Déchets : Dans les entrailles d’une usine d’incinération

Le crapaud - Jérôme Liniger - dans les entrailles d'une usine d'incinération

Dans le monde entier comme en France, les déchets sont une préoccupation majeure et le « crapaud.fr » y consacre une attention permanente. En relevant notamment les initiatives les plus remarquables pour maîtriser ce « Moloch » de notre société de consommation, dans tous ses aspects, volume, collecte, traitement, recyclage.

Quand on suit les berges de la Seine, rive gauche, à hauteur de la commune d’Issy les Moulineaux, on est intrigué par un long bâtiment couleur bois, tapi derrière un rideau végétal.

On imagine des bureaux design, où il fait bon jeter un regard à l’extérieur vers le cours tranquille du fleuve à travers le feuillage des arbustes, par-dessus l’intense circulation au sol.

Erreur, il s’agit du plus grand centre d’incinération de la région parisienne, baptisé Isseane (se visite durant les journées du patrimoine). Il traite les ordures de 5,7 millions d’habitants ( Paris intramuros et 84 communes de banlieue ) à travers le syndicat Syctom, soit 2.300.000 tonnes (2010).

Un habillage extérieur recyclable

Inauguré en 2009 sur d’anciens terrains de l’usine Renault, les initiateurs ont cherché l’excellence. Dans un environnement tertiaire de qualité – on compte dans les parages les sièges de Microsoft, Orange, etc – ils l’ont voulu au cœur de la ville, à la fois proche des habitants, donc de leurs collectes de déchets mais aussi bien accepté par eux, autant pour son impact sur l’environnement que par son aspect extérieur, avec l’utilisation de matériaux recyclables, notamment des habillages extérieurs en bois, eux mêmes cachés par les aménagements paysagers.

Aux dires de spécialistes, une prouesse architecturale et industrielle.

Le bâtiment s’impose comme une sorte d’immense vaisseau en béton, avec des parois moulées, qui s’enfoncent à 30 mètres sous terre en raison notamment de la proximité du fleuve et d’éventuelles crues (y compris exceptionnelles).

Ce voisinage offre entre autres l’avantage de pouvoir évacuer par péniche les ballots de papier, emballages, cartons jusqu’à Rouen où, une fois recyclés, ils reviendront par le même trajet en rouleaux de papier à imprimer à destination d’une grande maison de presse parisienne.

60 000 logements chauffés

Au rythme de la noria de bennes déversant leur contenu matin et soir, les ordures tout venant, dites résiduelles, une fois incinérées, fournissent une énergie de proximité, soit 700 000 tonnes de vapeur pour chauffer 65 000 logements du réseau de la Compagnie parisienne de chauffage urbain et 90 000 Mwh vendus à Edf, alimentant environ 50 000 foyers.

Le traitement des fumées, provenant de la combustion, le plus délicat, nécessite des locaux-cathédrale et installations impressionnantes, grâce à quoi les cheminées d’Isseane n’ont plus rien à voir avec ces monstrueux ouvrages de briques, dressées dans le ciel, crachant des volutes gris-noir d’usines anciennes. Elles ne dépassent du toit que de 5 mètres.

Apprendre à bien trier

L’impératif est fort, et abouti, réduire toutes les nuisances de l’activité, émissions atmosphériques, olfactives ou sonores. Mais à visiter le centre, il apparaît qu’un important travail d’information et de sensibilisation en amont auprès des habitants s’avère encore nécessaire, tant il arrive que le tri qu’ils opèrent, quand cela est possible, est loin d’être toujours conforme aux règles.

Aussi, le Syctom a-t-il fait le choix , dès l’ouverture de l’usine, d’abaisser de 15 % la capacité globale de retraitement, afin de contraindre l’ensemble de la chaîne, municipalités, habitants et prestataires, à contribuer à la réduction du volume des déchets incinérés en amont. De fait, il a chuté sur ce territoire de 500 000 tonnes depuis 2001.

Une gestion qui coûte cher

Plus ce volume augmente, plus la note des taxes à l’évidence s’alourdit. Déjà, l’association de consommateurs Ufc-Que choisir, constate que les Français payent trop cher la gestion de leurs ordures ménagères, laquelle sur 24 000 communes interrogées a augmenté de 7,1 %, voire quadruplé en 20 ans.

L’association regrette par ailleurs le manque de transparence dans cette gestion. « Les collectivités pilotent sans tableau de bord », ce qui ne semble pas être le cas dans le cadre des activités du Syctom.

Le choix de la collecte pneumatique

De nombreuses municipalités cependant ne restent pas les bras ballants face au problème. Ainsi, celle de Romainville (Seine Saint-Denis) vient d’inaugurer le premier dispositif de collecte pneumatique en France, grâce à un réseau de 4,1 km de tuyaux enterrés, et plus d’une centaine de bornes en surface.

Le conditionnement se fera par sacs de 30 litres pour les particuliers, permettant un tri sélectif, avec collecte séparée pour les déchets tout venant et les emballages, excluant tout ce qui est verre, trop abrasif dans les canalisations.

Pour les 2600 logements concernés, l’aspiration souterraine supprime évidemment l’important flux de circulation des bennes, pas toujours bienvenu dans les petites rues et souvent à des heures indues, et la disparition des poubelles sur les trottoirs, libérant l’espace public, cela pour un coût équivalent, semble-t-il, à celui du ramassage traditionnel.

Profitant d’opérations de rénovation urbaine, plusieurs autres municipalités de la couronne parisienne semblent enclines à miser sur ce système, déjà largement pratiqué en Espagne, au Danemark, en Chine.

La Communauté d’agglomération du Grand Besançon ( CAGB ) joue la carte pour sa part de la collecte dite incitative auprès de 180 000 habitants.

Les taxes dépendront pour chaque foyer du poids du contenu collecté des bacs (déchets non recyclables) et du nombre de ramassages par an. Première étape, identifier les bacs par des puces et bilan de l’opération en septembre prochain.

Trop d’incinérateurs, trop de rejets toxiques

Réunies dans une coordination nationale, 450 associations, se lancent dans un autre combat, portant sur les méfaits de l’incinération, selon elles coûteuse et préjudiciable à l’environnement. « L’incinérateur est une fabrique de poisons », estime le porte-parole d’un collectif de 534 médecins, avec ses rejets hautement toxiques, tels que métaux lourds, dioxines, résidus d’épuration de fumées, même si les normes ont évolué vers plus de sévérité.

Avec 130 incinérateurs, la France occupe le premier rang en Europe, alors que, avec un taux de recyclage comme en Allemagne, il serait possible d’en fermer la moitié et autant de décharges.

Sortir de l’incinération, oui, mais l’association relève qu’il s’agirait de perspectives d’un choix de société d’abondance bien différent : consommer moins, réduire les déchets, valoriser des produits qui durent plus longtemps, à emballages réduits, etc. Une autre histoire.

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