Après Fukushima, les Bavarois dorment mal / Luftzug aus Fukushima

Lecrapaud - Robert Fiess - Jérôme Liniger - Après Fukushima, les Bavarois dorment mal

Le vent. Avant il hurlait, en automne ou en hiver, par-dessus nos maisons, renversant de temps à autre un arbre ou une poubelle. Aujourd’hui, il perturbe la cohabitation de notre joli village d’Aschering, dans les pré-Alpes bavaroises, à 35 km de Munich : les uns sont d’accord pour voir sa force donner de l’énergie à nos habitations, les autres craignent pour leur santé, leurs biens ou leur ferme. Pourtant il n’y a pas longtemps l‘harmonie régnait ici, qui s’était si bien exprimée pour le jubilée marquant les 1000 ans d’existence du village.

C’était hier.

Le 6 juin 2011, Angela Merkel et son gouvernement décident l’abandon du nucléaire, la fermeture dans la foulée de 9 réacteurs plus anciens, fortement encouragés dans ce coup d’éclat par le parlement fédéral comme par l’opinion publique. Le nucléaire totalement banni à terme (2022), privilégions, a-t-elle décrété, les énergies renouvelables, notamment les éoliennes terrestres autant qu’[offshore.

Et soudain Fukushima entrait dans les foyers des 11. 261 communes allemandes. L’affaire symbolise d’une certaine manière la théorie du chaos. Ce n’est plus le papillon qui, de son battement d’aile, provoque un typhon à l’autre bout du monde, c’est la catastrophe du Japon, dont les effets, en Allemagne, provoquent la colère d’une partie de mes voisins bavarois.

Car miser sur, et produire, de l’électricité tirée du soleil, du vent, de l’hydrologie ou de la biomasse ne peut se faire que de façon décentralisée, répartie sur la totalité du territoire, y compris dans les régions fortement habitées, donc parfois à la porte de chacun et non dans quelque centrale nucléaire isolée.

La perspective a suscité aussitôt dans toute l’Allemagne une opposition farouche de « Wutbürger » (citoyens en rogne), inquiets à l’idée de voir se dresser à leur porte entre autres des enfilades d’éoliennes avec leur conséquence collatérale inévitable, d’importants réseaux, de 1700 à 3600 km., de nouvelles lignes de haute tension (des recours ont déjà lieu en France contre l’extension de lignes à haute tension, récemment dans la Manche, en lien avec la construction de l’EPR).

Le vent de la révolte n’a pas tardé à souffler également ici. On a donc commencé à réunir des signatures, à appeler à des débats, voire à lancer une initiative citoyenne dite critique. Laquelle a abouti à la décision, plutôt surprenante, d’organiser un voyage en bus pour aller « inspecter » les plus grandes éoliennes de Bavière existantes.

Les conseils communaux de Pöcking et de notre canton, Starnberg, se sont attelés, eux, sans tarder à définir des plans d’occupation des sols pour de futures turbines, décrétant qu’elles devraient se trouver à 1000 mètres au moins des premières habitations, alors qu’ailleurs les distances se limitent à 600 ou 800 mètres.

Avant même que l’on sache si Pöcking pouvait concernée, donc susceptible d’être choisie tant du point de vue économique, écologique ou sureté de l’espace aérien, la révolte a grondé dans le village. Pöcking, à laquelle nous sommes rattachés, est l’une des communes les plus riches de la grande ceinture autour de Munich et, soit dit en passant, sans doute très forte consommatrice d’énergie, vu l’aisance de ses habitants, avec leurs beaux et grands chalets, leur double garage et leurs voitures de prix.

Pourtant, l’éolien est inexistant dans l’État libre de Bavière, 2 % lui est consacré, alors que le territoire bavarois couvre 20 % de l’espace allemand. Et cet État, comme la ville de Munich, qui se sont hissés à la tête de la richesse allemande, y sont parvenus sans trop de salir les mains. Pas un seul réacteur nucléaire dans le voisinage, des centrales à charbon groupées en Rhénanie et dans la Ruhr, les déchets atomiques dans le nord du pays.

L’argument de la solidarité laisse mes voisins indifférents. Ils ont peur pour leur santé, le bruit, les ondes, craignent pour leur environnement, signalent l’hécatombe d’oiseaux, assommés par les pales des rotors. Une voisine m’interroge : en tant que journaliste scientifique je devrais savoir ce qu’il en est. Je lui cite une méta-étude canadienne (« Environmental Health – 2011) signalant que les seules conséquences de l’éolienne en action sont à rechercher dans l’état de santé de l’individu, lorsqu’il souffre de la colère que son voisinage peut susciter.

