Climat : quand l’Amérique se réveille

le crapaud - nicolas jacquette - robert fiess - les états unis reconnaissent enfin le réchauffement climatique

C’est une échéance probablement inéluctable. Au rythme actuel de la fonte des glaces polaires, la montée des eaux menace la Statue de la liberté comme 30 autres trésors nationaux américains.

Longtemps sceptiques, notamment par commodité et égoïsme, les Américains se rendent enfin à l’évidence, le changement climatique est déjà plus qu’une réalité aux Etats-Unis.

Ne serait-ce qu’à lire l’imposant rapport, fruit de 4 années de travail par des centaines de climatologues et autres scientifiques, « la sonnette d’alarme la plus forte la plus nette », remise récemment au Président Obama.

Alarme forte

Réalités ? On y cite, par exemple, le territoire de l’Alaska, qui s’est réchauffé deux fois plus vite que le reste du pays, avec des changements majeurs dans les écosystèmes et des dégâts aux infrastructures.

Ou la route numéro 1 en Louisiane, stratégique pour le transport pétrolier, laquelle est en train de s’enfoncer dans la terre trop imprégnée.

Rendue impraticable pendant 3 mois, il en coûterait déjà 7,8 milliards de dollars à l’économie nationale.

Chou blanc

Incendies de forêt de plus en plus tôt dans la saison dans le sud-ouest, précipitations de plus en plus brutales dans le nord-est, cyclones de plus en plus nombreux dans les zones côtières, un secteur agricole contraint à composer avec des hivers plus courts.

Le rapport vient à point nommé pour Barack Obama, dont la lutte pour le changement climatique, une de ses grandes promesses de début de mandat avait fait chou blanc après l’échec d’un ambitieux projet de loi.

Drastique

«  Le récent état des lieux souligne la nécessité d’une action d’urgence, afin de protéger les Américains et leurs collectivités et de mettre en œuvre un avenir durable pour nos enfants et petits enfants » plaide la Maison blanche.

Cette fois, Barack Obama change de ton, décidé à imposer aux centrales à charbon (37% de la production) de nouvelles normes pour une réduction drastique de leurs émissions de CO2.

Pieds dans l’eau

La vision d’une Statue de la Liberté les pieds dans l’eau relève d’un mauvais rêve, pour l’instant. Mais à terme ? L’Agence nationale océanique et atmosphérique (NOAA) fait une projection sur un océan atlantique, dont le niveau pourrait monter de 91 cm d’ici à 2100.

Et c’est la Nasa qui s’inquiète aujourd’hui. En seraient affectés le Centre spatial Kennedy, d’où ont décollé les premiers hommes sur la lune et 5 autres de ses sites, trop proches des côtes.

Retrousser les manches

Déjà, certains ont subi des dommages importants avec l’érosion côtière et la multiplication des ouragans. « La montée des eaux est la plus grande menace à la poursuite des activités du Centre spatial Kennedy ».

Certes, selon un chercheur de l’Union of Concerned Scientists (UCS), « réduire les émissions de Co2 de 40 à 70% d’ici à 2050 est encore dans le domaine du faisable », sous entendu il va falloir sérieusement retrousser les manches !

Fin du nucléaire

Aux multiples aléas qu’implique une lutte efficace contre le réchauffement, vient s’ajouter pour les Etats-Unis l’handicap de leur production énergétique.

Le pays regorge de gaz de schiste, comme on sait, abondant et pas cher, et son exploitation intensive bouleverse la donne énergétique. Car elle compromet l’avenir des centrales nucléaires, dite « propres » (19% de la production nationale en 2013).

Fossiles = 66%

4 réacteurs ont mis la clé sous la porte depuis 2010, une dizaine d’autres risquent de connaître le même sort. «  Chaque fermeture rend plus difficile l’objectif de réduire les émissions de CO2 » avance un expert ».

Les sources d’énergie fossile représentent encore 66% de la production US, celle des renouvelables se limitant à un peu plus de 10%.

Agrobusiness

Ajoutons pour l’anecdote que, sur les 10 plus grandes multinationales de l’agrobusiness responsables pour l’ONG Oxfam d’autant de gaz à effet de serre que tous les pays nordiques réunis, 6 sont américaines, pas très motivées du reste par la réduction des pollutions qu’elles produisent.

La tâche reste d’autant plus compliquée pour le Président Obama, car la question du climat continue à diviser les rangs du Congrès. Les démocrates se disant « très inquiets » du réchauffement, les Républicains, « peu » ou « pas du tout inquiets ».

Des preuves ?

Au-delà, les conservateurs rejettent toute politique de lutte anti-carbone, qui briderait la croissance économique et mettrait à mal les industries pétrolières, gazières et charbonnières.

Certains vont jusqu’à mettre en doute que le réchauffement serait du à l’activité humaine. Et qu’il n’y a pas de « preuve solide » que la terre se réchauffe.

Mais les faits parlent, provenant de chercheurs de la Nasa précisément et de l’Université de Washington. La fonte des glaces dans l’Antarctique ouest est irréversible. À elle seule, elle propulserait dans l’océan un volume d’eau aussi important que le Groenland entier.

 

 

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