Et si on parlait de gaspillage !

Le crapaud - Et si on parlait de gaspillage !

Une salade sur deux, une pomme de terre sur deux, une baguette sur cinq passent dans le vide-ordures, avant d’être consommées. On pense que 50% des aliments, que nous achetons, produits frais ou transformés, sont jetés. Soit, approximativement, 80 kg par personne et par an, niveau mondial. C’est le triste constat d’un énorme gâchis.

Il suffit de jeter un œil attentif dans les poubelles des commerces ou des particuliers, comme l’a fait un auteur-cinéaste allemand, Valentin Thurin, pour un livre et un film remarqués (« Taste the Waste », qui sort prochainement en salle et pourrait se traduire par « Goûte le gâchis »). Son intérêt pour le sujet a été éveillé par une anecdote personnelle, lorsque, se promenant à vélo en Angleterre, à l’âge de 18 ans, avec un camarade, tous deux s’étaient trouvés à la quatrième semaine de leur séjour sans un sou en poche. Ne souhaitant ni rentrer ni appeler les parents au secours, ils ont discuté par hasard avec des sdf, raconte-t-il au Stern], lesquels leur ont indiqué d’un geste les décharges dans l’arrière-cour des supérettes. Et ont fini leur périple en se gavant de fruits jetés mais encore consommables.

Les premières études le confirment. En France, 1,2 de tonnes de restes alimentaires passent à la trappe par an (Ademe). Mais aux Etats Unis, qui tient le pompon en la matière, un ménage moyen jette jusqu’à 215 kg de nourriture chaque année, sans parler des emballages. A Toronto au Canada, l’élimination des déchets alimentaires non compostés coûtent près de 10 millions de $ aux contribuables, alors que 75 % sont déjà compostés.

Il ne faut pas être grand clerc pour désigner globalement les causes d’un des aspects les plus choquants de notre société de consommation. Les spécialistes affirment que, d‘une certaine manière, les aliments – en raison de la concurrence agroalimentaire et commerciale, sont trop bon marché, considérant que plus chers, on veillerait à des choix moins compulsifs. Ce ne sera pas l’avis des consommateurs qui ne cessent de constater l’augmentation des produits de bouche. Mais il est vrai que les foyers français ne consacrent plus que 14% de leur budget à l’alimentation contre le double en 1960, et ce qui vient sur la table familiale n’est pas moins riche, bien au contraire ( mais avec 58% ce poste pèse évidemment très lourd sur les ménages les plus pauvres ).

Constatons ensuite que, trop fréquemment, nous empilons plus que de raison dans les caddies, entraînés par la musique d’ambiance dans les allées des hypers, la fascinante et quelque peu perturbante offre dans les rayons et leurs super-promotions. Comme le note Thurin, « nous n’achetons pas rationnel, mais optionnel », nous assurant que, pour ne manquer de rien, un peu de superflu n’est pas inutile, facilité par la réfrigération moderne. Apprécions en passant le talent et la patience de nos grands-mères dans l’art d’accommoder les restes. Certaines dates de péremption encouragent également ce gaspillage.

Enfin, premier maillon de la chaîne, producteurs et transformateurs ont leur part de responsabilité. On a à l’esprit, pour ne citer que ce cas, les décharges de fruits ou légumes, en France entre autres, de producteurs en colère.

Les associations écologistes multiplient les campagnes de sensibilisation. Mais c’est sans doute, dans un premier temps, la crise actuelle et l’augmentation des prix dans le panier de la ménagère, qui pourraient avoir pour bénéfice de modifier – provisoirement sinon à plus longue échéance – nos achats alimentaires domestiques. L’acquisition d’un compost familial, selon l’espace disponible, peut aider à prendre la mesure de ce qu’on y jette chaque jour. Avant que les municipalités décident de peser les ordures ménagères à leur enlèvement, manière d’ajuster le montant de la taxe, comme cela se pratique déjà dans des communes de l’est.

Nulle question d’aller jusqu’à l’exemple extrême des déchétariens ou glaneurs (« freegans », en anglais) décidés, pour contrer surconsommation et gaspillage, de se nourrir avec ce qu’ils trouvent gratuitement, entre autres dans les arrière-cours des commerces d’alimentation, marchés et supermarchés, restaurants et hôtels, voire décharges municipales, l’embarras du choix selon eux. (voir lien « razzia sur les bennes à déchets)

Dans certains commerces de proximité, outre-Rhin, ainsi que l’indique le film, on ne jette plus un filet de citrons, quand l’un d’eux est pourri, on recompose l’emballage avec les fruits encore sains. Un boulanger récupère le pain non vendu, le broie et, mélangé avec des copeaux de bois, l’utilise pour chauffer son four. Des gestes qui donnent l’exemple. Et dans une vingtaine de villes, l’on va inviter des habitants à de grandes tables pour déguster des mets composés avec des aliments sur le point d’être jetés. Façon de les sensibiliser.

On évalue à plus de 10% les rejets de gaz nocifs dans l’atmosphère dus aux déchets alimentaires, autant que les rejets de l’ensemble de la flotte automobile, maritime, aérienne mondiale, selon Thurin. Avant tout notre gaspillage participe à aggraver la demande de produits de base sur le marché mondial (incidemment la spéculation), dont beaucoup de pays du sud sont dépendants. Si bien que, tandis qu’une partie de la population subit de façon dramatique la sous-alimentation (on le mesure actuellement dans la corne de l’Afrique), une autre partie souffre de suralimentation. Selon l’Oms, on va passer de 400 à 700 millions d’obèses adultes dans le monde en moins de 10 ans. Enfants et adolescents ne sont pas dans la statistique. .

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