Rien n’y fait. Internet nourrit toutes les peurs, entretenues par 86 associations nationales déclarées « anti-éolien » .

Donc l’expédition en bus. Le 10 décembre dernier nous nous trouvons agglutinés comme des fourmis au pied des plus imposantes turbines de Bavière, au sud de Nuremberg. La flèche des rotors culmine à 180 m, la nacelle à 128. Avec 2 turbines plus modestes, elles couvrent les besoins de 3000 personnes. Nous sommes 39 de Pöcking participant à l‘expédition, parmi nous quelques-uns de nos opposants les plus irréductibles, mais aussi plusieurs maires des environs, dont le nôtre.

Il fait froid. A 100 mètres de nous, le moteur diesel du bus – le chauffeur a froid – fait plus de bruit que les pales de la tour. Plus tard, dans la taverne du coin, bière et escalope panée, nous interrogeons les autochtones. « Ca vous gêne, les éoliennes ? – Non, on n’entend rien et ça ne gêne pas ». Les opposants ne sont pas convaincus. Oui, le vent qui souffle au dehors a chassé le ronronnement des turbines.

Nouveau test. Le bus fait des ronds circulaires à 1 km. Le chauffeur arrête le moteur. Nous prêtons l’oreille. Rien, juste un senior à mes côtés : « J’entends oui, mes acouphènes ».

Les critiques ne lâchent pas pour autant : Et les infrasons si néfastes, qu’on ne peut pas percevoir ? Et les oiseaux disparus des parages ? Et ces « engins » monstrueusement laids qui offensent nos belles montagnes… Les échanges vifs se poursuivent sur les 180 km de la route du retour. Même si personne n’ose aborder le seul argument choc dans l’esprit de chacun, celui de l’impact immobilier, avec l’arrivée d’éoliennes, sur leurs belles propriétés.

Le 13 janvier dernier, l’association « Initiative éolienne », désormais nommée, invitait à une réunion d’information. Ce ne sera pas la dernière – les possibles recours administratifs à venir peuvent prendre des années. La colère (tempête) continue à sourdre dans le village. Alors que l’on annonce un nouveau bond dans l’installation d’éoliennes terrestres en Allemagne, 30 % de plus qu’en 2010, soit 895 unités pour 2000 MW. Günter Haaf à Aschering pour « lecrapaud.fr »__

Ci après : le texte original de l’auteur : Luftzug aus Fukushima

Ausgerechnet der Wind. Früher heulte er im Herbst oder Winter über unser kleines Dorf Aschering im schönen bayerischen Voralpenland hinweg. Oben im Wald warf er ab und zu ein paar Bäume um, unten vor den Häusern manchmal eine Mülltonne. Jetzt, so scheint es, zerreißt er den Zusammenhalt der rund 270 Bewohner: Die einen sind dafür, seine Kraft gewinnbringend in Strom umzuwandeln – die anderen fürchten um Gesundheit, Haus und Hof. Dabei hatten (fast) alle im Jahr 2010 das 1000-Jahr-Jubiläum Ascherings gemeinsam organisiert und mit einem großartigen, bierseligen Fest gefeiert.

Solche Harmonie war gestern. Plötzlich werden Unterschriften gesammelt, Versammlungen einberufen, eine “kritische” Initiative gegründet. Eine ganztätige Busfahrt zum größten Windkraftwerk Bayerns wird organisiert.

Aschering ist ein Ortsteil von Pöcking. Diese Gemeinde mit ihren gut 5600 Einwohnern ist die reichste im Landkreis Starnberg, der im “Speckgürtel” Münchens liegt. Der Energieverbrauch pro Kopf dürfte hier ebenfalls in der Spitzengruppe liegen, wie prächtige Häuser und teure Autos nahelegen.

Der in Aschering aufbrausende Ärger klingt wie ein Musterbeispiel aus der Chaos-Theorie. Nur dass diesmal nicht der Flügelschlag eines Schmetterlings in Bayern einen Taifun vor Japan auslöst. Sondern umgekehrt eine gigantische Katastrophe im Fernen Osten ein dreiviertel Jahr später die sprichwörtliche bayerische Bier-Ruhe wegbläst.

Die Kettenreaktion begann am 11. März 2011 mit dem Super-Erdbeben im Pazifik vor Japan, das den Tsunami auslöste, der in Fukushima das Kernkraftwerk Daiichi unter Wasser setzte. Am 12. März flogen Reaktorgebäude vor laufenden Kameras in die Luft. Die politischen Schockwellen zertrümmerten wenig später in Berlin die Atompolitik der Regierung Merkel.

