Justice écologique

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La Cour pénale internationale de La Haye marque un grand coup. Elle entend poursuivre désormais les responsables de ravages écologiques. Une décision historique, dont les suites pourraient contribuer à mettre un terme aux multiples spoliations subies par les pays du sud notamment.

Avertissement sans frais aux milieux de la politiques et des affaires, dont les dirigeants, une fois poursuivis, s’assoiront sur les mêmes bancs que les dictateurs ou criminels de guerre.

Par le truchement de sa Procureure, la Gambienne Fatou Bensuda (citée par Time dans les 100 personnes les plus affluentes du monde), la Cour (Cpi) en effet a  fermement affiché dans un document de politique générale sa résolution.

“Elle veillera désormais particulièrement « aux crimes impliquant ou entrainant des destructions environnementales, l’exploitation illicite de ressources naturelles ou l’expropriation de terrains.”

10 ans pour un verdict

Certes, créée en 2002, la Cpi s’avère une juridiction lente et lourde, principalement axée jusqu’à présent sur des conflits complexes concernant des chefs de guerre africains.

Ainsi, ce n’est qu’en 2012, 10 ans plus tard, qu’elle prononce son premier verdict contre le Congolais Thomas Lubanga, coupable d’enrôlement dans sa milice d’enfants de moins de 15 ans. Condamné à 14 ans de prison, la peine a été confirmée en appel en 2014.

Carnet de chèques

Il n’en reste pas moins que le coup de semonce de La Haye est une sorte de baume au cœur pour les militants des droits de l’homme et les écologistes, certes une manière aussi de redorer son blason .

Les terres agricoles, on le sait, sont la première richesse d’un pays, seul bien pérenne.

Mais, depuis des années, « le carnet de chèques redistribue l’espace des autres », selon le journaliste Fabrice Nicolino dans une très virulente « Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture, en France et dans le monde.”

Géants de l’agro

On compterait 100 millions d’hectares de terres accaparées ( 10 millions de plus chaque année ) opposant souvent des communautés locales fragiles à des groupes financiers investisseurs, géants de l’agroalimentaire entre autres, disposant de moyens colossaux, en mesure d’annihiler sur place toute résistance éventuelle.

Une association, Grain, tient à jour un dossier sur le sujet et n’hésite pas à désigner les responsables par leur nom, souvent maquillé derrière des appellations de société ad hoc.

Hévéas et palmiers

Par la capture simple ou la prise de contrôle, il s’agit de développer des monocultures, le plus souvent des plantations massives d’hévéas ou de palmiers à huile, source de gros profits, sans égard pour les dégâts notamment causés à la biodiversité des lieux.

En 2008, le Cambodge accorde une concession foncière de 7 000 ha à un groupe, auquel est associé celui de Vincent Bolloré, pour un vaste projet d’exploitation caoutchoutière.

Une action à Nanterrre

Les Bunongs, peuple autochtone, mène durant 7 ans de vaines batailles pour faire valoir leurs droits. Les opérations de défrichage affectent plus de 850 familles, qui se disent lésées par les compensations offertes.

50 paysans, parmi eux, en viendront à intenter, en juillet 2015, auprès du tribunal de grande instance de Nanterre, une action en responsabilité contre le groupe de l’homme d’affaires, dans l’espoir de récupérer leur terre, ajouté de milliers d’€ de dommages et intérêts.

Enquête sur le Cambodge

Du reste un premier dossier est déjà sur le bureau de la procureure pour l’ouverture d’une enquête sur les accords de cessions pris par le Cambodge. Selon les militants des droits de la terre, 5 % de la population cambodgienne a été victime de ces appropriations.

Longtemps considérée, et dénoncée, comme un acteur majeur dans cette marchandisation du sol, la Chine, qui ne dispose que de 8 % des surfaces arables de la planète pour une population d’1,3 milliards d’individus, est au terme de son potentiel agricole.

L’Afrique aussi

Mais avec une consommation de viande qui, en l’espace de 20 ans, pour exemple, est passée de 15 à 70 kg par personne et par an (88 en Allemagne), elle est bien contrainte de miser sur des acquisitions extérieures.

Continent des terres vacantes, l’Afrique n’échappe pas elle-même à la ruée. Elle serait même le second plus important « kleptocrate » de ses propres terres, certains dirigeants n’hésitant pas à vendre à d’autres des territoires qui ne leur appartiennent pas.

Militants abattus

Tensions et conflits fragilisent les populations rurales. Les pourfendeurs déclinent les conséquences : Disparition de petites et moyennes fermes, menace de chômage, prise en mains par l’agro-industrie, recours aux Ogm, pollution, voire dégradation, des ressources naturelles, droits bafoués.

Mais, en Amérique latine, les actions de défense passent rarement par le tribunal. Selon Global Witness, 122 militants des droits humains l’ont payé de leur vie en 2015 (185 dans le monde).

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