Énergie, quand tu nous tiens

Le crapaud - Jérôme Liniger - Energie quand tu nous tient

Jamais on n’a autant parlé de l’énergie. Gouvernements, industriels et bien sûr usagers. Croissance oblige, tout est mis en œuvre partout pour exploiter ce que la terre peut offrir de ressources, anciennes et nouvelles, sans beaucoup se soucier de ce qu’elle peut endurer. Une activité qui connaît sans cesse de nouveaux rebonds.

La Chine, encore la Chine. Il ne faudra pas longtemps pour que près de la moitié de la croissance mondiale en électricité renouvelable se fasse en Chine, soit 710 gigawatts (GW) attendus d’ici à 2017 (hydroélectricité, éolien, solaire). Très loin devant les Etats Unis, l’Inde, l’Allemagne et même l’Espagne, pourtant un des pionniers européens, mais frappée par l’austérité et son moratoire sur les subventions.

La Chine à pas de géant

On comprend pourquoi la Chine, premier pollueur mondial, avance à pas de géant. Sur le podium, l’Empire du milieu tient le pompon, responsable de 29 % du total mondial des rejets de CO2, devant les Etats Unis (en baisse « grâce » à la crise et au coût de pétrole, entre autres… ), et l’Union européenne. En d’autres termes, un Chinois, sans doute à son corps défendant, « pollue » autant qu’un Européen, soit 7,2 tonnes en 2011.

Un marché domestique « boosté » par les industriels, d’autant plus que 7 des 10 principaux fabricants mondiaux de panneaux photovoltaïques sont aujourd’hui chinois.

Autant que 8 centrales

La France, empêtrée dans sa monoculture nucléaire, traîne ses pantoufles loin derrière. Ses capacités d’électricité renouvelable, éolien sur terre et solaire, grimperont péniblement à 52 GW d’ici à 2017. En Allemagne, un samedi de Pentecôte dernier, le solaire a produit à lui seul à midi 50 000 Mw, autant que les 8 centrales encore en activité.

Face aux gouvernements souvent frileux, les initiatives heureusement viennent des individus. En Anjou, à Bourgneuf-en-Mauges, un ancien arboriculteur a fait couvrir de 12 000 panneaux ses 5, 5 ha de fraisiers, désormais à l’abri des aléas météo, un complexe agrosolaire unique en France.

L’éolien en mer peine à la tâche

Promesse d’une nouvelle aube énergétique, l’éolien en mer souffre de difficultés diverses. Installation périlleuse, raccordement et transport de l’énergie créée vers la terre, coût des assurances en raison des retards accumulés.

132 rotors ont été connectés aux réseaux d’électricité européens, principalement au large du Royaume-Uni. Outre-Rhin, sur les 27 fermes d’éoliennes ayant reçu l’agrément des autorités, seuls 3 parcs sont en cours d’installation, avec des délais bien plus longs que prévus et loin de l’ambition gouvernementale, ces enfilades à perte d’horizon de 6000 moulins à vent modernes pour supplanter en partie la fin du nucléaire civil.

Une chose est sûre, après Fukushima, les Japonais ne cessent de batailler contre la réouverture d’une centrale – près de 170 000 personnes encore récemment convergeant vers un parc de Tokyo. Le gouvernement, jusque là «tétanicléarisé », amorce le changement.

Le Japon amorce le changement

Privé de son parc nucléaire (30 % de la production avant la catastrophe), il va encourager réglementairement les compagnies d’électricité à acheter l’énergie propre (solaire, éolien, biomasse) à un tarif plus élevé que le marché.

Mais les fossiles résistent de bon pied. Un boom minier sans précédent est en cours en Australie. Dans la Vallée Hunter, les mines de charbon à ciel ouvert se sont multipliées par 6 en 30 ans. Elles exportent beaucoup vers l’Asie, surtout la Chine.

L’Australie à fond dans le charbon

A Newcastle, au nord de Sidney, 5000 navires aujourd’hui, probablement 7000 en 2020, sont ainsi amenés à traverser la Grande Barrière de corail. Les écologistes sont sur les dents. Exploitation et exportation de charbon, s’ajoutant à la production de gaz de charbon, contredisent les intentions du gouvernement de réduire les émissions de carbone, alors que l’Australie tient la corde des pays du G20, pour être celui qui en émet le taux le plus élevé par habitant.

Les mines ont peu à peu étouffé l’industrie laitière, autrefois florissante dans la région et les habitants disent souffrir de plus en plus de problèmes respiratoires et de crises d’asthme, dans un paysage balayé par la poussière incessante que soulève trains et camions transportant l’or noir vers la côte.

La Grande Barrière en danger

L’Unesco craint pour les dégâts, que ce va et vient maritime pourrait infliger à cette Grande Barrière, patrimoine mondial, un des grands réservoirs de biodiversité, et par là même attraction touristique. Un opposant résume : C’est l’habituel clash entre des aspirations à long terme (souci de l’environnement) et les nécessités à court terme (l’accès aux ressources énergétiques).

Pas de scrupule sur le gaz de schiste

Aux Etats Unis, on mise résolument sur le gaz de schiste, dont la production totale est passée de 4 à 24 %. D’ici à 2023, soit à l’occasion du 50 ème anniversaire du projet d’indépendance énergétique qu’avait décidé le Président Nixon, le pays exportera plus d’énergie qu’il n’en importe. Selon le théoricien Joseph N. Nye, cela pourrait annoncer un nouveau Siècle d’or américain, le pays s’approvisionnant pour un prix de 4 à 6 inférieur à celui d’autres marchés.

Cet approvisionnement, qui vise à fracturer les roches compactes des grandes profondeurs pour accéder aux gisements, connaît bien des difficultés ailleurs entre autres des restrictions environnementales, notamment en France.

La France résiste

Par le truchement du ministre de l’Écologie, Delphine Batho, le gouvernement français a fait savoir qu’il ne reviendra pas sur l’interdiction de la fracturation hydraulique pour l’exploration des hydrocarbures non conventionnels. Pourtant la France abrite dans ses flans (avec la Pologne) le meilleur gisement potentiel en Europe.

Un aspect dont les Américains ne semblent guère se soucier, trop pressés avec l’énergie redevenue bon marché, d’imposer à nouveau leur puissance économique et partant politique. Déjà des centaines de milliers d’emplois sont en création, certains dans des régions éloignées, auparavant stagnantes.

Shell pompe en Guyane

Enfin, en dépit, de tous les pronostics, on continue à mettre au jour des puits de pétrole, notamment cette fois au large de la Guyane, un premier gisement de 300 millions de barils. Après un bras de fer avec l’ex-ministre de l’Écologie Nicole Bricq, évincée suite à cette affaire, Shell, compagnie exploitante, a reçu les arrêtés nécessaires pour débuter sa campagne de forage.

Entre temps, la facture énergétique de la France a battu son record l’an dernier, atteignant 61,4 milliards d’€, due pour 80 % au prix des carburants fossiles. Pas loin de la totalité du déficit commercial de notre pays.

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