Noch im Herbst 2010 hatte die CDU/CSU-FDP-Koalition die Laufzeit der 17 kommerziell genutzten deutschen Atomreaktoren verlängert und damit den Atom-Ausstieg der rot-grünen Regierung Schröder aus dem Jahr 2000 aufgehoben. Schon am 6. Juni 2011 revidierten Bundeskanzlerin Angela Merkel und ihr Kabinett den Ausstieg aus dem Ausstieg: Acht ältere Reaktoren wurden alsbald abgeschaltet, der Rest soll bis 2022 stillgelegt werden.

Am 30. Juni 2011 stimmte der Bundestag mit großer Mehrheit der Gesetzesänderung zu. 80 Prozent der Deutschen erklärten wenig später in einer repräsentativen Umfrage, dass sie den Atomausstieg richtig finden; nur acht Prozent fanden ihn falsch. Zugleich beschloss der Bundestag auch eine beschleunigte Wende hin zu mehr regenerierbarer Energie.

Denn irgendwoher muss ja die Elektrizität für die mehr als 81 Millionen Bürger der größten Volkswirtschaft Europas kommen. Atomstrom aus Frankreich oder Tschechien importieren? Das geht nun gar nicht mehr. 94 Prozent der Deutschen halten im Januar 2012 den weiteren Ausbau erneuerbarer Energien für richtig und wichtig.

Die Hoffnung richtet sich vor allem auf die Windkraft. In deren Nutzung zählen deutsche Firmen zur Weltspitze. Nach dem “Erneuerbare-Energien-Gesetz”, vom Bundestag am 30. Juni 2011 beschlossen, erhalten Betreiber von Windenergieanlagen an Land (“onshore”) seit dem 1. Januar 2012 einen Bonus von knapp fünf Cent pro Kilowattstunde; für Windparks auf See (“offshore”) wurden die Rahmenbedingungen deutlich verbessert.

Damit war der Sturm aus Fukushima in die deutsche Provinz umgeleitet, in 16 Bundesländer mit zusammen 11.261 Gemeinden. Denn regenerierbare Energie – Sonne, Wind, Wasserkraft und Biomasse – lässt sich nur dezentral erzeugen, also vor allem auf den Dörfern. In der Bundesrepublik von heute heißt dies: Zehntausende von Einsprüchen.

Das Wort “Wutbürger” ist im Dezember 2010, drei Monate vor Fukushima, zum “Wort des Jahres” gewählt worden. Damals ging es vor allem um den Widerstand gegen den geplanten neuen unterirdischen Hauptbahnhof “S-21” in Stuttgart, aber auch um heftige Proteste gegen neue Windräder und Hochspannungsleitungen überall in Deutschland.

Pöckings Gemeinderat hat bereits zwölf Tage nach Fukushima beschlossen, einen “Teil-Flächennutzungsplan Windkraft” zu erstellen. Inzwischen haben sich alle Gemeinden des Landkreises Starnberg auf folgendes geeinigt: Der Abstand der Windräder zu Wohnhäusern soll mindestens 1000 Meter betragen; anderswo sind 600 oder 800 Meter üblich. Viele Flächen bleiben bei diesem Abstand nicht übrig. Im ganzen Kreis Starnberg ließen sich darauf vielleicht 17 Anlagen bauen – falls sich die Standorte aus ökonomischen und ökologischen Aspekten überhaupt als geeignet erweisen. Die einzige potentiell nutzbare Fläche in Pöcking liegt westlich des Ortsteils Aschering.

Der Widerstand im Dorf setzte rasch ein. Obwohl noch lange nicht geklärt ist, ob der Standort überhaupt geeignet ist, begannen Windkraftgegner Unterschriften gegen “die Monster” zu sammeln: Die Riesenwindmühlen schadeten der Gesundheit, zerstörten die Landschaft, zerhackten die Vögel.

Bislang steht im Landkreis Starnberg erst ein einziges kleines Windrad. Das ist typisch für Oberbayern, einer der wenigen fast windkraftfreien Regionen Deutschlands. Im gesamten Freistaat Bayern, der 20 Prozent der Fläche Deutschlands einnimmt, sind nur zwei Prozent der Windenergieleistung installiert. Der Anteil bayerischer Unternehmen am deutschen Windkraftgeschäft liegt bei zehn Prozent. Für Windkraftgegner in Aschering und anderswo zählen solche Argumente nicht.

