Le panier de la ménagère et ses gaz à effet de serre

Le crapaud - Jérôme Liniger - Le panier de la ménagère et ses gaz à effet de serre

Vous interrogez-vous, quand vous faites des courses, sur le bilan carbone des produits et aliments que vous entassez dans le caddie ? Certainement pas. Mais si la question vous intéresse, le ministère du Développement durable vous y aide en finançant une étude.

Les stats le disent avec assurance : En l’espace d’une année, chaque Français consomme pour 700 kilos de nourriture, boissons, produits d’hygiène et d’entretiens, éventuellement d’aliments pour animaux. Ce qui contribue annuellement pour 1,4 tonne d’équivalent (ou bilan) carbone. Rien de dramatique cependant.

Pour clarifier les choses, le bilan carbone n’est pas à confondre avec cette autre mesure récente, l’empreinte écologique. Il comptabilise les gaz à effet de serre découlant de la production d’un produit ou d’un service. En l’occurrence dans cette étude, ont été pris en compte essentiellement les émissions liées à la production, distribution et usage des produits, non celles en rapport avec le déplacement des ménages pour faire leurs courses.

Le bilan carbone met en évidence la dépendance d’une activité économique, ou d’une collectivité, ou d’un individu, essentiellement aux énergies fossiles, dont la combustion est la plus consommatrice en CO2. En d’autres termes, l’impact sur le climat. Tandis que l’empreinte écologique – on en entend parler pour la première fois en 1992 dans un document du club de Rome – concerne l’ensemble des conséquences possibles d’une activité humaine sur l’environnement (pour résumer).

Que pèse donc ce bilan carbone dans le panier (moyen) de la ménagère ( 20 000 ménages sondés)? Les fruits et légumes entrent dans le poids total des courses pour 20 % mais avec un impact carbone limité à 7 %. A l’inverse les produits non-alimentaires contribuent pour 26 % au contenu carbone, seulement à 11 % niveau poids. Le seuls emballages comptent pour 8 % , dans votre panier, soit une production annuelle au jour le jour de 100 kilos de papiers, plastiques, verres et cartons.

Le principal coupable carbone, on s’en doute, dans nos habitudes alimentaires provient des eaux minérales, boissons gazeuses, produits laitiers, alcools. Mais il vous sera toujours possible de faire votre « Bilan Carbone Personnel », soit évaluer la quantité de gaz à effet de serre émise en une année en fonction de votre mode de vie, intégrant logement, déplacement, alimentation, toutes consommations.

Hormis le fait qu’on en arrive parfois à s’interroger sur leur utilité, les études offrent des observations d’une pertinence, qui laisse rêveur. Si l’on considère la situation socio-culturelle des ménages, une famille d’agriculteurs, portée à consommer les produits de sa ferme, œufs, légumes, volailles, affichera un bilan bien plus faible (-23%) qu’un couple de retraités, dépendant d’achats notamment alimentaires en grande surface ! Les cadres consomment moins d’effet carbone, car ils mangent plus souvent du poisson, moins émetteur de C02 que la viande, meilleur marché, choisie en priorité par les ouvriers.

Dans une comptabilité carbone, le résultat est toujours complexe. On a pu l’apprécier voici 2 ans, lorsque la marque américaine « sportswear » Timberland souhaitait informer sur les « nuisances carbone « de ses chaussures de plein air. Remonter la filière jusqu’à la vache, qui donne le cuir, puis descendre toute la chaîne, de l’usine qui fabrique à partir des matières premières, en passant par les sous-traitants jusqu’au transport dans le point de vente.

Or, c’est ce poste du transport qui occasionnait le plus de maux de tête. Les camions, chargés de livrer, étaient-ils totalement ou seulement partiellement chargés de chaussures de la marque, roulaient-ils au fuel ou non, fallait-il intégrer le trajet du chauffeur entre son lieu de travail et de domicile, tous éléments, difficile à chiffrer, modifiant à l’évidence le bilan, pas seulement à la marge. Au bout du compte, Timberland était parvenu à indiquer sur les étiquettes de 5 ses modèles leur passif carbone. On ne sait si la marque en a été récompensée.

On doute fort que la ménagère, déjà confrontée dans les allées d’une supérette à comparer les produits, d’un article à l’autre, selon variété, poids, contenance, quantité, prix, promotion, péremption, valeurs énergétiques, présence d’édulcorants, additifs, etc, ait encore l’envie ou l’abnégation, en consommatrice responsable, de vouloir s’informer sur leur bilan carbone.

Certes on peut toujours manger moins et manger mieux. Se nourrir de produits alimentaires cultivés au plus près de chez soi, recourir aux produits d’entretien naturels, boire l’eau du robinet et refuser à Noël les cerises d’Afrique du sud à 30 € le kilo. Question d’implication, de conviction certes, mais se heurtant souvent aux contraintes et limites de la vie urbaine.

Mais l’étude ne préfigure-t-elle pas la taxe carbone, telle qu’évoquée par le Grenelle de l’Environnement et souhaitée par Nicolas Sarkozy. Prévue en 2010, elle se voulait propice à modifier des changements de comportement, de technologies de production, d’habitudes de consommation. Provoquer l’émergence d’énergies peu polluantes, afin de se préoccuper sérieusement du réchauffement climatique. Crise oblige, elle a été mise aux calendes grecques.

Mais rassurons-nous. Le bilan carbone de notre panier quotidien sur une année (1, 4 tonne) n’a rien à voir avec celui d’un simple vol pour vos prochaines vacances Paris-Athènes pour votre famille de 4 personnes (taux moyen de remplissage de l’aéronef, 80 %), qui sort déjà à 4,4 tonnes de CO 2.

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