Rio20, c’est fini

Le crapaud - Jérôme Liniger - conférence Rio 20, bilan décourageant

G8, Rio 20, ces grands-messes invitent rarement à l’enthousiasme. Et leurs résultats éventuels se noient, à l’instant du bilan, dans de telles prudences ou généralités, que le bon peuple peine à s’y retrouver. Ainsi de la conférence sur l’environnement, dite Rio20, qui a pris fin la semaine dernière à Rio de Janeiro.

Dans le camp « écolo », le sentiment est plutôt à la colère. « Que vais-je pouvoir dire à mes enfants à mon retour ? » s’interroge un des participants, Serge Orru, président de WWF France. Et de constater qu’après deux années de pré-négociations et deux journées de délibérations, Rio20 démontre la force des égoïsmes nationaux et la faiblesse de la solidarité écologique planétaire.

Et de poursuivre : « Rio sans nous. Engageons-nous, ne déléguons rien ! » Sur le bateau ivre de la planète, » chacun doit prendre son quart pour affronter les tempêtes ou les contourner… les négociations internationales ne feront avancer les choses que de quelques millimètres ».

Un coût monstrueux

Le fiasco de Copenhague2009 avait déjà laissé un goût amer, sauf à imposer le rôle de plus en plus important pris par les Ong. L’échec de Rio et la déception, en tout cas son manque d’ambition, donnera aux gens encore plus d’énergie pour se mobiliser et se battre pour la planète. « À nous de la transformer en action », comme le souligne Daniel Mittler de Greenpeace.

Interrogé par le Crapaud, le producteur Yann Arthus-Bertrand , également présent à Rio pour la première de son nouveau film « Océan », émet l’hypothèse que Rio pourrait marquer la fin de ces manifestations onusiennes picrocholines, suscitant à chaque fois l’espoir d’un élan mondial pour l’environnement.

Ne serait-ce qu’en raison de leur coût, vu le nombre de personnes qu’elles réunissent et déplacent, 188 pays représentés, plus de 80 chefs d’état et de gouvernement présents, nombre de ministres, de délégués, et une cohorte de fonctionnaires onusiens.

On ressent très nettement, poursuit-il, que la crise économique mondiale a déplacé les nécessités. L’aspiration à une amélioration de leur confort de vie amène les pays en développement à lutter avant tout pour l’éducation, l’alimentation, la santé de leurs populations. Et à préserver leurs propres ressources naturelles, souvent pillées par les compagnies transnationales.

Un peuple organisé et mobilisé

De plus, avec leurs budgets à sec, les pays possédants n’ont plus les moyens de mettre la main à la poche. La proposition d’un fonds de 30 milliards de $ pour le développement durable des pays de l’hémisphère sud est restée lettre morte.

En marge de la conférence, des milliers de militants écologistes, d’Indiens et de femmes se souviendront de l’ambiance festive de leurs débats à eux, projections, expositions, avec la conviction radicale que « seul le peuple organisé et mobilisé peut libérer le monde du contrôle des corporations et du capital financier ».

Il y a 20 ans, Rio donnait le coup d’envoi du premier Sommet de la Terre. Si tous les grands problèmes de l’humanité restent d’actualité, faim, pauvreté, désertification, climat, déforestation, biodiversité, pollutions, mise à sac des océans, longue et triste litanie, la situation de la planète affiche cependant ça et là quelques des motifs de satisfaction, selon l’Américain Lester Brown, un pionnier.

Le pari éolien de la Chine

Le rythme de croissance démographique a ralenti, les énergies renouvelables se sont développées de façon considérable ; rien qu’aux Etats Unis, pourtant loin d’être exemplaires, les émissions de carbone ont baissé de 7% de même que la consommation de carburant.

La Chine, qui se contentait de livrer à l’exportation ses panneaux solaires et ses éoliennes meilleur marché, bascule elle aussi dans le choix de l’énergie verte, en train d’ériger 6 mégaccomplexes d’énergie du vent de 20 GW, l’équivalent des besoins d’un pays comme la Pologne.

Lester Brown considère à son tour que les avancées les plus marquantes ne passeront plus par les grands sommets internationaux, mais par des initiatives fortes portées par des pays, des entreprises, des collectivités.

Telle que la campagne lancée en Amérique par le Sierra Club se donnant pour objectif de faire fermer les centrales à charbon de l’espace américain. (13 200 décès annuels). La plupart des projets de construction de nouvelles centrales n’ont pas été suivis d’effet, une évolution extrêmement significative.

… et celui du solaire pour Paris

« On avance, on avance, pour pas qu’on réfléchisse et qu’on pense, faut qu’on avance », chante Alain Souchon. La ville de Paris s’y met. Elle proposera dès septembre une cartographie précise de l’ensoleillement des toits de la capitale. Ainsi pourra-t-on savoir si tel ou tel immeuble, ou maison particulière, est susceptible d’accueillir une installation solaire ou thermique.

Pour réaliser cette projection, les ingénieurs météo ont dû reconstituer artificiellement la course du soleil pendant toute une année, afin de simuler le rayonnement, d’heure en heure, de rue en rue, sachant que les toits de la capitale, comme on peut l’imaginer, présente des configurations multiples et souvent accidentées. Repérer aussi les ruptures occasionnées par le voisinage végétal.

Le cadastre sera consultable par internet, un outil pédagogique, facile d’utilisation. On espère qu’il motivera les initiatives d’installation, à condition que les pouvoirs publics et Edf redonnent de l’élan au solaire après l’avoir nettement freiné.

L’économie verte, bassin d’emplois

La ville a décidé par ailleurs d’équiper une ancienne halle de la Sncf dans le 19ème arrondissement, la Halle Pajol, d’abord vouée à la destruction, de panneaux solaires sur une surface de 3000 m2. Ce sera la plus grande centrale urbaine de France.

Malgré la crise, l’économie dite verte se portait mieux du point de vue de l’emploi que d’autres branches d’activité en France entre 2009 et 2010 (avec une palme d’or pour le photovoltaïque), enregistrant une hausse des effectifs de 4,5 % ( contre 0,1 % par ailleurs).

Cumulant les traitements de l’eau, de l’air, des déchets, des eaux usées et le développement d’énergies nouvelles, ce secteur représentait près d’un million d’emplois, selon un rapport tout neuf publié à l’occasion de Rio 20.

Tracer une voie

Quand on parle environnement, il faut toujours revenir au sociologue Edgar Morin, penseur de la complexité : « Le propre des grandes réformes, note-t-il, c’est leur ambivalence, faites de phénomènes disruptifs, inattendus, improbables, qui finissent forcément par tracer une nouvelle voie, des myriades de ruisseaux qui font des rivières, qui font des fleuves ».

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