La Méditerranée dévastée par le plastique

Le crapaud - Jérôme Liniger - Cannes le festival de pollution dans la Méditerranée

Ce sont des vidéos qui n’ont pas eu l’honneur d’être projetées au Festival de Cannes. Et que les festivaliers n’auraient guère eu envie de voir. La pollution en déchets engendrés par cette manifestation jette une curieuse lumière sur la fête du cinéma. Mais aussi sur le sort funeste de la mer Méditerranée.

En marge du festival, le journal Libération demandait à ses lecteurs d’évaluer le nombre de savonnettes que distribue le palace du Carlton, privilégié par les stars, en l’espace de 10 jours : 25 000 pour quelques 400 occupants.

Bien qu’elle mette en valeur une forme de gabegie, la savonnette est un détail. Mieux vaut s’arrêter au poids des vrais déchets produits par le festival : 1200 tonnes (pour 2011).

A proximité de la célèbre Croisette, on plonge dans un incroyable amoncellement de bouteilles et récipients plastiques, qui ondulent au gré de la houle, ajoutés de milliers de mégots et paquets de cigarettes jetés, qui finissent dans les algues du bord de l’eau.

Les autres « décors »

Filmés à une centaine de mètres au large par le photographe Laurent Lombard, les 4 clips vidéo, intitulés avec un certain humour « Les dessous de Cannes », « Cannes à bout de souffle » ou « Cannes, décors naturels ») (à voir sur Youtube) en apportent la preuve.

C’est grâce à la chasse sous-marine photographique qu’il pratique en amateur, que ce marin pêcheur de métier commence à dresser le dramatique bilan de la catastrophe environnementale en cours dans cette mer intérieure et sur l’ensemble de son pourtour.

Ses images soulignent par ailleurs l’importance des campagnes entreprises par l’Expédition Méditerranée en Danger (MED). Inédit en France et en Europe, ce programme de recherche scientifique veut mettre en lumière, au-delà des macro déchets, la présence d’une pollution quasi invisible , les microfragments de plastiques.

Des milliards d’éléments nocifs

Été 2010, lors de sa première mission d’un mois au large des côtes françaises, italiennes et espagnoles, l’équipe analyse des échantillons d’eau, qui en confirment la présence dans au moins 90% des échantillons prélevés. Et pour certains en quantité alarmante. Soit, rapporté à l’ensemble du bassin, 250 milliards d’éléments, de moins de 5 millimètres.

Ils proviennent à 20 % seulement des « habitués » du littoral. Festivaliers, vacanciers, plaisanciers sont loin d’être seuls en cause. Ce sont surtout les activités terrestres à 80 %: sacs plastiques décomposés, résidus industriels, micro éléments sortis du lavage des vêtements synthétiques.

Car la pollution vient aussi de tous ces effluents urbains qui, avec les rivières, dévalent des vallons par temps de pluie et d’orage vers la mer. Un problème général à la France, dont on ferait bien de se préoccuper d’urgence, souligne le photographe Lombard. Sans système de filtration, alors que ceux-ci existent.

On imagine aisément l’effet des micro éléments sur le biotope. Mammifères, tortues, oiseaux finissent par les accumuler dans leur organisme à une telle quantité, qu’elle provoque leur mort, sans parler des pièges que leur pose les filets et les cordages des chaluts. 100 000 d’entre eux disparaîtraient ainsi chaque année.

Une mer de soupe plastique

La question tombe sous le sens : la Mer Méditerranée est-elle en train de devenir une sorte de « soupe de plastique », ingérée par les poissons, voire le plancton, base de toute la chaîne alimentaire ?

Quels sont les dangers, au-delà de la faune marine, qu’elle fait peser pour l’homme dans son assiette ? De plus ces myriades de fragments minuscules ne s’en échapperont jamais (selon le photographe Lombard, la pêche sur la côte est devenue si aléatoire que certains songent à abandonner l’activité).

Cannes bien sûr n’est qu’un épiphénomène, une opportunité d’annonce. La mairie ne reste pas indifférente à ces problèmes de pollution de son littoral, même si la projection des vidéos (50 000 vues dans l’immédiat sur le net) ne lui a pas fait plaisir. Elle déroge à cette image qu’elle veut véhiculer, du luxe, de la beauté, du décor rêvé et révélé chaque année par le festival dans le monde entier.

Un million de signatures

La MED entend poursuivre les campagnes embarquées (sur un voilier) dans tout le pourtour méditerranéen – les problèmes sont encore plus graves sur le littoral tunisien par exemple, afin de collecter les données certes, mais les équipes veulent aussi sensibiliser autant que possible les populations locales.

Comme le dit au »crapaud » Bruno Dumontet, chef d’expédition et fondateur de MED, « nous croyons plus à l’action des populations qu’à celle des gouvernants ». De la même manière, les chercheurs participant aux campagnes viennent volontairement des laboratoires des différents pays intéressés et non d’une décision politique.

Des plastiques “propres”

« Le système de gestion des déchets est défaillant, ajoute-t-il. Il faut penser les produits pour les rendre réellement biodégradables et sans risque pour l’environnement. Les technologies existent, comme les plastiques à base d’amidon ».

Le défi : rassembler au minimum un million de signatures en vue d’une pétition qui saisirait la Commission européenne et la ferait réagir à cette catastrophe annoncée. Par une proposition de loi obligeant à fabriquer tous les plastiques dans le respect de l’environnement.

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