Au secours, l’os de tigre vaut de l’or

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Le tissu des organisations se faisant défenseurs des espèces sauvages menacées est fourni.  Mais aucune tribune n’a pour elles autant de portée que la Cites, convention internationale pour la protection de la faune et de la flore,  qui vient de se réunir à Bangkok.

50 Rangers ont dû faire face récemment à des centaines de miliciens, armés de Kalachnikov (AK47), braconnant dans un parc national du Congo. Des accrochages sévères de plusieurs heures. C’est presque une guerre et c’est bien l’arrière-plan de cette grande réunion.

Les trafiquants sont prêts à en découdre mortellement aujourd’hui avec ceux qui les défient. Rien moins que des syndicats du crime, liés dans le même temps au trafic de drogue ou d’êtres humains, jusqu’à disposer d’hélicoptères pour leur déplacement.

Des inquiétudes majeures

Dans son ampleur, le commerce illégal de vie sauvage pose désormais un risque immédiat autant aux animaux qu’aux hommes, selon le secrétaire général de la Cites. Plus de 1000 garde-forestiers ont perdu la vie ces dernières années dans 35 pays, essentiellement dans leur action contre le braconnage.

Au grand tableau noir dressé devant les représentants des 177 participant à la conférence,  des inquiétudes majeures pour 3 espèces de brousse, éléphants, rhinocéros et tigres/lions et pour une 4ème, dans l’univers marin, les requins.

L’ivoire pour statut social

Les éléphants d’Afrique vivent la plus grave crise de conservation, avec un triplement du commerce depuis 1998. 32 000 tués illégalement depuis 2012, selon l’Ong, Born Free Foundation.

Tout récemment, 89 d’entre eux massacrés au Tchad, dont 33 mères porteuses et 15 éléphanteaux, l’un des pires incidents dans la région, selon le WWF.

De vrais carnages pour répondre principalement à la demande de la classe moyenne chinoise, de plus en plus soucieuse d’affirmer son statut social par l’achat d’ivoire sculpté, très lié depuis des siècles à leur identité nationale.

Des milliers d’articles sur internet

« Les affaires vont bien », assure une commerçante de Pékin, exhibant une statue en ivoire de Guanyin, déesse-mère de la miséricorde, taillée sur place, à plus d’un million de yuans, soit 147 000 €. Des colliers aux baguettes, des milliers d’articles se déversent par ailleurs sur des sites internet pour des acheteurs du monde entier.

Devant cet »holocauste des éléphants », la Cites donne son accord en 2008 pour une vente aux enchères des réserves d’ivoire africain, à l’adresse du Japon et de la Chine.

Corruption et faux certificats

Echec monumental. Cette ouverture ouvre les vannes à la vente et achat de contrebande. En janvier, les douanes de Hong Kong mettent à jour un chargement de 1400 kg (valeur 1,4 million de $) caché  sous des pierres dans un conteneur venant du Kenya via la Malaisie.

Le gouvernement affirme tout mettre en œuvre pour endiguer le trafic, mais s’affirme impuissant devant les difficultés des contrôles, selon lui, compliqués par la corruption locale, les faux certificats entre sculpteurs et collectionneurs, les réseaux spéciaux allant jusqu’à utiliser pour diversion des véhicules de l’armée.

Des tests adn pour traçabilité

« Les Chinois ont l’avenir des éléphants dans leurs mains », constate le fondateur de Save the Elephants. Mais à Bangkok, la déception se dessine, on se garde de toute sanction contre le « gang des 8 « , les 8 pays qui réunissent braconnage, transit et écoulement. Seulement mis sous surveillance et contraints, en cas de saisie importante, de faire analyser l’ivoire par des tests Adn, facilitant la traçabilité de la provenance.

La corne de rhino vaut son pesant de placement, elle aussi, passée de 4700 $ à 65 000 $ en 10 ans (soit 130 % de plus value !). Plus chère que l’or ! Parée d’innombrables bienfaits, de la guérison du cancer jusqu’à la compensation des effets de l’alcool.  Le Vietnam est particulièrement dans le viseur.

Affranchir les cornes

L’année 2012 s’est soldée par 688 individus braconnés (sur une population évaluée à 18 000 têtes). Des environnementalistes constatent l’échec des stratégies actuelles de conservation.

Ils préconisent qu’il vaudrait mieux priver volontairement les rhinos vivants de leur corne, sans traumatisme pour eux. Comme l’appendice repousse de 900 gr chaque année, les cornes affranchies seraient confiées à une centrale d’achat.

Le tigre a également sa place de choix dans les tablettes en bois de la médecine traditionnelle chinoise. Comme la corne de rhino, c’est de l’or en mains. Le « vin de tigre », composé de poudre d’os, est supposée de tout guérir, des douleurs multiples aux vertus du philtre d’amour, voire d’adjuvant à la virilité masculine.

Avec le déclin du tigre, on choisit au pis aller les os du lion, de qualité similaire. La population des félins aurait décliné de 80%, survivent aujourd’hui de 20 à 30 000 individus.

Élevés comme des boeufs

Entre temps, les élevages se multiplient en Afrique du sud. On prend les fauves à la maternelle, les nourrit jusqu’à l’âge adulte, comme des bœufs dans un enclos. Entre 4000 et 5000 de ces magnifiques carnassiers grandissent en captivité, jusqu’à l’arrivée d’un Tartarin des Amériques.

Puis on les lâche dans la nature, contre monnaie sonnante et trébuchante, pour la traque et le glorieux trophée du chasseur. 2000 autres circulent librement dans le Parc Krüger, ceux-là livrés aux trafiquants, les mêmes qui pistent le cul des rhinocéros pour leur corne.

Des requins sauvés du gong

Le sort des requins  connaît des dimensions aussi tragiques. Une centaine de million de requins perdent leur confrontation avec l’homme, soit par la surpêche, soit par le commerce de leurs ailerons. Décimé en Méditérranée et en Mer noire, avec 90 % d’espèces menacées et des conséquences dramatiques sur les écosystèmes.

Aussi l’inquiétude est telle à Bangkok que la Conférence décide de réguler d’ici à 18 mois le trafic planétaire de 5 espèces particulièrement appréciées pour leurs ailerons et leur nageoire caudale dans les banquets et gargotes asiatiques.

Applaudissements nourris

Un  « triomphe », salué comme le jour le plus important pour les océans en 40 ans d’histoire de la conférence, sous les applaudissements nourris des délégations.  Succès et échecs se donnent la main pour la Cites. Mais au total, 35 000 espèces bénéficient aujourd’hui de sa protection.

Sans cette action, nos très lointains descendants risqueraient de ne connaître l’existence de ces mammifères exceptionnels après leur disparition définitive que par leurs fossiles dans les sédiments des roches.

Comme les fragments d’os fossilisés de ces chameaux curieusement découverts dans … l’Arctique canadien.

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