Energie : Mille hydroliennes sous la mer

2013 03 06 lecrapaud jacquette fiess hydroliennes Energie : Mille hydroliennes sous la mer

L’événement est presque passé inaperçu, ce premier salon Euromaritime, début février, à Paris. 180 exposants, 5000 visiteurs, lesquels se sont particulièrement intéressés à l’une des plus passionnantes batailles navales (pacifique celle-là) à venir, l’énergie hydrolienne.

« Après l’éolien en mer, c’est l’énergie marine la plus mature », avance un expert. Et, comme dans tout défi industriel, la bataille s’ouvre sur un grand Monopoly.

Les chantiers navals militaires DCNS ont canonné les premiers, lâchant 130 millions d’€ pour s’offrir un participation majoritaire dans le pionnier irlandais OpenHydro. Le vaisseau Alstom réplique sans tarder en bouclant l’acquisition du britannique Tidal Generation.

Une Europe de l’hydrolienne

GDF Suez n’entend pas rester absent de ces manœuvres navales proprement européennes. Il met en place une offensive industrielle, centrée à Cherbourg, avec l’allemand Voith et le constructeur CMN de Normandie. « Ce sera le gros sujet de 2013 », affirme le patron de sa division énergies renouvelables.

Une chose est acquise. La France et son littoral leur offre un formidable terrain d’exercice et éventuellement de réussite. Dans le seul Raz Blanchard, au large du Cotentin (et souvent redouté par les plaisanciers), le courant pourrait générer deux fois plus d’électricité que le réacteur nucléaire EPR en chantier juste en face à Flamanville (Manche). Entre flot et renverse, ce passage, l’un des plus puissants d’Europe, peut atteindre 5 à 6 mètres par seconde.

Des rotors de 2 étages de haut

Si Jules Verne n’y a pas songé, dans son roman fantastique de  « Vingt mille lieues sous les mers », la technique l’aurait séduit : Ressemblant à d’immenses réacteurs d’avion, de grands rotors immergés se mettent en mouvement grâce à la puissance des courants sous-marins, dans les 2 sens, selon les cycles lunaires.

Toutes les difficultés techniques ne sont pas maîtrisées pour autant. Il y a six mois au large de Brest, un prototype, modèle de l’Irlandais OpenHydro,  coule au fond suite à la rupture d’un treuil et n’a pas été remonté pour le moment. L’incident souligne la difficulté de manipuler des engins de plusieurs centaines de tonnes. Néanmoins.

La sympathie des riverains

D’ici à 2025, 2030, entre 1000 et 1500 de ces turbines devraient tourner à terme par 50 m de fond, arrimées sur des socles de béton de 800 tonnes. A raison de 3500 heures par an contre 2000 heures pour l’éolien, en bénéficiant d’une densité de l’eau 850 fois plus élevée que celle de l’air.

Pour le président du Syndicat des Energies renouvelables (SER), « la force de l’hydrolien, c’est sa prédictibilité». De plus, on s’épargne le risque de susciter la grogne de riverains, en écartant la pollution visuelle et les conflits dits d’usage pour la pêche, le tourisme ou le transport maritime des éoliennes en mer.

Une énergie cinétique

En surface des stations offshore se chargent de convertir l’énergie produite en courant continu, lequel est acheminé par câble vers la terre et transformé en alternatif, susceptible d’alimenter de 1 à 2 millions de foyers.

Contrairement aux hydroliennes, l’usine marémotrice de la Rance, qui vient aussitôt à l’esprit, n’exploite pas une énergie cinétique des marées mais potentielle, soit la différence du niveau d’eau de part et d’autre d’un barrage qui se vide et se remplit au fil des marées.

En fonction depuis 1967, elle offre une technologie stable, produit 500 GWh/an, mais n’est pas aisée à déployer en raison de l’envasement qu’elle provoque et du marnage supérieur à 5 mètres nécessaire à sa rentabilité. L’initiative n’a pas été reconduite.

Un énorme potentiel

Pour l’instant, Edf s’engage dans des essais en rade de Brest (Finistère) et à Paimpol-Bréhat (Côtes d’Armor). Gdf Suez entend tester de 3 à 6 rotors dans le Raz Blanchard. Également au Fromveur avec Sabella (, une start-up bretonne)

Et, comme pour toute nouvelle aventure technique, on rêve déjà d’un potentiel mondial entre 75 et 100 gigawatts, l’équivalent du parc électrique français, la France pourrait assurer 3 gigawatts », dit un spécialiste. Et 10 000 emplois créés.

Mais, n’allons pas trop vite en besogne, titre le journal Libération dans un article sur le sujet joliment titré « le jardin des hélices ».

La énième bonne idée sans lendemain

« La France a un potentiel pour devenir leader mondial, deuxième puissance maritime et deuxième gisement d’Europe d’énergies maritimes », souligne la ministre de l’écologie, Delphine Batho.

Le vice-président d’Alstom rappelle qu’Alstom  » a investi plus de 100 millions d’€ pour ses usines d’éoliennes offshore, si on veut promouvoir l’hydrolien, il faut un cadre favorable ».

D’où un appel du pied au gouvernement, les industriels souhaitent qu’il s’engage fermement dans cette voie (on se souvient des funestes contre-mesures prises pour le photovoltaïque solaire, coupant l’herbe sous le pied à l’époque de nombre d’entreprises nouvelles).

