A vélo, pour sonder l’Europe agricole

2013 01 03 lecrapaud jacquette fiess europe vélo agriculture2 A vélo, pour sonder l’Europe agricole

Ingénieurs agronomes, leur diplôme d’AgroParisTech en poche, Sylvain Morvan et Jeoffrey  Moncorger ont choisi de mettre en pratique leurs études, dans un grand tour d’Europe, pour y rechercher les exploitations agricoles innovantes, celles du « produire plus, mieux, avec moins ». A vélo, par 23 pays traversés. Voici la belle aventure de ces 2 passionnés.

Ce fut le départ par une matinée de janvier 2012, froide mais ensoleillée, en présence de nos familles et amis, après 7 mois de préparation, rassurés de pouvoir financer notre voyage aux deux/tiers par des entreprises de l’Agro, telle que Sofiprotéol, ainsi que par nos conseils généraux et communes respectives.

La neige pour baptème

Nous avons donc pris tout de suite la direction du Sud : l’Italie, dans un premier temps, où nous sommes arrivés, au passage du Col de Larches, à 2000 mètres d’altitude sous 50 cm de neige, alors que les journaux italiens annonçaient la semaine la plus froide depuis 27 ans. Petits instants de doute…

7 contacts avec des exploitations seulement au départ, mais par la suite c’est sur la route, par le bouche à oreille ou bien de visu, que nous nous sommes présentés directement dans les fermes, toujours bien accueillis, grâce au formidable moyen de contact qu’est le vélo.

Une « stalla sociale »

Au nord de Venise, rendez-vous à la « Stalla sociale »  de Monastier, une société coopérative, créée dans les années 60, regroupant une vingtaine d’exploitants. Leur activité principale, engraisser des broutards français, originaires du Massif central.

Le contexte italien leur a permis de diversifier leurs revenus, et d’améliorer leur bilan énergétique grâce à l’installation de panneaux photovoltaïques et à la construction d’une centrale de biogaz, laquelle produit de l’électricité en brûlant le biogaz issu de la fermentation du fumier et de cultures énergétiques (maïs, sorgho, triticale). La chaleur produite permet de chauffer des logements.

Après l’Italie, les pays d’ex-Yougoslavie  : Slovénie, Croatie, Bosnie, Serbie, Kosovo, Macédoine. Cette diversité géographique et culturelle était passionnante à comprendre, surtout au regard de l’histoire récente.

Soja et orge côte à côte

En Croatie nous avons découvert une technique culturale hors normes, le relay cropping, qui vise à semer du soja dans une orge alors qu’elle est déjà en végétation (on sème l’orge 3 rangs sur 5).

Puis l’extrême Sud de la Bulgarie (les monts Rhodopes), le Nord de la Grèce sur moins de 100 km, et Istanbul, une immense jungle urbaine, un dédale d’autoroutes, de rues à la circulation hystérique, difficile pour le cycliste.

Puis vint la seconde grande étape: cap au Cap Nord par la Roumanie, à la fois moderne et archaïque, puis la traversée des Carpates, l’Ukraine, le pays le plus dense en aventures. En mai la Pologne, déjà écrasée de soleil, jusqu’en Finlande, via les pays Baltes : Lituanie, Lettonie, Estonie.

Le pari du biogaz

En Lettonie, où Janis Vinters, céréalier sur 1300 ha, s’est lancé il y a 4 ans dans l’aventure du biogaz. L’installation fournit tout au long de l’année une puissance électrique de 500 kW, de quoi alimenter plus de 1000 foyers en électricité. La chaleur résiduelle de la combustion du gaz est utilisée pour chauffer des serres destinées à la production de concombres.

Le fermenteur est alimenté en fumier de volaille et en ensilage de triticale. Si cette solution permet de grandes économies de gaz naturel, en revanche l’utilisation d’ensilage entraine un changement d’affectation des terres : ce sont autant d’hectares en moins destinés à l’alimentation humaine.

La traversée de la Finlande fut comme une manière  de « grimper » sur l’échine de la Terre, arrivant au Cap Nord un 12 juin, il faisait alors 4°C.

