Ce basilic qui fleurit dans le béton

Cela fait partie de ces nouveaux concepts, avec lesquels le souci écologique nous confronte, les fermes urbaines. Liées jusqu’à présent à l’imagerie rurale, voici qu’elles entrent de plus en plus nombreuses dans le paysage de nos villes stressées et asthmatiques, entre autres pour notre meilleure santé alimentaire.

Presque dans le noman’s land d’un lointain quai de Seine à Paris ( St Exupéry), vous entrez dans un bâtiment discret, descendez 2 étages en sous-sol et vous n’échappez pas à la chaleur qui vous étouffe aussitôt. Ici s’active, sous terre, la première ferme bioponique parisienne baptisée Champerché.

Ils sont 7 à s’être lancés dans l’aventure, il y a un an seulement. Une équipe start up qui atteste des multiples compétences à réunir pour un projet technologique complexe, destiné cependant à recréer les bienfaits de la nature, et cela dans un cube de béton et sur une surface limitée à 42 m2.

Bioponie à Paris

Autour d’Antoine Fuyet à l’origine du projet, se sont agrégés un ingénieur agronome, un biologiste, un domoticien, 2 ingénieurs système, un graphiste, non encore rémunérés pour un défi, qui a nécessité 10 000 heures de travail et semble s’avancer vers le succès.

Les techniques de cultures hors sol font florès aujourd’hui : hydroponie, aquaponie et pour Champerché, bioponie, qui consiste à cultiver de façon biologique, sans recours aux engrais chimiques et sans terre, à l’aide de fertilisants biologiques organiques (pour résumer).

Semences paysannes

Dans le local, on voit se dresser d’étroites colonnes, fortement chauffées par les leds qui les éclairent. Y sont entassés des coussinets de chanvre, les uns au dessus des autres, dans lesquels un circuit insère des matières organiques, bactéries, insectes, vers de terre, champignons, qui vont nourrir, en circuit fermé, les semences des plantes, uniquement d’ailleurs d’origine paysanne.

Et de ces colonnes émergent notamment, le jour de notre visite, de magnifiques bouquets de basilic et de piments.

Hébergée dans les locaux de la station ( CPCU) qui gère le réseau de chaleur géothermique de la ville de Paris, Champerché se limite pour l’instant à la production de 3 tonnes de plantes aromatiques, avant l’ouverture prochaine en banlieue parisienne d’un second site de 1000 m2, où seront déployés fruits et légumes.

Déserts alimentaires

Fondateur et gérant, Antoine Fuyet peut déjà se réjouir des rendements réalisés, jusqu’à 120 fois plus importants qu’en agriculture traditionnelle. Absence totale d’usage de pesticide, consommation d’eau inférieure de 90 % pour une production équivalente en pleine terre, fini le cycle contraignant de saisons et la possibilité de solutions dans les zones de désert alimentaire.

De plus, l’entreprise commence à bien se faire connaître, grâce à ses ventes à des prix légèrement en dessous de ceux du commerce sur les marchés en plein air du quartier et à l’accueil des familles qui, avec enfants, viennent voir cette « ferme » surprise, les week end, une opportunité de sensibilisation et de pédagogie, que les initiateurs jugent également de grande importance.

Avec un chiffre d’affaires de 10 000 € par mois, pour la seule année d’exercice depuis la mise en route, Champerché affirme être déjà le modèle agricole en France le plus rentable.

Aquaponie dans les Landes

De création plus ancienne, la ferme aquaponique de Saint-Martin-de-Seignaux dans les Landes, a franchi un autre cap commercial. Dans des serres de 625 m2, elle offre 230 variétés de plantes aromatiques, dont certaines fort rares.

Première femme meilleure ouvrière de France, Lucile Bonnet (28 ans) s’enorgueillit d’une collection qui vient du monde entier – sorte de jardin extraordinaire et, depuis un an, de ces chefs de grands restaurants du pays basque français et espagnol ( dont un 3 étoiles), qui viennent remplir leurs cabas chez elle.

Hydroponie en Italie

En Italie, c’est dans le cadre d’une ferme hydroponique, Sfera Agricola, au milieu des vignes toscanes, près de Grosseto, que l’on veut rendre ses couleurs à la tomate italienne, dit l’ »or rouge » et relever, pour ce fruit à juste titre si vilipendé une production de masse empoisonnée par les scandales de présence mafieuse, de pollution et de main d’œuvre (africaine) surexploitée et payée une misère.

Créée en 2014 par Luigi Galimberti, on s’applique ici à rendre vie à des variétés plus anciennes, à la peau plus fine et de consommation rapide. L’exploitation fonctionne à l’énergie solaire pour les plateformes en polystyrène, où s’élèvent les plants, compte sur une eau, dont 90% provient de la pluie, laisse les abeilles féconder les fleurs et les « bons »insectes prédateurs combattre les méchants « parasites ».

Sur 13 ha, elle donne du travail à 230 personnes et, en étendant l’offre aux choux, épinards, courgettes, poivrons, aubergines,  prévoit de pousser son chiffres d’affaires de 5 à 10 millions d’€. Et songe à se développer sur 500 ha.

« Citizen Farm » à Reims

Dans une démarche plus sociale, sous l’égide d’Action logement et de l’Armée du salut, des bénévoles gèrent à Reims « Citizen Farm », ferme aquaponique. Elle tient dans un container de 15 m2, l’équivalent d’une place parking et se constitue de 2 parties. En partie basse, le bac des poissons et celui de l’eau, en partie haute une serre vitrée non chauffée.

Les déjections de 400 poissons, transformés en nitrites puis en nitrates nourrissent, en circuit fermé, les semis par la racine, pour une production de 800 kilos de fruits et légumes. Une fois nettoyée et oxygénée, cette eau peut retourner vertueusement au bac piscicole.

Les personnes accueillies dans le foyer se chargent de l’entretien et des récoltes. Mais au-delà, pour un coût de 15 000 €, des fermes de poche de ce genre pourraient proliférer dans les cours de grands immeubles urbains, un moyen de sociabiliser leurs habitants, si besoin est et les inciter, en assumant les tâches nécessaires, à se reconnecter avec les prouesse de la nature.


lecrapaud s’insurge

Aux Honduras, un militant écologiste, Roberto Antonio Argueta de 45 ans a été tué par balles dans la région de l’Aguan. Il militait contre la construction d’un barrage hydroélectrique sur la rivière Guapinol. On se souvient hélas, en 2016, de l’assassinat  de Berta Caceres, la célèbre activiste indigène, chez elle et devant ses enfants, pour son opposition à la construction d’un autre barrage dans ce pays.

 

 

 

 

 

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