Fermes-pilote dans  le Raz Blanchard

La ministre s’est donc empressée d’annoncer que le gouvernement manifestera son intérêt rapidement, notamment par un appel à candidatures pour la réalisation de fermes pilotes dans le Raz Blanchard.

Complété d’un texte sur le rachat de l’électricité produite, fixé pour le moment à 15 centimes le Kw/heure (contre 13 à l’éolien offshore). « Insuffisant » jugent les acteurs. L’addition pour la seule ferme pilote de Paimpol-Bréhat sera de 40 millions d’€.

Prudence oblige

L’expérience amène en effet les investisseurs à une certaine prudence. «  La France manquera ses objectifs de développement des énergies renouvelables pour 2020 »,  constate le président du SER. On visait 23 % du système énergétique français d’ici à 2020, à regarder la tendance actuelle on devra se contenter de 17 et 18 % ».

Il y a urgence à redresser la barre et sans attendre une loi de programmation énergétique. A commencer, mal très hexagonal, par simplifier les réglementations.

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Comments

Excellent et bien plus séduisant que les éoliennes. La production d’énergie hydrolienne est facilement prévisible et n’a rien d’aléatoire comme l’est celle provenant des éoliennes. Il suffit de consulter les horaires et les coefficients de marées pour prévoir la quantité d’énergie produite. La puissance formidable de l’eau, due à sa densité presque 1000 fois supérieure à celle de l’air explique les importantes réserves d’énergie dont nous disposons, surtout entre le Raz de Sein et le Pas de Calais. Autre avantage, ces turbines immergées ne créeront pas de pollution visuelle. Espérons que le France sera rapidement en mesure de dominer ce marché.

posted by Jean-François Voiment / 03.07.13 - 5:43

je suis bien sur favorable à ce genre de production,mais combien de ligne à haute tension pour transporter toute cette électricité.j’ai bien peur aussi que cette électricité serve en grande partie à l’usine de retraitement de la Hague.
Il faudra que l’électricité reste aussi sur place (Normandie)
Amicalement

posted by MICOLOD / 03.12.13 - 9:11

Bien vu ce projet, si seulement cela pouvait remplacer l’énergie nucléaire qui à mon sens est terriblement dangereuse en cas de gros problèmes ,mais combien d’ hydroliennes faudrait t ‘il ?? enfin c ‘est déja un progrés .

posted by gallois / 04.05.13 - 8:27

Cher internaute,
Merci de votre remarque.
Il est évident que les hydroliennes, qu’importe le nombre, ne pourront jamais suffire à satisfaire l’ensemble des besoins énergétiques de l’hexagone. Seul un « mix » des énergies dites renouvelables, solaire, éolien, biomasse, hydrolien, géothermique – et un mode de vie impliquant une décroissance des besoins, permettront de renoncer petit à petit au nucléaire, comme l’Allemagne en prend le chemin de façon exemplaire. Mais il est vrai qu’outre-Rhin, on ne compte plus que 8 centrales en activité.
Fidèlement, le crapaud.

posted by robert / 04.07.13 - 9:10

Fournies par le soleil, le vent, la chaleur de la terre, les chutes d’eau, les marées ou encore la croissance des végétaux, les énergies renouvelables n’engendrent pas ou peu de déchets ou d’émissions polluantes. Elles participent à la lutte contre l’effet de serre et les rejets de CO2 dans l’atmosphère, facilitent la gestion raisonnée des ressources locales, génèrent des emplois. L’ energie solaire (energie solaire photovoltaïque, energie solaire thermique), l’hydroélectricité, l’éolien, la biomasse, la géothermie sont des énergies flux inépuisables par rapport aux « énergies stock » tirées des gisements de combustibles fossiles en voie de raréfaction : pétrole, charbon, lignite, gaz naturel.

posted by Michele W. Keith / 04.26.13 - 11:57

Fournies par le soleil, le vent, la chaleur de la terre, les chutes d’eau, les marées ou encore la croissance des végétaux, les énergies renouvelables n’engendrent pas ou peu de déchets ou d’émissions polluantes. Elles participent à la lutte contre l’effet de serre et les rejets de CO2 dans l’atmosphère, facilitent la gestion raisonnée des ressources locales, génèrent des emplois. Le solaire (solaire photovoltaïque, solaire thermique), l’hydroélectricité, l’éolien, la biomasse, la géothermie sont des énergies flux inépuisables par rapport aux « énergies stock » tirées des gisements de combustibles fossiles en voie de raréfaction : pétrole, charbon, lignite, gaz naturel. Entrez dans l’univers des énergies renouvelables : Quelles sources d’énergies ? Pour quels besoins ? Comment les capter, les transformer ? Sous quelle forme les utiliser ?

posted by Rupert Q. Phelps / 04.30.13 - 4:04

Les énergies fossiles n’étant pas en mesure de répondre indéfiniment aux besoins énergétiques de la planète, le recours aux énergies renouvelables offre des solutions durables et respectueuses de l’environnement. La solution du nucléaire est vigoureusement défendue par quelques pays, dont la France, mais la catastrophe de Fukushima a rappelé les risques de cette technologie. Les Conférences internationales de Rio et de Kyoto ont consacré le rôle que devront jouer les énergies renouvelables dans les années à venir.

posted by Sharron T. Odonnell / 05.01.13 - 8:04

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