointe », affirme le constructeur, arguant que le tracé est approuvé par la Commission des services publics de l’État, également validé par des archéologues.

Ordres et contrordres

«  Les canalisations cassent toujours, répond un représentant Sioux, si le pipeline lâche, en 10 minutes cela arrivera jusqu’à notre approvisionnement en eau et le temps qu’ils réparent, elle sera contaminée ».

Entre temps, comme à Notre Dame des Landes, un juge a rejeté la première plainte des Sioux, l’Administration Obama de son côté demande le gel du chantier, jusqu’à ce que la tribu soit proprement consultée mais, le 9 octobre, une cour d’appel fédérale en autorise à nouveau la poursuite.

Litanie d’injustices

Ces atermoiements font craindre que la confrontation dégénère (en espérant éviter les graves incidents de Wounded Knee en 1973). Récemment, des « Gardes nationaux », armés de fusils, ont côtoyé les manifestants venus planter des saules et du blé sur le terrain du chantier, sur le thème “Occupy the prairie”.

« Ce n’est pas un combat local », souligne un historien Sioux. Il s’inscrit dans une litanie d’injustices à l’égard des communautés indiennes, le manque de financement d’éducation tribale, forçant les enfants à être scolarisés dans des pensionnats.

Également le manque de reconnaissance pour les acquis des tribus, la perte d’entraides gouvernementales, enfin le dédain pour leur souveraineté sur les territoires, sans consultation ou accord honnête.

«  Nous avons toujours payé le prix de la prospérité américaine », conclut-il.

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