Après Fukushima, la vie en question des Japonais

Le crapaud - Jérôme Liniger - après Fukushima, le quotidien des japonais

Les clientes arrivent, souvent le masque de protection respiratoire sur le visage, avec dans un cabas quelques légumes, un peu de riz, de d’eau du robinet. Elles en placent un échantillon dans un récipient, l’introduisent dans l’appareil capteur, appuient sur le bouton « start » et le verdict tombe. Radioactif, pas radioactif.

Les municipalités, les commerces s’y sont mis. On peut en libre service, et pour quelques euros, savoir si sur ce que l’on va mettre sur la plaque chauffante chez soi est contaminé ou non.

Ainsi va la vie aujourd’hui au Japon, dans des localités jusqu’à 200 km de la centrale de Fukushima. Ainsi va la vie des ménagères nippones. Ainsi déclinent les habitudes ancestrales de privilégier dans leurs courses les produits du terroir, en évitant les aliments importés, notamment de Chine, pour être sûres de ne pas empoisonner la famille.

Des particules de césium et autres

Un an plus tard, l’accident nucléaire se rappelle constamment à la population. Dispersant dans l’air des particules de césium et d’autres éléments nocifs, il remet en question notamment la façon de se nourrir dans un pays attaché entre autres à la qualité de son riz, de son poisson, de ses légumes.

Si bien qu’on cherche également à bannir de son panier de course les marchandises provenant du nord-est de l’île, ou de les tester soi-même par ces appareils de mesure de la radioactivité. Les particules en effet se sont irrémédiablement fixées sur les cultures ou absorbées par le bétail ou les poissons, la contamination frappe toute la chaîne alimentaire.

N’importe quel amateur occidental de sushis sait combien la cuisine japonaise a pour principe la fraîcheur des ingrédients, la sophistication des préparations, la qualité du riz, aliment de base essentiel. Et quand ils sont cuits, les aliments le sont brièvement, consommés crus pour beaucoup.

Un record de bonne santé

Longtemps isolés du monde extérieur, par leur propre volonté, les Japonais ont privilégié une alimentation faible en calories, équilibrée en protéines, lipides, glucides et oligoéléments. De plus, ils sont peu portés sur les boissons alcooliques dures, évitent le sucre et le gras et, avant tout, sortant de table, aiment se sentir plus léger que lourd, ce qui facilite digestion et contrôle de son poids.

Cette diététique leur assure une longévité, attestée par les statistiques. Le Japon tient le record, on sait, de bonne santé et de vieillissement apparemment heureux par le nombre d de centenaires. A Okinawa, les taux de diabète, obésité, maladies cardiovasculaires, troubles de la ménopause sont les plus bas du monde.

Certes, il faut tempérer. L’américanisation faisant ses ravages là comme ailleurs, l’exemple tend à s’annuler petit à petit avec le débarquement des fast food et de modèles de « mal bouffe », chargées en graisse et sucre. On en voit les effets dès à présent dans la rue, où l’obésité commence à sévir.

Après le riz les concombres

Néanmoins, Fukushima a instillé durablement la suspicion sur les produits alimentaires, les uns après les autres, thé vert, champignons, viande bovine, lait, etc. Cultivé dans la région de la centrale, l’une des plus rizicoles, le riz à son tour, d’abord déclaré consommable, s’est vu finalement retiré du marché, en raison d’une contamination excessive.

De même pour les concombres considérés, après tests sur production, comme sains. Mais, contestent les internautes, la surveillance se focalise sur un échantillon unique, choisi dans une seule ferme pour tout un village. Vente et exportation sont alors autorisés.

Le gouvernement se soucierait-il davantage des producteurs que des consommateurs ? La baisse des niveaux admissibles, au 1 er avril, oblige aujourd’hui les autorités à racheter des tonnes de riz pour éviter la ruine des cultivateurs. En fait, selon certaines sources, 99,9 % des fruits et légumes ne seraient pas testés.

Tolérance zéro

Aussi, le commerce prend parfois les choses en main. Un groupe de grande distribution a décidé ses propres tests sur les produits qu’il vend, pratiquant la tolérance zéro, décision d’abord contestée par les producteurs, lesquels considèrent au bout du compte que c’est peut-être la meilleure de protéger leur activité.

Par solidarité avec les paysans, les personnes âgées sont bien les rares clients, semble-t-il, à ne pas se poser trop de questions, considérant avec une certaine sagesse qu’à leur âge, elles ne risquent plus grand chose.

Entre temps, on a vu arriver sur l’île de Middleton, à l’ouest de l’Alaska, des ballons de football et de volley marqués du nom d’une école de la préfecture de Fukushima. Suivis par d’autres débris, plus lourds, provenant de la zone sinistrée par le tsunami.

A travers l’Atlantique, les déchets du tsunami

Selon l’administration américaine, les côtes d’Alaska et du Canada pourraient voir s’échouer 20 millions de tonnes de déchets, après une dérive de 8000 km et des vents favorables depuis les côtes nippones, et menacer ainsi les écosystèmes locaux.

Par ailleurs, des chercheurs ont relevé des « niveaux modérément élevés » de 2 isotopes radioactifs dans une quinzaine de thons rouges pêchés au large de San Diego (Californie). Il est possible que ce banc ait « transporté » ces radionucléides du Japon vers des points très éloignés de l’impact nucléaire.

La double catastrophe de mars 2011 n’a pas fini de hanter nos esprits.

Le crapaud - Jérôme Liniger - après Fukushima, les hommes n'apprendront jamais

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