Jeanne et sa malle aux souvenirs

Le crapaud - Jérôme Liniger - Jeanne et son vélo

“lecrapaud.fr” inaugure ici une rubrique de récits, touchant notamment à des initiatives personnelles et originales

”Bonjour cher crapaud, c’est de Bretagne que je t’écris. Pour les vacances j’aurais pu t’envoyer un bon paquet de cartes postales avec tous les endroits, par lesquels nous sommes passés, mon vélo et moi. Mais voilà, pour t’expliquer mon projet il me fallait un peu plus de place et de temps. Ce projet s’appelle En vélo Simone ! et c’est un voyage qui relie à vélo des lieux de mémoire à travers le Morbihan. Je m’explique.

Partir seule

Tout d’abord, je m’appelle Jeanne Pahun, j’ai 23 ans et dans 1 an j’aurai fini mes études d’économie du développement. Cet hiver, en combinant plusieurs de mes envies pour l’été, j’ai eu l’idée de ce voyage un peu particulier !

Déjà, je voulais pousser la porte des maisons de retraite pour voir ce qui s’y passe, rencontrer ceux qui y vivent et ceux qui y travaillent. Je voulais aussi m’essayer à la bicyclette longue distance, partir seule et connaître mieux l’endroit d’où je viens, le Morbihan.

Il y a 4 mois, je suis donc allée dans les maisons de retraite de ma commune, celle de Port-Louis et celle de Riantec. J’ai interrogé des résidents qui acceptaient de participer au projet et leur ai demandé de me confier une « commande de souvenir », à savoir un lieu cher à leur mémoire et une action à y effectuer.

Des Simones et des Simons

Pendant 1 mois j’ai donc collecté les envies des lieux et souvenirs de ceux que j’appelle les « Simones » et les « Simons », les personnes âgées de ces établissements. Mi-juillet, j’avais en mains 25 commandes, uniques en leur genre.

Beaucoup m’envoyaient faire des photos par exemple du café où l’on a été réfugié à Pluvigner, de la maison que l’on a habité à Kervignac ou de celle où l’on passait ses vacances chez la grand-mère de la Trinité. .

D’autres me demandaient des vidéos : refaire les 5 kilomètres quotidiens du chemin vers l’école à Guern en filmant le parcours ou restituer l’ambiance du marché de Quimperlé.

Prendre du temps

Certains souhaitaient que j’aille embrasser un ancien ami à Erdeven, sonner la cloche de Ste Barbe, celle qui repousse les orages au Faoüet, ramener une andouille de Guémené ou encore retrouver des lavandières sur la route d’Auray.

Mais, c’était important à mes yeux, je ne voulais pas rester sur le simple constat « c’est plus comme avant », une fois arrivée sur le lieu du souvenir, montrer au contraire quelles étaient les nouvelles forces, la nouvelle vie qui les animaient. Montrer le temps qui passe et ce qui s’est passé entre temps. Rencontrer les nouvelles personnes qui l’habitent.

Tout cela prend du temps et parfois je me retrouvais au milieu de grands jeux de pistes. Prenons l’exemple des 2 lavandières dont je devais retrouver la trace à la demande de Christiane, une « Simone » habitant Plouhinec.

Avec son mari, elle se rendait tous les lundis matin au marché d’Auray et sur le bord de cette route elle voyait chaque semaine 2 femmes qui lavaient leur linge, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il y ait du soleil (derrière les nuages, entendons nous bien…).

Un arrêt à tous les lavoirs

Christiane qui apprécie la beauté de ce métier avait toujours voulu s’arrêter pour leur parler, elle ne l’a jamais fait. Avec ses indications je pars donc à leur recherche. Entre Plouhinec et Auray, les amis, la route est longue, surtout quand on doit retrouver celle qu‘on utilisait 50 ans auparavant.

Je me suis arrêtée à tous les lavoirs des environs. J’ai du parler à une bonne quinzaine d’anciennes lavandières, dont certaines avaient « lavé » jusqu’à leur mémoire. Mais il faut aussi composer avec cela. Peut-être l’une d’entre elles était la lavandière que voyait Christiane. Peut-être pas.

Mais après tout, je pense que l’essentiel était surtout de parler de celles qui allaient et de celles qui vont toujours au lavoir. J’ai aussi eu la chance de pouvoir filmer l’une d’entre elles, de filmer ses gestes et de comprendre pourquoi cette dame, équipée d’une machine à laver tout ce qu’il faut, préfère venir ici, au lavoir de Landaul.

Car le but d’ En vélo Simone ! est de parler du présent qui dialogue avec le passé, ou l’inverse, je ne sais plus…

Les cartes du souvenir

Avant mon départ, nous avons établi ensemble avec les personnes âgées les cartes du « Morbihan de nos souvenirs », pleine de gommettes, de lieux-dits, de souvenirs, de pseudos aussi (toutes les « Simones » s’étaient choisies un nom de scène pour le projet). Des cartes qui décidaient de l’itinéraire qui serait parcouru à vélo. Départ fixé au lundi 16 juillet vers l’ouest et retour au port, 1 mois plus tard, par l’est.

Un parcours en solitaire, mais pas tout à fait. De la préparation à la réalisation, le but est d’intégrer au maximum les personnes âgées dans cette redécouverte des lieux où elles ont laissé s’ancrer leurs souvenirs. Pour ne pas rompre le lien entre elles et moi pendant le voyage à vélo, nous avons communiqué par l’intermédiaire d’un blog.

Vivre l’expérience au même moment

J”y postais au jour le jour les photos, les vidéos et mes impressions sur les lieux que je visitais, les personnes que j’y rencontrais. Aider par les animatrices des maisons de retraite, mes Simones et Simons pouvaient ainsi se rendre sur ce journal de bord en ligne pour voir où en était leur commande de souvenir mais aussi celles passées par les autres participants du voyage.

Vivre l’expérience au même moment, c’était l’objectif. Les réunions inter-maisons de retraite ou autour d’un ordinateur ont permis cet échange et leur ont aussi évité de se retrouver isolées avec leurs souvenirs qui remontaient comme ça d’un coup.

En route, elles ont ainsi déposé des petits commentaires que je lisais sur le blog. Leurs impressions, leurs encouragements, c’était vraiment fort de lire ça pendant le voyage. Elles n’étaient pas non plus les seules à aller sur le blog ou à me laisser des messages, puisque nous avons collecté plus de 10 000 visites pendant ce mois.

Un formidable accueil

Le 15 août, j’étais de retour chez moi et dans les maisons de retraite, pour leur présenter le « rapport » de leur commande. J’ai aussi fait une présentation générale de ce mois itinérant, des endroits fabuleux que j’ai traversés et du formidable accueil que j’y ai reçu.

Grâce à la presse locale qui a bien relayé le projet, certaines personnes me reconnaissaient sur la route et m’offraient un café, une histoire, un passage en bateau ou un lit pour la nuit. Le vélo est vraiment un moyen de transport qui permet cet échange et facilite ces rencontres.

Aujourd’hui, je travaille sur l’élaboration d’un protocole « En vélo Simone ! ». J’évalue ce qui a marché et ce qu’il faudrait plus développer dans le projet, notamment créer un lien plus fort avec les familles des « Simones » ou renforcer l’utilisation des contacts skype en route, même si du point de vue logistique cela complique un peu les choses…

Une sorte de fiche technique sera disponible sur le blog et libre ensuite à qui veut tenter une expérience de ce genre. Je la recommande et vivement, vous pouvez l’imaginer !”

Jeanne Pahun pour le « lecrapaud.fr »

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