Revoir des champs

La Norvège ne faillit pas à sa réputation, un des pays les plus chers au monde, et sûrement l’un des plus beaux. Il fallait en profiter pour longer le tiers nord de la côte Norvégienne, et ainsi faire le tour de pas mal de fjords.

Puis le ferry Tallinn-Helsinki, direction Frederikshavn et le Danemark. Le Jutland est très agricole, nous y avons visité plusieurs exploitations très modernes, notamment des élevages de porcs et des élevages laitiers. Revoir en force de l’agriculture, des champs, des haies donnait vraiment un air de retour à la maison !

Multiplication des méthaniseurs

En Allemagne, le constat du boom du biogaz : les méthaniseurs sont partout, et le maïs aussi (car ils sont principalement alimentés au maïs ensilage). Les Pays-Bas marqués par la rigueur de leurs habitants et l’arrivée en Wallonie, Belgique, retour de la convivialité et de la langue française, que nous ne parlions plus guère depuis plus de 6 mois.

Nous parcourions en moyenne 100 km par jour pour 23 pays traversés, avec de grosses variations tout de même, de 45 à 220 km quotidiens, selon le contexte et le temps qu’il faisait. Pour dormir, nous avions bien sûr une tente, et à partir du mois d’avril, nous y avons passé à peu près la moitié des nuits, sur les 7 mois de voyage.

Une sacoche dans les rayons

Recours par ailleurs à un réseau d’hébergement entre cyclistes voyageurs. Et parfois des offres d’hospitalité spontanée dans les fermes que nous visitions.

Plus que tout, la hantise du cycliste, c’est la chute, certaines bénignes, mon camarade Jeoffrey a bien failli tout perdre au Sud de la Norvège, lorsque l’une de ses sacoches, se décrochant à cause des cahots de la route, a bloqué sa roue avant. Résultat, un beau soleil et une fourche inutilisable.

L’anglais mais l’allemand aussi

Nous avons roulé sous la neige avec Steve, un anglais atypique qui partait pour le tour du monde, en utilisant les techniques du « bush » : il campait dehors par -20°C, sans tente ! Puis ce fut un coréen à l’approche d’Istanbul, un couple de français et leur petit garçon en Roumanie.

A l’approche du Cap Nord, les rencontres de cyclistes se font quotidiennes, et même parfois tellement fréquentes qu’on ne s’arrête même plus, qu’on se salue à peine.

La langue que nous avons le plus parlée est clairement l’anglais. L’allemand l’est davantage en Europe de l’est et du Sud Est, car beaucoup d’hommes partent travailler en Allemagne, pour quelques saisons.

Une grande diversité

Parmi les innovations visant à réduire les impacts environnementaux de l’agriculture, nous avons notamment visité plusieurs installations de méthanisation, des séchoirs en grange (pour sécher le foin) . Dans chaque pays comprendre les contextes agricoles et agraires locaux n’était pas facile.

S’il y a conclusion possible, c’est bien celle de la grande diversité des agricultures en Europe, qui a entrainé une spécialisation accrue, certaines filières carrément sacrifiées (le lait en Suède par exemple). La tâche de la PAC n’en est que plus difficile.

Ça bouge partout

A côté , encore beaucoup d’agricultures « traditionnelles », peu mécanisées, peu productives, mais qui maintiennent des campagnes vivantes – même si leurs habitants ont un niveau de vie parfois modeste – dans les Balkans en Roumanie, en Ukraine. Qu’en sera-t-il alors de ces filières, quand certains comme la Croatie y entreront?

Va-t-on vers une agriculture plus durable, notre question de départ ? Difficile de répondre… Partout en Europe, çà bouge, notamment sur le plan de la production d’énergie renouvelable par les agriculteurs : biogaz, solaire, éolien. L’agriculture se trouve de plus en plus au cœur des questions de production d’énergie, en plus de la production de nourriture, d’entretien des paysages, de maintien de la vie rurale, etc…

Une fonction supplémentaire, qui en accroît la complexité et engendre de nouveaux défis à relever pour le futur.

Sylvain Morvan pour « lecrapaud.fr »

 

 

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