Eine Nachbarin meint, wir Wissenschaftsjournalisten könnten die gesundheitlichen Gefahren doch im Internet recherchieren. Unsere umfangreiche Recherche der internationalen wissenschaftlichen Literatur zu Risiken der Windkraftanlagen bringt ans Licht: Das größte gesundheitliche Risiko für Anwohner sei “wahrscheinlich eher auf körperliche Folgen eines verärgerten Zustands zurückzuführen als auf die Windturbinen selbst”, heißt es in der Meta-Studie “Health effects and wind turbines” im Fachblatt “Environmental Health” vom Oktober 2011.

Doch wissenschaftliche Qualität hat hier wenig Überzeugungskraft. Denn alles, was an Schlimmem erwartet wird, ist im Internet auffindbar. Dafür sorgen unter anderem schon die 86 deutschen Anti-Windkraft-Gruppen, die auf der website windkraftgegner.de anklicken lassen.

Am 10. Dezember 2011 steht die Pöckinger Windkraft-Expedition direkt unter dem größten der “Monster” in Bayern: 180 Meter hoch ragen die Spitzen der drei Flügel, deren Nabe sich in 128 Meter Höhe dreht. Knapp zwei Kilometer westlich stehen zwei weitere, etwas kleinere Windkraftanlagen. Sie decken den Elektrizitätsbedarf der knapp 3000 Einwohner der Gemeinde Sengenthal südöstlich von Nürnberg.

Die Mehrzahl der 39 Mitreisenden will sich neutral-neugierig selbst ein Bild von der Anlage machen, einige der schärfsten Kritiker sind ebenfalls mitgefahren. Im kalten Dezemberwind erklärt ein Techniker der Betreibergesellschaft die Details der Anlage. Der Sengenthaler Bürgermeister schildert, wie seine Gemeinde die Pläne zum Bau der drei großen Windräder angenommen hat. Er ist schwer zu verstehen: Hundert Meter entfernt rattert der Dieselmotor unseres Buses. Er macht mehr Lärm als der sich direkt über den Köpfen drehende Rotor mit seinen 104 Meter Durchmesser.

Im Dorfgasthaus rund 800 Meter vom Riesen-Rad entfernt, bei Schnitzel und Bier, wird die Bedienung gefragt: “Stört Sie das Windrad? Wie laut ist es?” Sie sagt, sie höre es nicht und es störe sie auch nicht. Die Kritiker sind nicht zufrieden – der starke Wind habe den Lärm weggeweht. Also kurvt der große Reisebus nach dem Mittagessen über enge Wege in den Windschatten des Kraftwerks. In rund einem Kilometer Entfernung drehen sich die Flügel über einem Nadelwald. Der Busmotor verstummt. Alle steigen aus, halten den Atem an und die Hände an die Ohren. “Also”, sagt ein Mitbürger Ende 40, “ich höre nur meinen Tinnitus”.

Die Kritiker lassen sich nicht überzeugen. Der Infraschall. Die bedrohten Vögel. Die monströsen Dimensionen. Auf dem 180 Kilometer langen Heimweg kommt es im Bus zu heftigen Diskussionen. Einig sind sich alle nur in der Ablehnung der Atomkraft. Aber woher soll der Strom dann kommen?

Eine Verschwörung aus Politik und Wirtschaft, argumentiert eine Nachbarin, verhindere die Entwicklung von Blockheizkraftwerden, die sich jeder preisgünstig in den Keller stellen könnte. Aber die gibt es doch seit Jahrzehnten zu kaufen, kommt das Gegenargument, und sie werden vor allem mit Erdgas oder Öl betrieben. Nein, nein, die kleinen Kraftwerke müssten natürlich mit Biomasse, mit Gartenabfällen betrieben werden.

Ein großer Garten, ein schönes Haus, eine schöne Aussicht. Ein Motiv, gegen Windkraftwerke zu sein, wird auf der langen Reise überhaupt nicht angesprochen: der befürchtete Wertverlust der Immobilien. Am 13. Januar 2012 lädt die neu gegründete “Initiative Windenergie” zu einer Informationsveranstaltung. Thema: “Kritische Überlegungen zur Windkraft in Starnberg”. Es wird nicht die letzte sein. Die Zeichen stehen auf Sturm.

“Die Kunst der Planung besteht darin, den Schwierigkeiten der Ausführung zuvorzukommen.” Marquis de Vauvenargues’ ” Günter Haaf in Aschering pour “lecrapaud.fr”

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