Face aux arrosages chimiques, le défi d’un fertilisant naturel

Le crapaud - Nicolas Jacquette - Face aux arrosages chimiques, le défi d’un fertilisant naturel

On sait l’agriculture aux prises avec les multinationales des produits phytosanitaires. Qu’elles aient rendu service quand la situation de la France, comme d’autres pays sortant de la guerre, nécessitait en urgence une production intensive, n’est pas à oublier. Mais le temps est venu, où les sols , tant « arrosés », rendent l’âme. Aussi, constate-t-on avec satisfaction que des alternatives commencent à s’imposer, tel ce fertilisant naturel, mis au point par un éleveur de l’Aveyron, Marcel Mézy.

Il a cet accent chantant, qu’on aime à entendre à Paris, ne serait-ce qu’au téléphone. A 70 ans, Marcel Mezy n’a rien perdu de son enthousiasme. Et c’est avec fierté qu’il montre aux visiteurs dans ses larges mains ce compost révolutionnaire, dont il est l’inventeur.

Son histoire nourrirait une petite saga aux Etats Unis. Fils de modestes paysans de l’Aveyron dans une fratrie de huit garçons, les études se limitent à un 1er prix de certificat d’études (dont il gardera les 200 (anciens) francs de récompense à la banque jusqu’à l’âge de 20 ans. Certes il y aurait bien le séminaire, mais il refuse. Il entre dans ce qu’on appelle la vraie vie, vend de la limonade. Son attachement à la terre ne lui a jamais manqué, il se convertit bientôt dans un commerce d’engrais et de matériel agricole. Puis de produits biologiques.

Lui revient alors ses observations sur l’humus au pied des arbres, lorsqu’enfant il gardait les moutons et se promenait dans la forêt. Cet humus, qui donne de la vitalité du sol, fixe les fertilisants de la terre, entrave leur écoulement trop rapide vers les nappes phréatiques. Après de multiples essais, le fertilisant Bactériosol est né. Si la recette est restée secrète, on sait qu’elle combine un mélange de plantes des bois avec celles qui poussent dans les champs.

Les premiers utilisateurs constatent sans tarder qu’il aère le sol, retient l’eau, agit comme une sorte d’éponge vivante, rétablit un équilibre naturel, surtout qu’il améliore sensiblement les rendements et la qualité de production.

Entrepreneur mais paysan d’abord, autodidacte, Marcel Mézy franchit un cap important en 1992 avec la création de la société Sobrac à Lioubas qui, avec 70 salariés, produit et commercialise aujourd’hui 35 000 tonnes du fertilisant. Lequel se décline aussi pour l’usage, avec un succès analogue, dans le maraîchage et les potagers du dimanche.

José Bové soulignait à propos « l’efficacité d’un procédé d’avenir, mais le chemin , ajoutait-il, sera semé d’embûches ». Le parcours en effet n’a pas été tout repos.

Marcel Mézy n’a pas la sympathie, à l’évidence, des chimiquiers et des miniers d’engrais minéraux et leur puissant lobby. Poursuivi par certains d’entre eux pour concurrence déloyale, il reçoit le soutien au tribunal de 30 agriculteurs et obtient gain de cause. Les distributeurs de plus sont rétifs à écouler un engrais moins cher, à des quantités moindres. Sorte de produit « cannibale », le Bactériosol se vend donc en direct aux agriculteurs, ce qui réduit le coût du passage par les négociants.

Quant à la FNSEA, premier syndicat agricole, comme les chambres d’agriculture, elles ont longtemps affiché une franche hostilité, évoquant une « poudre de perlimpinpin ». Attitude qui devrait évoluer, tant le fertilisant est depuis 5 ans soutenu par l’INRA et les scientifiques. Car les témoignages satisfaits d’exploitants, parmi les premiers à avoir basculé dans cette forme de traitement – épandre les granulés, un cocktail de micro-irganismes, sur les champs tous types de sol et de climats, affluent.

Des éleveurs annoncent des résultats exceptionnels, avec un cheptel en meilleure santé et un meilleur revenu. Il les appelle ses « chercheurs », car ils contribuent fréquemment par leurs observations in situ à introduire des améliorations dans le produit. 8000 exploitants ont fait le saut. Sur 350 000 exploitations dans l’hexagone, c’est peu. L’intérêt se manifeste aussi en Allemagne, Hongrie et Pologne.

Les chefs « trois étoilés » Sebastien et Michel Bras ( de l’Aveyron cela va de soi ) font partie des clients. Parfois décrite comme une possible révolution agricole, le fertilisant pour son utilisation en jardinage a reçu le grand trophée d’or écoproduit 2009.

En ébullition permanente, Marcel Mézy aimerait relever un nouveau défi microbiologique, convertir nos ordures ménagères et boues d’épuration en énergie méthane. Et veut poursuivre son action en Afrique, où il se rend régulièrement (Sénégal et Togo), pour des distributions gratuites de son compost, adjuvant précieux pour des terres souvent salées.

Mais, depuis son plus jeune âge, c’est aux chevaux qu’il consacre sa passion et chaque temps libre. Une harde de 300 équidés élevés en liberté, que ce soit à Grioudas ou sur le plateau du Lévezou dans un univers bio, au milieu des genévriers. Avec ses Pur Sang arabes, chevaux de plat et d’endurance, l’élevage de Bozouls a gagné ses galons jusqu’à l’international.

www.elevage-bozouls.com

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Comments

Hum hum ! Tentant… trouve t’on facilement ce fertilisant dans le commerce,
et sinon comment se le procurer ? Et même si la recette doit rester secrète, je reste sur ma faim sur la composition…
En tout cas, belle saga, en effet..
Eliane Georges

posted by Eliane GEORGES / 01.06.13 - 1:22

Chère internaute,
POur se procurer le fertilisant, mettez-vous en contact avec la société sobrac à lioubas, ou cherchez sur le site de marcel mézy, l’inventeur.
lecrapaud.fr

posted by robert / 01.07.13 - 12:05

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