Le souhait de « Mourir vert »

Lecrapaud - Robert Fiess - Jérôme Liniger - Le souhait de « Mourir vert »

L’on a du mal à imaginer les multiples innovations qu’Internet rend possible. Ainsi, aux Etats Unis, se développe un service funéraire ad hoc. Vous êtes trop éloigné du lieu où vont se dérouler les obsèques d’une personne qui vous est chère, vous contactez les pompes funèbres concernées et celles-là, pour la modique somme de 75 $ ( 53 €), vous branchera sur la cérémonie par internet et en direct. Bien sûr, bénéficiant d’un mot de passe, vous disposerez de 7 jours pour la regarder si, par comble de malchance, vous n’êtes pas disponible le jour donné. « Macabre », disent certains, à quoi les initiateurs répondent que les familles, de plus en plus dispersées non seulement en Amérique mais dans le monde entier, ne peuvent qu’apprécier cette innovation. Dans la mesure fréquemment où elles ne sont plus en état de voyager, car trop âgées, sans parler de l’aspect financier. A une époque où le vrai deuil tend à sombrer dans une vie de plus en plus trépidante, il est à espérer que les proches, sur place, ne se contenteront pas un jour de suivre l’office d’un de leurs défunts sur la télé familiale.

La crise et le souci écologique entrainent bien d’autres mœurs dans le traitement de la mort outre-Atlantique. Ainsi, comme le raconte le site Rue89, l’on voit de plus en plus fréquemment des familles enterrer un défunt dans le jardin de leur maison. La pratique est ancienne, autorisée par la réglementation américaine. Ce qui sous entend que la famille s’occupe elle-même de préparer le corps, la mise en bière dans un cercueil aussi bon marché que possible et la mise en terre. Des associations se sont créées pour aider ceux qui font ce choix, et l’on trouve sur le marché des cercueils faits pour son jardin, biodégradables, voire en kit. Cela rappelle la vision de ces grands espaces américains parsemés de tombes isolées avec leur croix de guingois, lesquelles surmontent néanmoins le temps et les intempéries.

Évidemment, les obsèques par pompe funèbre coutant environ 6000 $ (4200 €), bien des familles, étranglées par le chômage endémique, souvent sans couverture sociale ou pourchassées par les banques pour les traites sur la maison n’ont guère d’autre solution. Mais, la pratique ne s’arrête pas à des considérations économiques. L’on préfère aussi ne pas voir des étrangers s’immiscer dans l’intimité familiale, en des heures difficiles et douloureuses, même s’il s’agit de professionnels compétents. Encore ces familles ont-elles le sentiment d’avoir fait aussi bien que possible pour assurer une forme décente de repos éternel à leurs proches. Pire la situation où, depuis 2009, le nombre de corps de personnes décédées dans les hôpitaux ne sont pas réclamés par l’entourage familial, incapables de payer les moindres frais d’obsèques, situation de vrai crève-cœur pour beaucoup. Les cadavres finissent au crématorium municipal.

Et l’on parle maintenant de « Mourir vert ». L’histoire raconte qu’un certain Dr. Clark Wang se rendit au cimetière paysager de Pine Forest, en Caroline du nord, où sa mère était inhumée. Atteint lui-même d’un cancer au stade terminal, il suffoqua face à la « débauche » de tombes, stèles, monuments en granit qui s’étendait sous ses yeux. Et soudain refusa l’idée de sa propre fin de vie dans les dispositions habituelles des services funéraires américains, particulièrement habiles à vous vendre une inhumation des plus cérémonielles et dispendieuses. Discutant avec les responsables du cimetière local, il lança l’idée d’un enterrement « écologique » : ni enbaumement, ni caveau, un cercueil fait de bois de récupération, afin de rendre à la terre ce qu’elle avait donnée. Le cortège de parents et amis vient à pied et, si souhaité, procède lui-même à la descente du cercueil dans la tombe et la comble en pelletant la terre.

Finalement son idée fut acceptée. Il existe aujourd’hui un carré de Pine Forest Memorial Gardens, baptisé du nom du Dr Wang, décédé depuis et dédié aux inhumations «vertes ». Fortement arboré, l’endroit est marqué par de modestes pierres brutes fichées dans le sol témoignant du nom du défunt. Entre temps, une organisation s’est créée, sous le nom de Green Burial Council, pour assister les familles souhaitant honorer leurs morts de cette manière dans une complète harmonie avec la nature environnante – l’Angleterre, novatrice en la matière, compte déjà 200 cimetières naturels, totalement intégrés au paysage.

Crise et propos écologique ne sont pas aussi marqués chez nous. Mais le recours au cercueil en carton se développe petit à petit – déjà répandu aux USA. « Le Choix Funéraire », numéro 2 du secteur, propose toute une gamme de cercueils éco-conçus : gain sur le prix (à 450 € premier prix), sur la pollution atmosphérique, des eaux, sur la consommation d’énergie notamment concernant les incinérations. Aujourd’hui on trouve même sur le marché des urnes Bio 100% écolo pour humains et animaux de compagnie.

Mais si l’on veut être tout à fait original, et à la pointe absolue des nouveautés, une firme américaine “”Holy Smoke” (ça ne s’invente pas) offre la possibilité, après incinération, de glisser les cendres dans des cartouches de fusil de chasse, lesquelles seront tirées par des amis chasseurs bienveillants. Ainsi les restes se disperseront-ils dans l’air pour retomber au sol et retrouver la terre nourricière.

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