L’éolienne qui fait chanter l’eau

Le crapaud - Jérôme Liniger - Une éolienne inventée par un français qui produit de l'électricité et de l'eau potable

L’eau fait cruellement défaut à une bonne partie de l’humanité, comme on sait. Les équipements collectifs exigent trop souvent de gros investissements. Aussi les initiatives à moindre coût se multiplient. Comme celle de Marc Parent, une éolienne produisant de l’eau potable.

« Vous nous donnez le vent, je vous donne de l’eau », pourrait être son slogan. Mais le chemin est long pour donner corps à une idée, qu’on croit suffisamment nouvelle pour la développer dans une éventuelle activité industrielle.

De la clim à l’éolienne

L’idée nait de la situation : alors qu’il vit aux Antilles, habitant une maison non reliée au réseau d’eau potable, ce spécialiste du froid entreprend de bricoler un système lui permettant de récupérer l’eau des appareils de climatisation. Et comme il sait également réparer des éoliennes… Ainsi naît « Eole Water ».

Il lui faudra une dizaine d’années pour concevoir et réaliser le premier prototype, que l’on pouvait voir à l’œuvre dans la zone artisanale de Sainte Tulle, près d’Aix en Provence, où cet autodidacte s’est installé après son retour des Antilles. 3 autres prototypes suivront.

Un test grandeur nature dans le désert

Mais voici qu’enfin l’entreprise peut procéder en novembre dernier à un test de 6 mois à Mussafah près d’Abu Dhabi. Le challenge demeure : démontrer l’efficacité d’Eole Water dans des conditions météorologiques difficiles, alors que règne alentour un taux d’humidité de 45% et des moyennes de température de 24oC.

Au final, l’éolienne, pour l’instant posée à terre, a pu collecter jusqu’à 62 litres d’eau par heure. En dépit de la forte pollution atmosphérique de l’émirat et de l’omniprésence du sable, l’eau analysée, c’est d’importance, est conforme aux normes de potabilité de l’Organisation mondiale de la santé.

Un mât devrait être implanté prochainement, mais les autorités locales en disputent le lieu. Bien aidée par le groupe français Spie, l’entreprise explore maintenant du côté de Dubaï.

Garantir une eau saine

En activité, le rotor commence par capter l’humidité naturellement présente dans l’air. Après condensation, elle se transforme en eau grâce à une unité frigorifique, présente dans la nacelle. L’eau circule dans un système de traitement sur 5 niveaux, incluant un filtre ultraviolet, afin de garantir une eau saine.

Grâce à un alliage révolutionnaire de qualité alimentaire, spécialement adapté à cette production, le processus de création se pérennise sur plusieurs dizaines d’années sans risque de corrosion.

L’invention est prometteuse. En fonction du contexte climatique, la production peut varier de 300 litres quotidiens en plein désert à 2000 litres en Polynésie par exemple.

Alterner la production

De plus, si l’air est sec le jour et seulement humide la nuit, l’éolienne alterne entre production d’eau (la nuit) et d’électricité (le jour). Il existe même un modèle transportable.

L’usage est donc multiple. Pour les institutions locales, les Ong, voire les militaires. Dans les villages ou hameaux isolés comme dans les villes ayant peu de ressources en eau. Pour élever du bétail ou développer la végétation. Et en cas de catastrophe naturelle, un recours immédiat pour disposer de ces 2 éléments essentiels à la vie, eau et énergie.

Mais le succès commercial est encore loin. Marc Parent ne baisse pas les bras, dépose brevet sur brevet, participe à de multiples forums avec le sentiment d’être en accord avec son temps.

Une aide substantielle enfin

Banques frileuses comme à leur habitude, quand il s’agit d’une prise de risque, c’est un fonds de placement, Entrepreneur Venture, spécialisé dans les actifs dit « Non Coté », donc propres aux Pme, qui met à disposition en 2010 1,7 millions d’€. Un soulagement.

Produire en France reste une gageure, même si l’on tient une idée tout à fait novatrice.

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