Quand le foot professionnel se montre vertueux

le Crapaud - nicolas Jacquette - robert Fiess - stade club de l'union

Le développement durable peut-il s’appliquer à un club de foot dans ce sport, gangrené par le professionnalisme et son carburant lourd, l’argent ? Un club berlinois de 2ème division, le FC UNION, pourrait en apporter la preuve.

Dans le sud-est de la capitale allemande, à Köpenick, l’UNION a toujours été une sorte d’exception. Au temps de la Rda, il voit accourir dans ses rangs les joueurs qui refusent de rejoindre le BFC Dynamo, fortement tenu par la police politique (Stasi). Même si l’équipe perd plus souvent qu’elle ne gagne. Cartons jaunes et penalties lui tombent dessus à tour de bras. Le Dynamo en effet, un des plus prestigieux à l’époque, n’est pas exempt d’accusations sur sa manière de gagner les matchs avec l’aide d’arbitres manipulés par les autorités policières. Aussi, les fans n’hésitent pas à scander à chaque méchante décision de l’arbitre : « Le mur doit disparaître ». La Stasi n’est pas en reste, elle dénonce régulièrement l’ambiance hostile à l’état est-allemand de l’Union, soutenu plus modestement par les syndicats. Une rivalité permanente ne cesse d’exacerber les partisans des 2 clubs, les derbys donnant lieu à des incidents, voire des violences. La hache de guerre semble enterrée, mais au dernier match contre le Dynamo, 1000 policiers et 300 agents de sécurité garnissaient quand même le pourtour du stade. La réunification venue, l’UNION a continué à faire parler de lui, avec ses revers, relégué en division 3, puis 4, ses caisses désespérément à sec, ses tribunes branlantes jouxtant la surface du terrain et un tableau d’affichage, manipulé à la main. Le stade menacé d’être fermé par mesures de sécurité, le coup de massue arrive, l’État de Berlin refuse l’aide financière. Les supporters iront jusqu’à manifester sur le perron du Parlement fédéral avec une grande banderole « C’est notre stade, nous voulons qu’il vive ». Ces mêmes problèmes financiers bloque un temps l’accès du club à la division 2. Excédés, les supporters « unionistes » décident de retrousser les manches. Sacrifiant weekend, vacances et soirées, 1700 d’entre eux – des retraités aux chômeurs – entreprennent bénévolement de remettre le stade en état. Se passant la truelle par roulement de 5 heures du matin à tard le soir, y compris par des températures hivernales de – 15 o. Certains pères de famille ne sont pas peu fiers aujourd’hui de montrer à leur progéniture les marches d’escalier qu’ils ont gâché ou la série de sièges, rouge pétant aux couleurs du maillot des joueurs, qu’ils ont vissé de leurs mains. Aussi le président du club, un entrepreneur dans le béton, a-t-il voulu rendre hommage à cet énorme coup de main collectif. C’est leur stade, leur chez eux, normal qu’ils en soient aussi les propriétaires. Il a donc mis en place une forme d’actionnariat, 500 € l’unité, proposé aux supporters et à eux seuls et pas plus de 10 actions par personne. Comme certains sont loin d’être fortunés, l’achat à crédit est possible, 5 échéances de 100 € ou 20 de 25. Qui pourront être revendues. Avec plus value, la question reste posée ? Près de 2000 fidèles accourent à l‘assemblée, où va se discuter ce modèle d’actionnariat. Et la possibilité pour chaque actionnaire d’une voix aux assemblées générales, de décider de l’éventuel futur nom du stade, du choix des traiteurs dans l’enceinte ou de la possibilité ou non de distribuer des dividendes. Du jamais vu, comme le note le magazine Stern. A la clôture fin décembre, le club avait vendu 5437 actions, soit 2,7 millions d’€ entrés dans les caisses. Dans un stade refait, l’ambiance est à l’image des Unionistes, en attendant la création d’une grande tribune avec loge VIP, vestiaires modernes et toilettes correctes. On chante tout au long des rencontres, y compris quand l’équipe s’incline devant l’adversaire et l’on appelle Nina Hagen pour l’hymne du club, réadapté « Qui ne se laisse acheter par l’ouest, nous, l’Union de fer ! ». En ville, au siège, on accueille volontiers d’autres fans du club, accourus d’Angleterre, d’Écosse ou de Suède. Le président a des idées bien arrêtées. Il veut des tribunes debout à quelques mètres de la pelouse, pas de publicités à la mi-temps, du football « pur », comme il dit, trop heureux lorsque, en plus, traditionnellement le 23 décembre, les 10 000 spectateurs entonnent en chœur des chants de Noël. Les échecs ne découragent pas l’adhésion populaire. Seul grand exploit, cette qualification pour la finale de la Coupe d’Allemagne en 2001/2002, perdue contre le grand Schalke 04 et une accession à la coupe UEFA l’année suivante, sans suite. Le club dispose déjà d’un budget plus confortable monté à 13 millions d’€, pas suffisant pour aller miser au mercato sur des « pointes ». Qu’importe. « Il y a trop de trop dans le football professionnel, du business oui, mais à bonne dose », constate le président. Il souhaite que le club garde son âme et la formidable complicité avec son public. « Finalement il ne s’agit que de football ».

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