Et si on parlait de gaspillage /2

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Que faire des fruits et légumes dispersés dans les décharges par surabondance de récolte, mauvaise saison ou insatisfaction sur les prix ? Actions qui révoltent régulièrement chacun d’entre nous. Un conditionneur de melons à Moissac (Tarn-et-Garonne) offre une solution, qui ne remettra pas le produit dans le circuit mais assurera une récupération utile.

Il y a des visites qui peuvent marquer d’une pierre blanche leur passage dans une entreprise. Ainsi, quand Boyer SA, conditionneur de melons, se voit proposer par le représentant de la société belge Green Watt une autre manière de se débarrasser des fruits restés en rade. Chaque année en effet, cette entreprise qui traite l’imposant volume de 20 000 tonnes de melons, rencontrait des difficultés grandissantes pour se débarrasser du millier de tonnes annuel qui, pour les raisons évoquées, n’était plus commercialisable. Confrontée à l’augmentation exponentielle des tarifs des déchetteries, comme celui du coût du compostage ou de la mise en poudre pour alimentation animale.

Depuis la mi-octobre, un énorme digesteur, partie d’une centrale de biométhanisation, engloutit, tel un ogre mécanique, ces melons abîmés ou de rebut. Le procédé est connu. On fermente les matières organiques dans un milieu dépourvu d’oxygène et de lumière, le temps d’une décomposition dans le digesteur, puis on purifie le biogaz (méthane et gaz carbonique) qui en sort. Le méthane concentré après compression est alors disponible pour un usage énergétique.

Inaugurée en octobre dernier, la centrale de Moissac, la première en France, produira de l’électricité équivalente à la consommation de 150 foyers sur l’année, de 80 foyers pour le chauffage seul, selon le patron de Boyer SA. Laissant par ailleurs un digestat pouvant servir de compost.

Dès l’été 2009, Boyer SA a signé « banco » avec Green Watt, constatant que le conseil général du département, comme le conseil régional, l’Etat et l’Europe acceptaient sans rechigner de financer la moitié de l’investissement de 1,5 millions d’€. D’autant plus que l’entreprise n’est pas seulement confrontée aux excédents de melons, mais regroupe également ceux de 80 producteurs de fruits d’été.

Ce sont des étudiants de Louvain la Neuve (Belgique), à qui l’on doit cette technologie innovante de méthanisation multi-étagée , lesquels ont eu la bonne idée de donner une suite entrepreneuriale à leurs travaux en créant la très jeune société Green Watt. Moissac a été le baptême du feu en France, 3 autres projets sont en cours d’élaboration, 2 unités dans les Landes pour « convertir » en méthane des carottes et des rafles de maïs (cœur de l’épi), une autre en Picardie pour des stocks d’endives. Le déploiement possible en France est tel qu’un site de direction a été installé à Avignon, la technique peut être utile également à la grande distribution et à la restauration de chaînes.

En France, nous générons chaque année un milliard de tonnes de déchets, volume qui croit plus vite que le Pib. Un grand nombre finissent, comme les fruits sortis des récoltes, dans les décharges, avec les nuisances que l’on sait : odeurs, dégagements de méthane, jus chargés de polluants s’infiltrant dans les sols et les rivières, dégradation des sites et des espaces naturels.

A la solution du stockage s’impose de plus en plus l’incinération. En « valoriser » 100 000 tonnes permet de produire autant d’électricité que 20 éoliennes de 1 mégawatt ou 40 hectares de panneaux photovoltaïques. A noter, dès 2007, l’initiative prise par la ville de Lyon, avec le soutien du Grand Lyon et de l’Ademe, avec la mise en service en affermage d’une chaufferie à bois, où l’on engouffre des briques compactes de biomasse, issues de déchets forestiers, d’élagage et de palettes usagées. Puissance 14 mégawatts, de quoi alimenter 5 500 logements et 30 équipement publics. Située dans le quartier de la Duchère, une des 3 collines de Lyon, elle remplace une usine au charbon/fioul et permet de réduire les émissions de CO2 de 80%

Mais l’on se concentre aujourd’hui sur les déchets dits organiques, issus pour une bonne moitié des ordures ménagères, des poubelles vertes, des résidus d’entretien des espaces verts, déchets agricoles et autres boues d’épuration. Une tonne d’ordures fermentescibles représente déjà un gisement d’environ 100 m3 de méthane, soit 100 litres de carburant.

C’est ce qu’on a bien compris à la Communauté urbaine de Lille, exemplaire dans cette avancée. A disposition, le plus grand méthaniseur construit en Europe pour digérer 100 000 tonnes de déchets verts, soigneusement triés dans une agglomération élargie d’1,1 million d’habitants. Les usagers savent-ils que 330 bus lillois utilisent du carburant produit à partir de ces déchets verts, un parc qui va être augmenté de 100 véhicules, en attendant que l’on injecte le biométhane directement dans le réseau de gaz naturel sans passer par des stations service.

En Seine et Marne, l’on commence enfin à s’intéresser à la plus grande décharge de France, celle de Claye-Souilly (nom presque prédestiné), incinérés en pure perte jusqu’à présent. 8 véhicules et une benne à ordures testent désormais ce même carburant . « De l’économie circulaire », selon le directeur du projet, sous la houlette de Veolia. Double avantage : en plus de la récupération, le biométhane réduit, à la sortie des moteurs, les émissions de particules d’hydrocarbure, les composés soufrés, les oxydes d’azote (par rapport au diesel). Et neutralise l’effet de serre , car le méthane lâché naturellement dans l’air est 25 fois plus puissant que le CO2.

Progrès, innovations… La Cour des Comptes fait le bilan. L’hexagone a passé un cap. Nous gérons nos déchets de façon plus écologique, mais aussi plus onéreuse, note son rapport de septembre dernier. 95 % des communes offrent un service de tri sélectif, les incinérateurs existants sont désormais aux normes, 4000 décharges ont été fermées. On recycle ou composte 13 % des déchets ménagers, contre 66 % en Allemagne. Mais une bonne vingtaine de départements est sous-équipée. Faute d’incinérateur ou de centres de stockage, les déchets doivent parcourir des kilomètres avant d’être traités.

La contrepartie, elle apparaît avec force dans le relevé des charges d’habitation que nous sommes en train de régler actuellement. Envolée des coûts, 6% de plus par an depuis des années, soit en moyenne 298 € par ménage, par an. Partie de l’explication : Tri sélectif, amélioration du service, multiplication des normes. Le manque de compétence dans la gestion de cette activité locale par les collectivités, le contrôle insuffisant des entreprises partenaires, surtout les charges de personnel, explosant à plus de 40 % de 2004 à 2008, font le reste.

Le respect de l’environnement se paie certes, pas à n’importe quel prix.

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