Les électriciens se branchent sur le solidaire

Le crapaud - Nicolas Jacquette - Les électriciens se branchent sur le solidaire

Au nombre des ONG humanitaires nées d’initiatives françaises (Médecins sans frontières, Handicap International pour ne citer qu’elles), il en est une moins familière, plus récente, à savoir « Electriciens sans frontière » (ESF). Sa mission, on s’en doute, apporter la source d’énergie, qui permettra aux villageois de zones reculées ou habitants de périphéries urbaines de vivre un peu mieux. « La fée électricité » disait-on, si indispensable à 1, 5 milliard d’individus, qui en sont encore privés.

Dans ce village du nord du Laos, une trentaine d’habitants n’ont pas hésité à relever leurs manches, encadrés par d’anciens d’EDF, aujourd’hui actifs dans »ESF » pour accéder à l’électricité. D’abord repérer un site propice dans une rivière proche, puis construire un canal de dérivation, y dresser un petit barrage à l’aide de pierres, de branchages et d’argile, enfin ouvrir une sorte d’écluse d’un mètre pour créer une chute d’eau, laquelle alimente évidemment une turbine (Quel gamin n’a-t-il pas bricolé dans ses heures de rêverie des constructions analogues sur un filet d’eau ?). Ensuite, on a mis en place la ligne électrique reliant l’action de la turbine au village. Dégager des arbres, planter des poteaux, poursuivre par le branchement dans les maisons. Les techniciens d’ESF sont arrivés sur place avec tout le gros et petit matériel nécessaire, turbines, câbles, interrupteurs, ampoules, mais aussi leur savoir-faire et un enthousiasme à revendre. Ils viennent dans la région depuis 2009 pour électrifier une trentaine de ces villages le long de Nam Ou, un affluent du Mékong, province de Phongsaly. Les générateurs de 500 à 1000 W (dits Pico-turbines), fonctionnant à partir d’une petite chute d’eau, sont de faible puissance, mais les bienfaits qu’on en tire marquent les esprits : fournir de la lumière, alimenter une radio, parfois une télévision collective, de quoi vaquer le soir aux devoirs d’école pour les enfants, aux travaux d’artisanat pour les adultes, voire écouter de la musique, ce que les habitants apprécient particulièrement. Dans le courant de cette année, 5000 villageois auront ainsi accès à l’usage de l’électricité dans une province, où 30 % de la population seulement est raccordée au réseau électrique. En Asie et en Afrique sub-saharienne, la précarité énergétique est un casse-tête quotidien.On s’éclaire un peu, on se chauffe un peu, on cuisine comme on peut. Avec 1 dollar par jour, on achète pour ces besoins essentiels du pétrole, du charbon, du bois et s’il y a des véhicules à portée, on recharge portables et radios sur les batteries de voiture. Illusoire pour certains pays de construire ex nihilo des centrales qui irrigueront l’ensemble du territoire. Comme le souligne le président d’ESF, Hervé Gouyet, même en France, certaines zones reculées ont été branchées très tard. Ce que peuvent apporter les ONG, c’est précisément ce désenclavement de proximité. Et s’appuyer fortement sur des soutiens locaux. Car il faut laisser aux communautés le temps de s’approprier les installations. Vérité de toujours, quand l’installation n’est la propriété de personne, on ne saura pas la garder en l’état. C’est ainsi qu’au Laos, comme ailleurs, ESF a consacré un temps non négligeable à rendre l’installation pérenne. On a formé des habitants à l’entretien de la turbine, le chef du village a pris la direction d’un comité de gestion, chargé de collecter tous les mois une petite participation financière pour assurer la maintenance de l’installation et son autonomie. Cas d’école à Haïti, ESF a assuré la mise en place de lampadaires solaires dans les camps des sinistrés du tremblement de terre, cela rassure à la nuit tombée et met en échec d’éventuels agresseurs. Eclairer ces zones à problèmes (près de 6000 personnes concernées), personne n’y avait pensé avant. Mais il a fallu aussi former des responsables locaux pour l’entretien et la maintenance, avec un suivi pendant 5 ans. Hervé Gouyet n’est pas certain qu’après ce terme, on trouvera les 100 dollars nécessaires chaque année pour pérenniser le service. Déjà difficile de trouver les fonds pour couvrir le financement des 5 premières années. Passer de la bougie à la lampe à LED ne demande d’énormes moyens. C’est bien l’intérêt des énergies renouvelables, généralement bon marché, facilement transportables, n’occasionnant pas de gros frais d’exploitation. Sachant qu’elles offrent la solution adéquate selon le terrain, si l’on sait combiner les « mix » énergétiques : solaire en Afrique, hydroélectrique au Népal ou au Laos, où les cours d’eau naturels sont fréquents, éolien parfois. Mais l’urgence est en Afrique (81% des actions menées). Au Sénégal, on alimente en électricité une école et un collège, lequel peut désormais accueillir les réunions du Conseil de la Communauté rurale. La pompe à eau et le puits qui suivent ouvrent la voie à une activité de maraîchage, un surcroît de revenus pour compenser le poids financier de l’électrification du collège. On motorise au Burkina Faso une pompe à eau, alimentée par le photovoltaïque, mais toujours utilisable manuellement en cas de panne ou de manque de soleil, l’extension de la lumière permet le soir l’alphabétisation des adultes. Au Mali, l’éclairage de la place du village suscite nouvelles palabres et festivités. A l’instigation du Club solidarité d’un lycée de Chalon sur Saône, électrification d’un collège au Niger pour des activités de formation, le branchement numérique permet désormais aux élèves de communiquer ensemble. Au Togo, création de latrines, dont l’absence pose un vrai problème d’hygiène, avec bassin de jacinthes d’eau, biodigesteur et production de biogaz. La formation de 3 villageois permettra le fonctionnement du biodigesteur dans la transformation des fruits. A Madagascar, création d’un cabinet dentaire, baptisé « BoitaWatt ». Ce container maritime isolé, sécurisé et étanche offre de bonnes conditions de travail aux dentistes locaux, évitant aux habitants des allers et retours vers la capitale distante de 60 km. En Inde, l’on équipe une maison d’accueil pour des fillettes de 5 à 12 ans abandonnées, assurant accueil, soins, éducation et protection jusqu’à leur réinsertion sociale. Dans le Ladakh, en vue de l’électrification de bâtiments communautaires, ESF s’est propulsé jusqu’à des villages isolés de très haute altitude, plus de 4000 m, contrainte de mobiliser des technologies innovantes telles que le mur de Trombe, ces murs stockeurs de béton et de pierre, souvent peints de noir, à forte inertie, qui accumulent le rayonnement solaire le jour et le restitue la nuit. Au Vietnam, 2 fermes de culture pour sécuriser la fabrication de spiruline, algue à haute valeur nutritionnelle, aidant à combattre la malnutrition. Au Cambodge, on remet en état des réseaux d’électricité et d’eau d’un hôpital de province. A ce jour, 198 projets menés dans 32 pays. S’appuyant sur la Fondation Edf, ESF n’hésite pas à nouer des conventions avec d’autres ONG, déjà implantées (Secours catholique), acteurs de la solidarité internationale ou des partenaires hexagonaux. Heureuse par ailleurs de profiter de l’engagement, parmi ses 1000 bénévoles, d’un bon tiers de retraités, ex-électriciens pour la plupart. La tâche est immense. Il serait grand temps, selon son président, que les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) retiennent dans leur thématique non seulement l’eau, mais aussi l’énergie pour tous.

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