La complainte du cochon

 

L’actualité n’a pas cessé de nous remettre à l’esprit notre relation aux animaux et les sévices que l’homme inflige à bien d’entre eux, domestique ou sauvages.

Président de la Ligue pour la protection des oiseaux, Allain Bougrain Dubourg, infatigable défenseur de la cause, a voulu leur donner la parole dans un petit livre passionnant : « Lettre des animaux à ceux qui les prennent pour des bêtes”.

Voici, en libre adaptation, la lettre du cochon à son éleveur.

Ma naissance déjà est un problème, nous sommes une fratrie de 20 porcelets à naître le même jour, or notre mère n’a que 16 tétines. Déjà nous avons le sentiment d’être de trop.

Pour se séparer des plus chétifs d’entre nous, mon éleveur a cherché la solution et trouvé la solution, ce qu’il appelle « la cloison thérapie », soit nous jeter contre le mur. Mais appliquée avec « conviction », comme le recommande un Institut du porc (Ifip), que je ne connais pas.

Génétique

Aux temps anciens, cela ne se passait pas comme ça, la génétique est passée par là. Dans la nature, nos « grands-mères » truies mettaient bas 16 bébés porcs par an, aujourd’hui c’est passé à une trentaine.

Les choses ont beaucoup changé aussi dans la façon de nous élever. Avant nous passions bien 3 ou 4 mois auprès de notre mère, chez nos “parents” industriels, maintenant on nous sépare dès le jour 28.

Tortures

À peine sortis du ventre maternel, les tortures commencent, on coupe notre queue, on meule nos dents ( sans anesthésie), on nous castre.

Vous demandez pourquoi on en veut à nos dents ? Pour ne pas abîmer les mamelles de notre génitrice. Ce qui n’arrive d’ailleurs pas, quand nous sommes en liberté.

Maturité

Et pourquoi les queues (avec un fer chauffé). ? Parce que nous serions tentés de les dévorer. J’ose à peine vous parler de la castration, insupportable.

On enfonce un scalpel dans nos 2 testicules et un doigt étranger creuse et ressort le cordon spermatique pour le couper. On prétend que, sans castration, ma chair dégage à la cuisson une odeur désagréable. Pourtant, on nous abat avant la maturité sexuelle.

Pétition

J’ai entendu parler de méthodes de castration comme on dit alternatives par des injections supprimant l’hormone mâle, traitement qui réduit aussi notre agressivité, même si j’aime pas trop les manipulations chimiques.

Je dois dire que j’ai quelques appuis. 140 000 personnes ont signé une pétition à destination du Ministre de l’Agriculture pour interdire cette castration à vif. Mes congénères de Suisse, Norvège ou Suède, peuvent être contents, elle est déjà interdite chez eux.

Du côté des coopératives aussi, je constate qu’on fait des efforts. La coopérative Cooperl, où se retrouvent un quart des éleveurs, s’engage à lâcher le scalpel.

Ni paille, ni terre

Je peux dire, la promiscuité, c’est notre enfer. Une fois sevrés, nous voici 5 semaines en post sevrage, fini l’alimentation lactée. Je vous invite à visiter cette salle nue, devenue mon lieu de vie.

D’abord un sol ajouré pour laisser tomber nos déjections dans une fosse en contrebas. Pas de paille, ni de terre, ni de racine, ni de branches pour satisfaire nos besoins, comme on le fait à l’air libre.

Il paraît, d’après une directive européenne, qu’on allait enrichir nos conditions d’existence, bénéficier de choses, telle que de la paille pour nous « épanouir », j’en rigole. Ça se limite à un bout de chaîne ou un ballon à mâchouiller.

Intelligence

Ce qui me choque le plus, quand on pense que nous ne sommes que des machines à viande, c’est nier notre sens de la vie, bafouer notre intelligence.

Dans le domaine des capacités cognitives, nous valons bien les chiens ou les chimpanzés, car nous avons une grande aptitude à mémoriser les situations et nous sommes conscients de notre identité.

Communication

Surtout arrêtez de penser que nous aimons nous vautrer dans la saleté. Dehors, nous cherchons les espaces de repos propres, secs et moelleux. Nous nous serrons les uns contre autres, quand nous avons froid.

Et les bains de boue, me direz-vous ? C’est pour éloigner ces sacrées puces et les coups de soleil. Nous communiquons entre nous par une vingtaine de cris, qui nous sont propres, mais aussi avec notre ouïe et notre odorat.

Bouche

Nous pouvons vivre 25 ans dans la nature, notre espérance de vie dans l’industrie ? Vous n’allez pas croire, 6 mois.

Je tenais à vous dire tout cela, car je ne pense pas que vous allez pour autant cesser de déguster tous les bienfaits de bouche, que je vous apporte. Ne dit-on pas, dans le cochon tout est bon.

J’ose espérer au moins, qu’en reconnaissance, vous allez plaider pour des élevages responsables. Et choisir sur l’étal ce que nous produisons de mieux, issus des porcs fermiers élevés en plein air, voire en liberté. D’avance merci.

 

Allain Bougrain Dubourg, « Lettres des animaux à ceux qui les prennent pour des bêtes ». Édition Les échappés

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Comments

Chouette, le cochon, je m’en ferai bien un animal de compagnie 🙂

posted by Fiess / 01.18.18 - 2:06

Cela se pratique, vaut mieux cependant le prendre en bas âge…

posted by robert / 01.28.18 - 12:00

J’avoue avoir mangé du porc hier,ce que je viens de lire me donnerait envie de le régurgiter !
Comme on le fait dans les vraies boucheries, on devrait pouvoir avoir connaissance des origines des animaux vendus pour la nourriture : pas une appellation comme “volaille de Loué” qui ne veut rien dire, mais les coordonnées du producteur, permettant de se rendre sur place pour voir les conditions d’élevage le cas échéant.
Mon pauvre cochon, je compatis !

posted by Michèle Pasquis / 01.19.18 - 12:10

Bonjour Michèle, vous avez raison, il devrait y avoir une traçabilité plus contraignante des animaux d’abattage, et notamment les porcs. En attendant, le mieux, c’est encore la confiance dans son artisan boucher, lequel devrait savoir répondre à l’information que souhaite par le consommateur. robert

posted by robert / 01.28.18 - 11:59

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