E10, le carburant végétal qui dérape

Le crapaud - Nicolas Jacquette - E10, le carburant végétal qui dérape

L’image amuse : Voici un automobiliste figé devant une station essence, se grattant la tête, perplexe. Obligé de se servir de Super 95 E10. On est en Allemagne et, depuis février dernier, nombre de stations ont basculé sur le super sans plomb « enrichi » ou « allégé », selon préférence, de 10 % d’agrocarburant. Le débat secoue les chaumières outre-Rhin, en dépit d’une population acquise généralement aux avancées environnementales. Certes l’affaire était mal engagée dès le départ, peu de communication, une certaine confusion dans la position des industriels du pétrole, des associations submergées d’appels d’automobilistes s’inquiétant des éventuelles dégradations causées à leurs moteurs, en dépit d’un gain de quelques centimes sur le prix du litre. Résultat, un boycott des pompes E10 et retour au méchant Super habituel. Mais surtout ressurgit le débat sur l’utilité, voire la nécessité, de développer la production d’énergie verte pour faire rouler nos autos.


Une comparaison suffit. Avec 100 kilos de blé, on pourrait contribuer à nourrir un individu durant des mois, (il n’y a que 100 gr. de blé dur dans un kilo de pâtes), alors que cette même céréale transformée en carburant permettrait tout juste une virée motorisée de 300 kilomètres ! Un septième de la récolte mondiale de maïs sert déjà à fabriquer de l’éthanol et pour certains agronomes, cette « reconversion » enclenchée en grande ampleur serait responsable d’une augmentation de 10 à 15 % des prix des aliments, compte tenu d’autres facteurs : sécheresse, surcroît de population, etc. On sait que la production céréalière ne suffit déjà plus à répondre à la demande et que des révoltes de la faim ont eu lieu dans un certain nombre de pays.

De plus l’éthanol vert n’est pas aussi vertueux qu’on veut le dire. Les champs de maïs exigent beaucoup d’eau, souvent aussi de larges interventions chimiques. Et leur extension est parfois catastrophique écologiquement. En Indonésie, au Brésil, les plantations de canne à sucre, de maïs ou d’huile de palme (toutes candidates à la transformation en carburant) submergent les territoires, rayant de la carte bois, pâturages, forêts primaires ou humides ( cf billet : le rhinocéros victime du biodiesel du 15/01/2009).

On s’amusera aussi de la façon dont l’agrocarburant est arrivé sur le marché allemand. Suite à la disposition européenne enjoignant qu’à partir de 2012, tout véhicule devra respecter des rejets n’excédant pas 120 gr de CO2 au kilomètre, le gouvernement Merkel s’est trouvé dans l’embarras, comme le raconte Stern sous le titre « Eco-bluff ». Pour ne pas gêner les constructeurs, Mercédès, BMW, Audi, dont les grosses cylindrées sortent évidemment du « cadre », on décide de satisfaire Bruxelles en imposant 10 % de biocarburant dans les réservoirs. Petit tour de passe-passe… Peut-être pas tout à fait étranger au « cafouillage » de l’industrie pétrolière dénoncé récemment par le ministre allemand de l’écologie, qui défend le nouveau carburant, susceptible notamment de réduire la facture et la dépendance pétrolières, et veut le maintenir à la pompe.

Les moteurs n’en souffriront pas ( du moins pour les véhicules récents, à partir de 2000), mais qu’il serve à « protéger » l’environnement est une autre affaire.

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