Heurs et malheurs d’un herbier potager

 

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Les Journées du Patrimoine, le 3ème week-end de septembre, rencontrent un grand succès populaire. Invitant à la découverte de lieux emblématiques comme le Palais de l’Élysée, jusque, par exception cette année, la sinistre Prison de la Santé, en plein cœur de Paris.

Mais aussi, elles suggèrent des visites plus modestes, néanmoins inattendues, comme l’Herbier Vilmorin, à Verrières le Buisson (Essonne).

 

La servante

Les herbiers offrent sans doute l’outil scientifique qui, à une époque, a fait le plus avancer la science botanique. Celui du Muséum d’Histoire naturelle de Paris, le plus important du monde, recense 8 millions de spécimens.

Mais ils racontent aussi des aventures lointaines, fascinantes. Le botaniste Jussieu sillonnant les mers à la recherche d’espèces insoupçonnées ; une servante, déguisée en homme, revenant d’un tour du monde aux côtés de Bougainville, avec des fleurs multicolores inconnues, dont celle qu’on appellera, ce qui s’imposait, bougainvilliers.

vicissitudes

Rousseau qui en constitue un « pour oublier la méchanceté des hommes ». Ou, plus près de nous, Théodore Monod, fou de fleurs du désert.

Avant d’être classé au Patrimoine national, l’herbier Vilmorin a connu quelques vicissitudes. Christian Sifre, qui en a la charge, en détaille l’histoire devant une soixantaine de curieux, réunis dans la cour du Centre André Malraux.

Outil de travail

Dans les années 60, la collection est hébergée dans le laboratoire de biologie végétale à la Faculté d’Orsay. A sa fermeture, se pose la question de l’avenir de l’herbier. Nombre des 56 000 planches sont dans un piteux état.

Cet herbier n’a pas été conçu pour être pérenne. C’était l’outil de travail des chercheurs. Ainsi le échantillons ne sont pas présentés et mis en forme comme on peut l’attendre d’un herbier. Ils sont rarement fixés sur leurs supports et l’étiquetage est incomplet.

rapatriement

L’héritage semble perdu, jusqu’à ce qu’un descendant Vilmorin, contemporain, propose qu’il soit rapatrié, juste avant le pilon, dans son lieu et ses locaux d’origine, les bâtiments de l’ancienne société, Vilmorin -Andrieux.

Sous la direction de Christian Sifre, l’on commence l’inventaire. Avec d’émouvantes surprises. Ce lys séché entre 2 feuilles d’un journal, daté du jour même, où l’Allemagne déclarait la guerre à la France.

Ou cet épi de blé qui était cultivait à l’époque des pharaons.

Rencontre

La saga familiale des Vilmorin défile sur 6 générations, à commencer par l’amitié d’un Philippe Victoire de Vilmorin tombant dans les bras d’un Pierre Andrieux, botaniste de Louis XV.

Ils font commerce très vite de graines et plantes, tulipier de Virginie, betterave champêtre, rutabaga, utilisés désormais pour l’alimentation, le fourrage ou l’ornement.

1280 variétés

Lorsque, durant la guerre de 7 ans (1754-1763) , Antoine Parmentier, de retour de Prusse, où il était prisonnier militaire, ne sait plus quoi faire de la trentaine de variétés de pommes de terre, qu’il a recueillies dans les labours allemands, le Roi l’enverra chez les Vilmorin.

C’est à Verrières, dans les 300 ha de champs de l’époque, que pousseront (on l’ignore généralement) les premières récoltes du tubercule en France, avant la conquête qu’on lui connaît.

La famille va multiplier par 5 l’herbier Parmentier jusqu’à réunir 1280 variétés nouvelles. On développera aussi la betterave sucrière, aux dépens de la canne à sucre.

Obscurité

Dans le musée de la commune, les planches de l’herbier ne devraient plus connaître de mauvais sort. Installées dans leurs grandes armoires, à l’obscurité, protégées de mains indélicates.

Pour en exhiber quelques-unes devant le groupe, il vaut mieux se munir de gans blancs et les manipuler précieusement. Rien qu’à sortir un spécimen de sa chemise en carton, parfois du papier journal, déjà il s’effrite.

Jusque là, beaucoup tombaient en poussière avec le temps.

Informatique

Il faut maintenant mettre de l’ordre et assurer l’avenir. Retrouver l’origine de chaque spécimen, parfois sur des étiquettes volantes, parfois inexistante, le déplacer et le fixer sur un support approprié. Le moment venu, le tout sera intégré dans une basse de données informatiques.

Un travail au long cours. Les bénévoles, une fois formés, qui y participeront, pourront se réjouir de côtoyer un autre trésor de l’herbier.

Aquarelles

Fouillant les recoins du labo d’Orsay, qui vient de fermer, Christian Sifre met la main par chance pure sur un album de plusieurs centaines de magnifiques aquarelles.

Au Japon, les Vilmorin sollicitaient des artistes nippons pour représenter, donc mieux vendre à leurs clients, beauté et grâce de fleurs exotiques, proliférant dans ces contrées lointaines.

Aujourd’hui une collection exceptionnelle, elle aussi sauvée in extremis.

 

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Notre dernier billet, « l’homme communicant » (21/09/14) trouve une résonance particulière dans une enquête d’Unicef France sur la situation psychologique des adolescents, de 6 à 18 ans, selon laquelle, le « harcèlement sur les réseaux sociaux multiplierait par 3 chez eux le risque d’un passage à l’acte vers le suicide ».

 

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