Aux riches, la terre des pauvres

Le crapaud - Jérôme Liniger - Aux riches la terre des pauvres

La mondialisation mène à d’étonnants marchandages, le rachat de régions entières dans certains pays du sud. La Chine et les émirats en tête des demandeurs…

Abou Dhabi va débloquer les fonds nécessaires, il le peut, pour développer 28 000 hectares de terres à cultiver au nord Soudan et assurer ainsi sa sécurité alimentaire, en maïs, luzerne, blé. Egalement sollicité par l’Egypte et l’Arabie saoudite, le Soudan décide même de mettre les terres gratuitement à disposition – le pays dispose de 4O millions d’hectares de terres arables, dont moins du quart est exploité. Aussi de main-d’œuvre et d’agronomes qualifiés. Lui manque évidemment l’argent et la technologie. L’on sait que des investisseurs chinois de leur côté acquièrent déjà des terres en Afrique et en Asie du sud-est pour les mêmes raisons. Plus discutable et discuté, le projet du gouvernement indonésien, lequel veut dégager une importante zone dans la lointaine Papouasie pour la consacrer à la culture du riz, de la canne à sucre et du soja au profit de… l’Arabie saoudite.

Les Saoudiens n’échappent pas, avec la flambée des prix mondiaux – retour de bâton de leur pactole sur le pétrole – à une facture de plus de 19% sur de leurs importations alimentaires. Certes la Papouasie, peu peuplée est l’une des plus pauvres d’Indonésie, laquelle s’est vue confrontée récemment à des émeutes provoquées par l’envolée du prix du riz. Le million d’hectares qui y serait développé dans la région de Merauke servirait à la production de canne à sucre, sorgho doux, riz, soja et maïs. Une opération pharaonique, selon l’article du Wall Street Journal, repris par Courrier international. Dans une nature marquée par les marécages, il s’agirait de construire 2200 km de routes, 400 km de système d’irrigation, 3 ports et une centrale électrique de 500 MW. Sans parler des incidences sur l’environnement et probablement de l’hostilité des Papous, qui continuent à vivre de la chasse en forêt et réclament la reconnaissance de leurs droits tribaux sur leurs terres.

On s’interroge à juste titre sur la finalité de tels deals, qui aboutiront à favoriser les pays riches, une fois de plus, au détriment du développement de marchés intérieurs locaux.

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