Quand les arbres vendent leur atout carbone

Le crapaud - Nicolas Jacquette - les arbres vendent leur atout carbone

La France n’a pas de pétrole mais elle a des idées. L’expression a fait florès, parfois dans l’ironie. Mais elle n’est pas fausse non plus. A voir cette initiative en Aquitaine, permettant à des exploitants forestiers de revendre des crédits carbone pour financer le reboisement de leurs parcelles.

Dans la nuit du 23 au 24 janvier 2009, la tempête Klaus frappe plus particulièrement le sud-ouest de la France. La forêt landaise est à nouveau meurtrie, 10 ans après 1999. Pins déracinés, sectionnés brutalement, jeunes pousses abattues. 600 000 hectares sont touchés, 220 000 à 40 %.

Les propriétaires, souvent de quelques hectares, sont aux abois, se demandent s’ils vont perdre leur patrimoine tous les dix ans. Agés pour un certain nombre, ayant reçu le bien forestier en héritage et pas en état de l’assurer en raison du coût prohibitif des contrats.

« J’ai des papis qui pleurent au téléphone », note alors le secrétaire du syndicat des sylviculteurs. Découragés, certains n’entendent plus se donner la peine d’engager les crédits nécessaires pour reboiser, envisageant de vendre ou de destiner les terrains à des champs de panneaux photovoltaïques.

La tempête de 1999 n’avait aucun précédent, ni dans la mémoire locale, ni dans les archives. Avec celle de 2009, on se dit que le phénomène n’est plus exceptionnel.

Or la sylviculture est une sorte d’acte de foi. Il faut être optimiste, à tout le moins confiant dans l’avenir, comment peut-on reboiser quand il faut attendre 50 ans pour récolter et que l’on craint la répétition de catastrophes météorologiques ?

Les forêts (30 % de la surface terrestre) constituent d’importants puits de carbone. Par la vertu d’une action en chaîne de photosynthèse, respiration, transpiration, décomposition et combustion dans les matières organiques des sols.

En d’autres termes elles stockent davantage de carbone qu’elles n’en produisent. En Aquitaine, la forêt absorbe 25% des émissions de gaz à effet de serre, soit 6 millions de tonnes de C02 pour le bois d’oeuvre. Une sorte de service rendu à l’environnement, donc monnayable. Un pactole possible.

Au demeurant, les arbres absorberaient 1/5ème du CO2 émis par l’activité humaine. A l’inverse, la seule déforestation tropicale est responsable de 20 % des émissions mondiales annuelles de CO2.

C’est précisément cette ressource en carbone ( en fixant le gaz carbonique, on libère de l’oxygène, ne dit-on pas qu’on va respirer en forêt ?), que l’Association Aquitaine Carbone, sous couvert de la Région, a décidé de valoriser.

Sur un principe simple : les exploitants qui l’accepteront pourront vendre leurs crédits carbone, une fois certifiés, à des entreprises, collectivités ou particuliers dans la nécessité, eux, de compenser des émissions de gaz à effet de serre. L’argent récolté leur permettant ainsi d’envisager plus aisément la replantation des parcelles.

Présenté à Forexpo début juin dernier, l’initiative a bénéficié de l’engagement immédiat de 2 sylviculteurs, les premiers à signer contrat avec l’association. L’un, petit propriétaire, Jean-Lucien Bezaudun, à Escources, recevra 1120 € pour 16 hectares (dans la famille depuis le 19ème siècle).

Agé de 74 ans, il a été retenu par l’association notamment pour avoir déjà engagé la replantation de ses parcelles, notamment en les diversifiant.

L’autre, Dominique Citrain, maire, 1800 € pour les 50 ha de sa commune, Trensacq. Ce dernier ne cache le côté symbolique de l’opération, établie sur une valorisation provisoire de 100 € les 10 premiers ha, 20 € les suivants avec une limite fixée à 50 ha maximum, les droits étant cédés pour 25 ans.

Commune typique landaise de 280 habitants, Trensacq dispose de 1200 ha de forêt, dont 750 à reboiser. « L’aide d’Aquitaine Carbone, une goutte d’eau », déclare le maire au Crapaud. Quand on sait que le coût d’une campagne de reboisement avoisine les 1200 € l’hectare…

Mais un pari. Donnant, donnant. Pourquoi ne pas rémunérer ceux qui stockent le carbone, comme on taxe ceux qui produisent du CO2 ? D’autant que la vente du bois s’avère de plus en plus aléatoire. Et pourquoi ne pas étendre ce bénéfice à l’agriculture en général, questionne M. Bezaudun ?

L’initiative, nouvelle, n’a pas d’équivalent, semble-t-il, en Europe ou ailleurs. Il s’agit maintenant de mettre en place une méthodologie et surtout les certifications nécessaires, avant que l’association puisse vendre les crédits et qu’un vrai marché d’échanges se mette en place. La Région est donc seul financeur pour le moment sur un budget de 500 000 € par an.

D’autres régions, des entreprises commencent à dresser l’oreille, les exploitants eux ne sont pas fâchés que le bon état de la planète ne se joue pas seulement, aux yeux des médias entre autres, en Amazonie, mais aussi dans la forêt française, si ancrée dans nos grandes richesses nationales.

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